Tensions persistantes au Liban Sud malgré un accord de cessez-le-feu fragile

Un bulldozer appartenant à l'armée libanaise progresse sur la route principale de la ville frontalière de Dbayn, dans le sud du Liban.
Photo via Elwatan

Israël a amorcé jeudi son premier repli depuis Debbine en direction de Khiam, sur fond de tensions accrues au Liban Sud. Ces mouvements interviennent après des discussions tenues les 2 et 3 juin 2026 à Washington, dont est issu un communiqué conjoint des États-Unis, du Liban et d'Israël.

La situation reste volatile, des sirènes ayant retenti à trois reprises à Shlomi, en Galilée occidentale, signalant une attaque présumée de drones en provenance du Liban, selon la chaîne israélienne 12. Un drone israélien a ciblé une motocyclette à Maaroub, entraînant la mort d'une personne et en blessant une autre. Simultanément, une frappe de drone a touché le même point à Sahmar, faisant un mort et quatre blessés. L'ambassade du Liban à Washington a, pour sa part, rapporté des informations le 2 mars concernant la situation.

Opérations militaires et retrait partiel

Des véhicules de l’armée libanaise, dont un bulldozer, se dirigeaient vers Khiam, une zone où les forces israéliennes ont rencontré de sérieux problèmes logistiques durant leur déploiement, selon des informations locales. Les forces israéliennes ont procédé à de vastes opérations de destruction à Debbine, affectant notamment les quartiers de l’Arid et du Château. Le repositionnement des troupes israéliennes a permis la réouverture partielle de la route Marjeyoun–Hasbaya, un axe routier important pour la région.

Parallèlement, des actions militaires ont été revendiquées par le Hezbollah. L'aile militaire du mouvement a déclaré avoir ciblé des chars et des troupes israéliens dans les localités de Haddatha, Bayada et Zawtar al-Sharqiya, situées dans le sud du Liban. Ces attaques ont été menées à l'aide de drones, de missiles et de projectiles, a précisé le Hezbollah. Le mouvement a également revendiqué le ciblage de rassemblements de soldats et de blindés israéliens aux abords de Yohmor el-Chaqif.

Ces développements surviennent dans un contexte de tensions politiques. Le chef de l'opposition israélienne, Yair Lapid, a estimé qu'Israël était devenu un « État client à part entière », critiquant la situation actuelle.

Accords et violations présumées

Les attaques israéliennes se sont poursuivies au Sud-Liban mardi, malgré les annonces de cessez-le-feu. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a indiqué jeudi que l’armée libanaise entamerait son déploiement « dans des zones pilotes » du sud du pays, qualifiant cette initiative de « première étape concrète et tangible » qui « ne porte pas préjudice au droit du Liban à un retrait israélien total ». Cependant, le communiqué conjoint issu des discussions de Washington impose des conditions précises au Hezbollah et place l’armée libanaise au centre des zones pilotes, sans formuler d’obligations israéliennes équivalentes, notamment en termes de calendrier de retrait ou de garanties pour le retour des déplacés. Le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a diffusé un avertissement urgent aux habitants du Sud-Liban, leur intimant de « s’abstenir de se rendre dans les zones situées au sud du fleuve Zahrani ».

Le Liban a déclaré qu'un accord, annoncé par le président américain Donald Trump lundi soir, stipulait qu'Israël s'abstiendrait de bombarder Beyrouth en échange de l'engagement du Hezbollah à ne pas attaquer Israël. Peu après l'annonce de ce cessez-le-feu, l'armée israélienne a rapporté avoir intercepté deux projectiles tirés vers le nord d'Israël. Le ministère israélien des Affaires étrangères a affirmé que le Hezbollah avait violé les déclarations de lundi en lançant "de multiples attaques de missiles et de drones depuis le Liban contre des communautés israéliennes".

