La municipalité de Yesser, dans la Wilaya de Boumerdes, a organisé le jeudi 7 mai 2026 un événement culturel centré sur la figure de Sheikh Abdul Rahman Al-Tha'alibi. Né à Yesser en 786 AH (1385 AD), ce dernier est une personnalité historique importante dont l'influence a profondément marqué la région et au-delà. Lors d'un passage à Alger, il aurait décidé de s'y établir après avoir entendu un verset évoquant une « bonne terre et un serviteur reconnaissant ». Cette décision marqua un tournant pour la ville, qui a par la suite été surnommée la « Ville de Sidi Abdul Rahman » en raison de sa vaste connaissance et de sa piété. Sheikh Al-Tha'alibi est décédé en 875 AH (1471 AD), laissant derrière lui un héritage intellectuel et spirituel considérable.
Contexte historique et formation
L'époque de Sheikh Abdul Rahman Al-Tha'alibi correspond à l'ère post-Almohade, une période complexe et dynamique marquée par la division de l'État almohade en trois entités distinctes : les Hafsides, les Zianides et les Mérinides. Cette fragmentation politique n'a pas empêché l'épanouissement intellectuel, auquel Sheikh Al-Tha'alibi a grandement contribué. Sa formation intellectuelle l'a mené à étudier dans sa ville natale, Bejaia, puis à Tunis, où il a approfondi ses connaissances avant de résider à Al-Azhar et au Hijaz, des centres d'apprentissage islamique de premier plan. Durant ses voyages, il a également visité le Sham et la Turquie, des périples qui lui ont permis d'enrichir considérablement ses connaissances et d'apporter sa propre contribution intellectuelle aux savoirs de son temps. Après ces périples formateurs, il est retourné à Tunis. À son retour, il était considéré comme la personnalité la plus érudite de la ville dans le domaine du Hadith prophétique, une reconnaissance de sa maîtrise exceptionnelle des traditions prophétiques.
Œuvres et influence majeure
Sheikh Abdul Rahman Al-Tha'alibi est l'auteur d'environ quatre-vingt-dix ouvrages couvrant diverses disciplines scientifiques, témoignant de l'étendue de son savoir et de sa prolificité. Ses écrits abordent des sujets variés, allant de l'exégèse coranique à la jurisprudence, en passant par le Hadith et la théologie. Parmi ses étudiants notables figurent Imam Muhammad ibn Yusuf Al-Sanusi, connu pour son œuvre « Al-Aqida Al-Sanusiya », qui reste une référence majeure dans la théologie islamique, ainsi que Muhammad ibn Abd al-Karim Al-Maghili, une figure influente en Afrique de l'Ouest. Le cheikh a également exercé une influence au-delà du Maghreb, ayant servi de consultant auprès de l'un des sultans de l'État Songhaï, situé dans l'actuelle Afrique de l'Ouest, démontrant la portée de son expertise et de sa sagesse. Ses œuvres comprennent des titres fondamentaux tels que « Al-Jawahir Al-Hasan fi Tafsir Al-Qur'an », un commentaire exhaustif du Coran qui reste une source précieuse pour les exégètes, et « Al-Anwar fi Ayat Al-Nabi Al-Mukhtar », qui se concentre sur les signes et les miracles du Prophète, offrant une perspective approfondie sur la vie et la mission du Messager.
Mythes et réalité de son héritage
Malgré l'importance de son œuvre et de son influence, certains Algériens ont ignoré l'étendue de ses connaissances, lui attribuant des superstitions et des mythes. Parmi ces récits folkloriques figure l'histoire d'une vache lui appartenant qui aurait dévoré le lion d'un de ses visiteurs. Cette légende, bien que pittoresque, a contribué à obscurcir la perception de son héritage intellectuel auprès d'une partie de la population, détournant l'attention de sa stature d'érudit. L'orientaliste français Henri Klein a notamment cité cette anecdote mythique, soulignant comment le personnage de Sheikh Abdul Rahman Al-Tha'alibi a pu être entouré de récits fantastiques au fil du temps. Ces attributions folkloriques contrastent fortement avec la stature d'érudit respecté qu'il a acquise de son vivant et au travers de ses œuvres, et soulignent la nécessité de rétablir une compréhension plus juste de sa contribution.
Appels à la reconnaissance future
Pour assurer une reconnaissance pérenne de Sheikh Abdul Rahman Al-Tha'alibi et valoriser son héritage intellectuel, l'auteur de l'article suggère que l'Université de Boumerdes porte son nom. Cette initiative symboliserait un hommage approprié à un homme de savoir et inspirerait les futures générations d'étudiants. Il est proposé que d'autres institutions religieuses ou éducatives lui soient dédiées, afin de perpétuer sa mémoire et ses enseignements. Une grande mosquée est actuellement en construction à Ras El Oued, Bordj Bou Arréridj, honorant déjà le nom de Sheikh Al-Tha'alibi, un geste significatif pour ancrer son legs dans le paysage contemporain. L'auteur a également proposé l'organisation d'une conférence nationale ou internationale axée sur la figure du Sheikh Abdul Rahman, offrant une plateforme pour des recherches approfondies et des discussions savantes. Enfin, la réimpression de ses œuvres est jugée essentielle pour les rendre plus accessibles au public et aux chercheurs, permettant ainsi une redécouverte et une meilleure appréciation de sa pensée.