Des membres de l'élite politique française cherchent activement à orienter l'action de leur gouvernement vers un bénéfice du récent rapprochement entre l'Algérie et les autorités au pouvoir au Mali. Cette démarche stratégique vise à préserver les intérêts de Paris dans la région du Sahel et, plus largement, en Afrique francophone, une zone d'influence historique pour la France.
Au sein de l'arène politique française, il existe en effet un courant notable qui perçoit l'Algérie comme un partenaire important, dont le rôle ne peut être contourné, pour trouver une issue à la crise persistante au Mali. Ce positionnement stratégique note la reconnaissance d'Alger comme un acteur clé et indispensable dans la stabilisation régionale. L'objectif clair est de s'appuyer sur cette nouvelle dynamique diplomatique pour maintenir, voire renforcer, l'influence française dans une zone géopolitique complexe et volatile, où les équilibres traditionnels sont remis en question.
Critique de la politique française
Cette approche, portée par certains cercles politiques, repose en grande partie sur le constat de l'échec des opérations militaires « Serval » et « Barkhane » à apporter une stabilité durable à l'État du Mali. Elle constitue, de fait, une critique directe et franche de la politique française menée dans la région du Sahel depuis plusieurs années. Aux yeux de ces acteurs, la France est perçue comme étant en partie responsable de l'impasse politique, sécuritaire et militaire actuelle dans cette zone. Cette situation de blocage dans la région du Sahel, dont les prémices remontent à 2013, appelle désormais à une modification profonde de la doctrine française. Il s'agit de passer d'une approche principalement militaire à une démarche résolument politique, privilégiant le dialogue et les médiations régionales comme leviers principaux de résolution des conflits.
Le rôle potentiel de l'Algérie
Une question parlementaire a été officiellement posée au gouvernement français, témoignant de cette nouvelle orientation, concernant son évaluation du rôle que l'Algérie pourrait jouer dans la recherche d'une solution politique à la crise au Mali. Sophia Chikirou, dirigeante et députée du parti La France Insoumise, a interpellé le gouvernement sur plusieurs points cruciaux. Elle a notamment interrogé l'exécutif sur « l'évaluation du gouvernement français du rôle que l'Algérie peut jouer dans la recherche d'une solution politique à la crise au Mali, et la nature des contacts que la France mène avec l'Algérie à cet égard, et si elle entend soutenir directement ou indirectement la médiation régionale, ce qui rouvrirait un horizon politique pour parvenir à un règlement de la crise au Mali ». À plusieurs reprises, l'Algérie a, de son côté, mis en garde contre le fait de s'appuyer uniquement sur l'option militaire au Mali, plaidant pour une approche plus globale et diplomatique.
Cette question parlementaire cherchait également à obtenir des éclaircissements sur l'intention de la France de soutenir la médiation régionale, que ce soit directement ou indirectement, reconnaissant ainsi l'importance d'un tel mécanisme. L'Algérie a joué un rôle historique et déterminant dans la région, notamment en étant l'hôte de l'Accord de paix et de réconciliation signé en Algérie en 2015. Cet accord capital avait été conclu entre les autorités centrales de Bamako et les factions d'opposition du Nord du Mali, sous les auspices des Nations unies, démontrant la capacité d'Alger à fédérer et à négocier. L'Algérie exerce une influence politique et sécuritaire considérable au Mali et dans ses environs, une réalité que la France ne peut ignorer dans sa stratégie régionale. Il est désormais largement admis qu'une solution durable et pérenne au Mali est difficile à atteindre sans l'implication active et un rôle significatif de l'Algérie.
Initiative parlementaire et intérêts français
Cette approche stratégique s'est concrétisée de manière formelle sous la forme d'une question parlementaire adressée au ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. La question a été posée par Sophia Chikirou, une figure de proue et députée du parti La France Insoumise, soulignant l'importance de ce sujet au sein de l'échiquier politique français. Cette initiative parlementaire vise explicitement à faire pression sur le gouvernement français pour qu'il s'engage dans une coopération plus étroite avec l'Algérie et qu'il apporte son soutien à toute médiation régionale que cette dernière pourrait être amenée à mener. Elle interrogeait précisément le gouvernement sur « l'évaluation du gouvernement français du rôle que l'Algérie peut jouer dans la recherche d'une solution politique à la crise au Mali, et la nature des contacts que la France mène avec l'Algérie à cet égard, et si elle entend soutenir directement ou indirectement la médiation régionale, ce qui rouvrirait un horizon politique pour parvenir à un règlement de la crise au Mali ». À ce jour, l'État français n'a rien publié publiquement indiquant l'existence de contacts formels avec l'Algérie à ce sujet, selon une source spécialisée, laissant planer le doute sur l'avancement de cette potentielle réorientation diplomatique.