L'Origine du Proverbe Algérien "Qash Bakhta, Afna Jeel Mariam"

Le proverbe algérien "Qash Bakhta, Afna Jeel Mariam" demeure une expression populaire ancrée dans le patrimoine culturel du pays. Ce proverbe ancien est toujours présent dans le langage courant algérien. Après l'indépendance de l'Algérie, cette locution a été employée pour dépeindre la qualité médiocre de quelque chose en la comparant à son opposé, de meilleure facture. Le dicton, toujours présent dans le langage courant, illustre ainsi un jugement de valeur persistant au sein de la société. Malgré les tumultes de l'histoire, notamment la Seconde Guerre mondiale et la Révolution algérienne, le proverbe a traversé les époques pour perdurer dans la mémoire collective.

Les Poètes et leurs Muses

L'histoire de ce proverbe est intimement liée à deux figures emblématiques de la poésie algérienne. Le poème « Walfi Mariam » a été rédigé par Sheikh Kaddour Ben Achour El-Zarhouni aux alentours de 1910. Cette œuvre, imprégnée d'une profonde sensibilité, a ensuite été chantée par le talentueux Sheikh Mohamed El-Ghafour, contribuant à sa diffusion et à sa popularité. Sheikh Kaddour Ben Achour El-Zarhouni, né à Nedroma en 1850, a mené une vie marquée par ses voyages et son art. Il a épousé Mariam, petite-fille du poète Amhamed El-Ramous El-Zarhouni, et c'est en son hommage qu'il a rédigé son poème. Il a résidé à Tlemcen de 1926 à 1930, une période qui a sans doute enrichi son inspiration.

Parallèlement, Sheikh Abdelkader El-Khaldi, une autre figure majeure, a organisé un poème vers 1940. Cette œuvre est rapidement devenue l'un des plus célèbres du Rai ancien d'Oran, marquant profondément le paysage musical et poétique de la région. L'influence de ces deux poètes, chacun inspiré par une muse différente, est donc fondamentale pour comprendre la genèse du proverbe.

La Genèse du Proverbe

La compréhension du proverbe "Qash Bakhta, Afna Jeel Mariam" repose sur la signification de ses deux parties distinctes. La première partie, « Qash Bakhta », fait référence à l'habillement de Bakhta (هندام بختة), évoquant l'élégance ou l'apparence de cette femme. La deuxième partie de ce proverbe, « Afna Jeel Mariam », est plus imagée et signifie que l'apparence de Bakhta éclipsait la génération de ceux épris de Mariam (طلة بختة أنست جيل العشاق المتيمين بمريم). Cette comparaison sous-entend une beauté ou un attrait si marquant chez Bakhta qu'il rendait insignifiant l'engouement suscité par Mariam.

L'inspiration derrière ces figures féminines est bien documentée. Sheikh Abdelkader El-Khaldi a trouvé son inspiration auprès d'une femme nommée Bakhta, dont l'histoire a débuté en 1945, lorsqu'il l'a rencontrée dans la ville de Tiaret. Inversement, Sheikh Kaddour Ben Achour El-Zarhouni a rédigé son poème en hommage à son épouse Mariam, soulignant ainsi le caractère personnel et affectif de son œuvre. Ces deux récits d'inspiration, l'un pour Bakhta et l'autre pour Mariam, sont au cœur de la dualité exprimée par le proverbe. La renommée de ces poèmes et de leurs muses a contribué à ancrer ces figures dans l'imaginaire populaire, donnant naissance à cette expression proverbiale.

Un Héritage Culturel Durable

La persistance du proverbe "Qash Bakhta, Afna Jeel Mariam" dans la culture algérienne témoigne de sa résonance et de sa capacité à traverser les générations. Cependant, comme beaucoup d'expressions transmises oralement, il existe des variations. Une version déformée du proverbe est parfois entendue sous la forme « Qash Bakhta, Afnajel Mariam » (قش بختة وفناجل مريم), modifiant ainsi la signification originale de la seconde partie en remplaçant "Jeel" (génération) par "Fnajel" (tasses). Cette altération de l'expression populaire témoigne de sa transmission orale et des variations qui peuvent survenir au fil du temps et des régions. Malgré ces légères modifications, le sens fondamental du proverbe, qui compare deux entités pour noter une différence de qualité ou d'impact, demeure intact. Il continue d'être un marqueur culturel fort, reliant les Algériens à leur riche passé poétique et à leur patrimoine linguistique.