Services de renseignement français enquêtent sur une campagne d'ingérence numérique étrangère

Les services de renseignement français mènent une enquête approfondie sur une campagne d'ingérence numérique étrangère de grande envergure. Cette opération a spécifiquement visé trois candidats de La France Insoumise lors des élections municipales de mars dernier. L'enquête se concentre sur les cibles principales de cette campagne : Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix, selon les informations actuellement disponibles. Le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, Viginum, avait préalablement signalé cette « ingérence numérique étrangère », décrivant une portée limitée mais ciblant spécifiquement un parti politique français et ses candidats dans ces trois villes. Viginum a également précisé que cette ingérence opérait au sein du « même écosystème », suggérant une coordination entre les différentes attaques.

L'entité israélienne suspectée au cœur de l'enquête

Une entité israélienne peu connue, nommée « BlackCore », se trouve au centre des suspicions des services de renseignement français. Cette entreprise s'était présentée comme une « entreprise d'élite spécialisée dans l'influence, la cyberguerre et la technologie à l'ère des guerres de l'information modernes ». « BlackCore » proposait des services sophistiqués, affirmant être en mesure d'offrir aux gouvernements et aux campagnes politiques des « stratégies sophistiquées, des outils avancés et des solutions sécurisées pour orienter les récits ». Ces allégations soulignent une capacité potentielle à manipuler l'opinion publique et le discours politique en ligne.

Toutefois, l'agence de presse Reuters n'a pas pu vérifier de manière indépendante l'identité réelle des propriétaires de « BlackCore » ni localiser son siège social, ce qui ajoute au mystère entourant cette entité. Aucune inscription correspondante à « BlackCore » n'a été trouvée dans les registres commerciaux israéliens, soulevant des questions sur sa légitimité et son existence officielle. Le site web et le profil LinkedIn de « BlackCore » ont d'ailleurs disparu peu après les questions initiales posées par Reuters, renforçant les soupçons et la difficulté à obtenir des informations directes. Avant sa disparition, « BlackCore » affirmait avoir mené une campagne de quatorze semaines, lancée en janvier, pour le compte d'un gouvernement africain, ce qui pourrait indiquer une expérience antérieure dans des opérations d'influence similaires.

Méthodes et cibles de l'ingérence numérique

La campagne d'ingérence numérique a ciblé spécifiquement trois candidats de La France Insoumise : Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix. Le mode opératoire de cette ingérence était complexe et combinait plusieurs tactiques. Il s'agissait notamment de la création de sites web trompeurs, de l'utilisation de comptes de réseaux sociaux anonymes accusant les candidats de comportements criminels, et de la diffusion de publicités numériques diffamatoires.

À Marseille, en mars, Sébastien Delogu a déposé une plainte pour diffamation contre un site se présentant sous le nom de "Le Blog de Sophie". Cette opération ne s'est pas limitée au numérique, puisque des codes QR renvoyant vers ce même "Blog de Sophie" avaient été affichés dans toute la ville de Marseille, tentant de toucher un public plus large hors ligne.

François Piquemal, candidat à Toulouse, a également porté plainte auprès de la police après avoir été visé par des comptes anonymes, des sites web et des publicités diffamatoires parues dans le quotidien régional La Dépêche du Midi. M. Piquemal a souligné l'ampleur de la campagne, déclarant que sa ville était "la troisième ville de France", ce qui en faisait une cible stratégique. Face à l'ampleur des attaques, M. Piquemal a en outre déposé une demande d'annulation des résultats électoraux, arguant que cette ingérence étrangère avait potentiellement faussé le processus démocratique.

Détection par les plateformes et les autorités

Le quotidien Le Monde avait précédemment fait état, en mars, des grandes lignes de cette opération d'ingérence, alertant l'opinion publique sur les risques. Par la suite, Le Canard Enchaîné a rapporté que les autorités françaises suspectaient une société israélienne d'être à l'origine de cette campagne, sans en préciser le nom à l'époque. Viginum, l'organisme de surveillance, a confirmé que David Guiraud avait été spécifiquement visé par des pages Facebook liées au « même écosystème » d'ingérence numérique, renforçant l'idée d'une campagne coordonnée.

Les géants du numérique ont également joué un rôle dans la détection et la suppression de cette activité. Meta, la maison mère de Facebook, a indiqué que le réseau identifié dans le cadre d'une opération distincte en Afrique était également à l'origine de la campagne de désinformation ciblant les élections municipales françaises. En réponse, la société a retiré un ensemble de comptes et de pages pour avoir enfreint ses règles relatives aux « comportements inauthentiques coordonnés ». Meta a précisé que cette activité « provenait d’Israël et ciblait principalement la France », confirmant ainsi l'origine géographique des attaques. De son côté, Google n'a pas répondu aux demandes de commentaires concernant cette affaire. TikTok a confirmé avoir supprimé un compte lié à l'un des faux sites utilisés dans la campagne, en raison de violations de ses politiques contre les comportements trompeurs. Des sources proches du dossier ont indiqué que Meta et Google avaient détecté des aspects de l'opération lors de leurs surveillances internes, soulignant l'importance de la vigilance des plateformes dans la lutte contre la désinformation.