Selon un arrangement proposé, Israël ne lancerait pas d'offensive large sur Beyrouth si le Hezbollah s'abstenait d'attaquer Israël, ouvrant ainsi la voie à l'expansion du cadre de cessez-le-feu à l'ensemble du territoire libanais, a précisé l'ambassade du Liban à Washington. Le président Trump a ensuite écrit sur Truth Social qu'il s'était entretenu avec Benjamin Netanyahu et des représentants des dirigeants du Hezbollah, déclarant : "Ils ont accepté de cesser de tirer sur Israël et ses soldats. De même, Israël a accepté de cesser de tirer sur eux." Le Premier ministre israélien a ensuite publié une déclaration disant avoir informé Trump que "si le Hezbollah ne cesse pas de tirer sur nos villes et nos citoyens, Israël frappera des cibles terroristes à Beyrouth". Benjamin Netanyahu a également affirmé que l'armée israélienne "continuera à opérer comme prévu au Sud-Liban". Il a ensuite annoncé avoir ordonné des frappes israéliennes sur les banlieues sud de Beyrouth, un bastion du Hezbollah, en réponse à des attaques de roquettes et de drones contre des civils israéliens et d'autres violations de l'accord de cessez-le-feu d'avril.

Impact sur les civils et infrastructures

Les civils ont payé un lourd tribut aux affrontements. Une voiture civile circulant sur la route Zafta–Nomiryé a été touchée, blessant Antoun Bou Abssi, son épouse Thérèse et leur fille Najat. Parallèlement, un dentiste du village de Qlayaa a été tué avec son fils et sa fille dans une frappe de drone sur la route entre Marjayoun et Nabatieh. Le 26 juin, le ministère libanais de la Santé a rapporté que quatre personnes avaient été tuées et 127 blessées lorsque des frappes aériennes israéliennes ont touché des bâtiments adjacents à l'hôpital Jabal Amel dans la ville de Tyr. Parmi les blessés figuraient 39 membres du personnel hospitalier, dont quatre dans un état critique. L'armée israélienne a déclaré avoir frappé des « infrastructures terroristes du Hezbollah » dans la zone proche de l'hôpital Jabal Amel, reconnaissant que l'attaque avait causé des dommages à l'hôpital mais soulignant qu'il « n'était pas ciblé ».

L'aviation israélienne a également frappé la localité de Qalya dans la Bekaa occidentale, ainsi que l’entrée du village de Sahmar à trois reprises. Des dizaines de localités du Sud ont été visées, notamment Meyfadoun, Kfartebbnit, Nabatiyé el-Fawqa, Kafra, Zoutar, Shawakine, Harouf, Deir Zahrani, Mansouri, Braachit, Yaroun, Yohmor el-Chaqif, et plusieurs axes routiers du caza de Nabatiyé. Des tirs d’artillerie ont par ailleurs touché Arnoun, Zoutar, Meyfadoun et la Hanié. Mardi matin, l'agence de défense civile libanaise a indiqué qu'une autre frappe israélienne avait touché son centre à Kfar Sir, dans le district de Nabatieh, causant des dégâts mais aucune victime. Selon le média américain Axios, citant deux responsables américains, le président Trump aurait « invectivé » Benjamin Netanyahu lors d'un appel « rempli de gros mots », lui intimant de ne pas donner suite à son plan d'attaques. L'agence de presse iranienne Tasnim, réputée proche des conservateurs, a rapporté que Téhéran pourrait suspendre les négociations indirectes avec les États-Unis en raison des actions militaires israéliennes au Liban.

Réactions et perspectives

Le Hezbollah a annoncé avoir intercepté un drone israélien de type Hermes 450 et revendiqué l'emploi de drones kamikazes contre un poste de commandement israélien près de la citadelle. Le mouvement a également déclaré avoir attaqué les forces israéliennes dans le sud du Liban. Le ministère libanais de la Santé a rapporté que 128 ambulanciers et travailleurs de la santé avaient été tués et qu'il y avait eu 159 attaques contre des ambulances et des installations médicales au cours des trois derniers mois. L'armée israélienne a émis un nouvel ordre d'évacuation pour la ville de Nabatieh mardi après-midi. Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, lorsque le Hezbollah a lancé des roquettes en Israël après une frappe israélienne. Depuis le début du conflit, au moins 3 468 personnes ont été tuées au Liban, selon son ministère de la Santé, et plus d'un million de personnes se sont enregistrées comme déplacées, selon l'ONU. Israël a signalé la mort de 25 de ses soldats et de quatre civils israéliens des deux côtés de la frontière. Un porte-parole du Hezbollah a indiqué que des frappes israéliennes potentielles sur la zone de Dahieh, dans le sud de Beyrouth, avaient été bloquées par la pression iranienne. Le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a déclaré à Al-Manar TV que le groupe "ne soutiendrait pas un cessez-le-feu 'unilatéral'". Le président du Parlement, Nabih Berri, a précisé au New York Times que le groupe accepterait un "véritable cessez-le-feu".