Des milliers d'Albanais manifestent à Tirana depuis au moins trois jours consécutifs, avec des rassemblements d'ampleur qui se sont déroulés mercredi pour la quatrième nuit, en protestation contre un projet de complexe touristique de luxe chiffré à 1,6 milliard de dollars. Ce projet est lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et prévoit le développement de l'île de Sazan ainsi que des zones humides et habitats côtiers environnants au sein d'un parc national marin. Des développeurs ont clôturé une partie du site avec du fil barbelé fin mai, tandis que des ouvriers commençaient à ériger une clôture en béton munie de barbelés à proximité de Zvërnec.
Le SPAK, bureau spécial du procureur anti-corruption, a ouvert une enquête sur les modifications législatives de 2024 concernant les zones protégées, et le procureur anti-corruption albanais a annoncé qu'il enquêtait sur la propriété et le statut juridique des terres désignées plus tôt cette semaine. Ceci fait suite à des changements controversés de la loi albanaise sur les zones protégées en 2024, qui ont ouvert la voie à des développements touristiques dans certaines de ces zones. La société de capital-investissement de Jared Kushner, Affinity Partners, envisage de développer un grand complexe de luxe sur l'île albanaise de Sazan et le littoral de Zvernec près de Vlora. Jared Kushner et son épouse, Ivanka Trump, ont visité le site en janvier 2026. Le Premier ministre albanais Edi Rama a confirmé en avril 2026 que les discussions sur le projet se poursuivaient. Il a déclaré : « Il n’y a absolument aucune chance que l’investissement s’arrête tant que je serai là. » Ajoutant : « Il était très important que nous restions accueillants, que nous restions équitables, et que nous n’endossions en aucune circonstance la stigmatisation d’être un pays où les investisseurs sont accueillis avec hostilité. » Le Premier ministre Edi Rama a précisé que ce projet « n’était pas lié à Trump mais à Jared en tant qu’investisseur américain portant un grand projet », tout en affirmant être « prêt à parler aux véritables manifestants qui ont des préoccupations environnementales, pas à ceux qui veulent "promouvoir des positions anti-développement". »
Les manifestations qui secouent la capitale albanaise depuis plusieurs jours ont pris de l'ampleur, attirant des milliers de citoyens préoccupés par l'impact environnemental et la légalité du projet. Cette mobilisation citoyenne s'inscrit dans un contexte où la transparence des grands projets d'investissement est de plus en plus scrutée par l'opinion publique. La contestation ne se limite pas à Tirana ; des rassemblements sont également prévus dans le sud du pays, près du site de construction, témoignant d'une opposition généralisée à l'échelle nationale.
Enjeux écologiques et environnementaux
Le secteur visé par le projet de développement représente l'un des derniers refuges méditerranéens pour le phoque moine de Méditerranée, une espèce en danger critique d'extinction. Cette zone abrite également plus de 200 espèces d'oiseaux, dont beaucoup sont menacées, parmi lesquelles des flamants roses et des pélicans frisés. La richesse de cette biodiversité est un argument central pour les opposants au projet, qui redoutent des dommages irréversibles à ces écosystèmes fragiles. Le flamant rose est d'ailleurs devenu un symbole du mouvement de protestation, désormais surnommé la « révolution des flamants roses », illustrant l'attachement des manifestants à la préservation de la faune locale.
Des machines lourdes ont été déployées pour défricher d'anciennes dunes et des forêts de pins méditerranéens sur le site, une action qui a davantage alimenté la colère des défenseurs de l'environnement. Ces opérations de déforestation et d'aménagement du terrain sont perçues comme une menace directe pour l'équilibre écologique de la région. Face à la contestation croissante, le Premier ministre albanais, Edi Rama, a proposé de rencontrer les manifestants. Il a déclaré : « Je suis prêt à parler aux véritables manifestants qui ont des préoccupations environnementales, pas à ceux qui veulent "promouvoir des positions anti-développement". » Cette distinction faite par le Premier ministre entre différents types de manifestants a été interprétée par certains comme une tentative de diviser le mouvement ou de minimiser la légitimité de certaines préoccupations.
