Emprunter pour l'Aïd : La fatwa de la Grande Mosquée d'Alger

La Grande Mosquée d'Alger a émis une fatwa le jeudi 14 mai, statuant sur la légalité religieuse de l'emprunt pour l'achat du sacrifice de l'Aïd. Cette décision intervient alors que de nombreux fidèles se préparent à célébrer cette fête religieuse majeure, et que la question du financement du sacrifice suscite des interrogations au sein de la communauté musulmane. La fatwa vise à éclaircir la position de l'Islam sur le recours au crédit pour cette pratique rituelle, offrant des directives claires aux fidèles.

Principes de la charia et l'Aïd

Le sacrifice est considéré comme l'un des rituels apparents de l'Islam et une Sunnah confirmée par la majorité des savants. La charia, ou loi islamique, repose fondamentalement sur la facilité et l'allègement des difficultés, de sorte qu'il n'est pas prescrit aux musulmans de se charger au-delà de leurs capacités. D'ailleurs, la loi islamique est spécifiquement fondée sur la levée de la difficulté et la prévention du préjudice pour les individus. À cet égard, le verset coranique stipule clairement : « Allah n'impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité » (Al-Baqarah 286). Cette injonction divine note l'importance de ne pas se surmener financièrement. Aucune tradition prophétique authentique (hadith) n'a été prouvée concernant ce sujet, soulignant l'accent mis sur la capacité individuelle et l'absence de contrainte au-delà des moyens disponibles pour accomplir ce rite. Il n'est donc pas prescrit à un individu de se charger au-delà de ses capacités ou de contracter une dette qu'il craint de ne pas pouvoir honorer.

Interdiction pour les incapables de rembourser

Les savants se sont accordés à l'unanimité sur l'interdiction d'emprunter pour le sacrifice de l'Aïd pour ceux qui sont incapables de rembourser leurs dettes. Cette interdiction est justifiée par le fait qu'un tel emprunt expose l'emprunteur, ainsi que ses créanciers, à des difficultés financières et à des préjudices potentiels. Il n'est pas prescrit à un individu de se charger au-delà de ses capacités ou de s'engager dans une dette qu'il craint de ne pas pouvoir honorer. L'Imam Al-Cha'bi a déclaré qu'il préférait renoncer au sacrifice s'il n'en avait pas les moyens, plutôt que de s'endetter pour l'accomplir en période de difficultés. Cette position reflète la prudence et la sagesse islamique face aux obligations financières.

Opinions divergentes chez les Malikites

Concernant les fidèles qui anticipent pouvoir rembourser leur dette, les juristes malikites présentent deux opinions distinctes et célèbres. Ibn Habib, se référant à l'Imam Malik, et dont la position a été adoptée par Ibn Rushd puis confirmée par Ibn Naji, soutient que l'emprunt pour le sacrifice est recommandé. Cette approche vise à faire revivre cette Sunnah majeure pour ceux qui sont en mesure de rembourser. À l'opposé, Ibn Bashir estime qu'il ne faut pas emprunter à cette fin, afin d'éviter l'obligation de la dette et par précaution personnelle. La narration attribuée à Aïcha (RA), selon laquelle le Prophète (PSL) aurait approuvé l'emprunt pour le sacrifice en affirmant « Oui, car c'est une dette qui sera remboursée », est considérée comme un hadith faible et ne constitue pas une base argumentaire solide. Par conséquent, pour toute personne qui s'attend à pouvoir rembourser, disposant de moyens ou de raisons suffisantes pour honorer sa dette, et désirant faire revivre cette Sunnah bénie, il n'y a pas de mal à emprunter pour le sacrifice. Ces personnes peuvent espérer recevoir des bienfaits et des bénédictions en suivant la Sunnah du Prophète (PSL).