Asher Abehsera, président de Sazan Real Estate Development LLC, a défendu l'engagement environnemental du projet, cherchant à rassurer les parties prenantes. Il a affirmé que « notre priorité reste une gestion responsable, l’amélioration environnementale, la création d’emplois et la création de valeur à long terme pour les communautés locales. Nous respectons les processus publics et institutionnels en cours. » Cependant, les déclarations antérieures du Premier ministre Edi Rama, selon lesquelles « il n’y a absolument aucune chance que l’investissement s’arrête tant que je serai là », ont semé le doute sur la réelle prise en compte des préoccupations environnementales et citoyennes. Il avait également ajouté qu'il était « très important que nous restions accueillants, que nous restions équitables, et que nous n’endossions en aucune circonstance la stigmatisation d’être un pays où les investisseurs sont accueillis avec hostilité ». Le Premier ministre avait enfin précisé que le projet « n’était pas lié à Trump mais à Jared en tant qu’investisseur américain portant un grand projet ». La proximité du site avec un lieu où un match de football entre Israël et l'Albanie devait se tenir a également été notée, ajoutant une dimension inattendue au débat public.
Réactions gouvernementales et investisseurs
La présence de personnalités américaines liées au projet a été notée, Ivanka Trump s'étant rendue sur le site plus tôt dans l'année en compagnie d'architectes, ce qui a conféré une visibilité internationale au projet. Le Premier ministre Edi Rama a affirmé la continuité de l'investissement, déclarant sans équivoque : « Il n’y a absolument aucune chance que l’investissement s’arrête tant que je serai là. » Cette position ferme du gouvernement albanais a été interprétée comme une volonté de maintenir une image favorable aux investissements étrangers, quitte à ignorer les préoccupations locales.
M. Rama a également mis en garde contre une perception d'hostilité envers les investisseurs étrangers, soulignant l'importance pour l'Albanie de maintenir une image accueillante. Cette politique s'inscrit dans l'objectif plus large du Premier ministre d'intégrer l'Albanie à l'Union européenne d'ici 2030, positionnant le pays comme une destination attrayante pour les capitaux étrangers. L'Albanie a été coupée du monde pendant près de cinquante ans sous le régime dictatorial d'Enver Hoxha, une période d'isolement qui influence toujours les perspectives de développement économique du pays. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de surmonter cet héritage d'isolement en ouvrant le pays aux investissements internationaux, qu'il considère comme essentiels à la croissance économique et à l'intégration européenne.
Le complexe envisagé par Affinity Partners, la société de Jared Kushner, présente un potentiel de développement significatif, avec la possibilité d'atteindre jusqu'à 10 000 chambres d'hôtel. Un tel projet transformerait radicalement le paysage et l'économie locale, créant de nombreux emplois mais soulevant aussi des questions sur la capacité des infrastructures existantes à supporter une telle affluence. Parallèlement, une minorité d'individus a propagé des informations erronées en ligne, affirmant à tort que les terres avaient été vendues à Israël, ajoutant une dimension de désinformation aux discussions autour du projet. Cette désinformation complique le débat public et détourne l'attention des véritables enjeux environnementaux et légaux.
Mobilisation et manifestations
Les mouvements de contestation se sont intensifiés, menant à des incidents et des actions en justice. Un agent de sécurité a été arrêté et incarcéré, accusé d'avoir agressé et séquestré illégalement un manifestant. Cet incident a exacerbé les tensions entre les manifestants et les forces de l'ordre, ainsi qu'avec les acteurs du projet. Parallèlement, des mesures ont été prises à l'encontre de personnes liées au projet immobilier: leurs biens ont été saisis dans le cadre de l'enquête en cours menée par le SPAK. Ces saisies de biens signalent la gravité de l'enquête et la détermination des autorités judiciaires à examiner les allégations de corruption et d'irrégularités.
La mobilisation a également donné lieu à des confrontations directes entre manifestants et forces de l'ordre. Mercredi soir, des protestataires ont réussi à franchir les barricades métalliques dressées près du bureau du Premier ministre, malgré les tentatives de la police de les repousser à l'aide de canons à eau. Ces incidents soulignent la détermination des opposants au projet de développement et leur volonté de faire entendre leur voix directement aux plus hautes sphères du gouvernement. La persistance des manifestations, malgré la répression policière, témoigne de la profondeur de l'opposition populaire.
La contestation ne se limite pas aux frontières albanaises. Des membres de la diaspora albanaise ont organisé des manifestations à l'étranger pour exprimer leur opposition. Des rassemblements sont ainsi prévus dimanche devant le Parlement européen à Bruxelles, ainsi que dans d'autres villes européennes. Cette coordination internationale vise à accroître la pression sur les autorités albanaises et les investisseurs impliqués dans le projet, en attirant l'attention des institutions européennes et de l'opinion publique internationale sur les enjeux environnementaux et démocratiques soulevés par ce développement. La "révolution des flamants roses" cherche ainsi à étendre son influence bien au-delà des côtes albanaises.