La France a maintenu les conditions d'indemnisation spécifiques à l'Algérie, sans aucune extension, et a rejeté les amendements visant à modifier cette situation, marquant une distinction persistante dans le traitement des victimes. Paris n'a pas non plus altéré les conditions d'indemnisation liées aux essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien, comme l'indique clairement l'article 2 du nouveau projet de loi. Cette décision note une approche différenciée, où les avancées législatives ne s'appliquent pas uniformément à tous les territoires impactés.
Les conditions d'éligibilité pour les victimes de ces essais, notamment ceux effectués à Reggane et In Ekker, demeurent inchangées, contrairement aux avancées prévues pour les victimes des essais en Polynésie française. Cette décision maintient une distinction dans le traitement des demandes d'indemnisation en fonction de la géographie des sites d'expérimentation nucléaire, soulevant des questions sur l'équité du dispositif.
Les essais nucléaires en Algérie
La France a mené un total de 210 essais nucléaires entre 1960 et 1996. Parmi ces expérimentations, 17 ont eu lieu spécifiquement dans le Sahara algérien, un territoire qui a été le théâtre des premières détonations nucléaires françaises. Ces essais se sont déroulés sur une période clé, entre 1960 et 1966.
Plus précisément, quatre essais atmosphériques ont été conduits dans la région de Reggane, située dans le Sahara algérien, entre février 1960 et avril 1961. Le premier de ces essais, "Gerboise Bleue", a eu lieu le 13 février 1960, marquant le début de l'ère nucléaire française. Suite à ces explosions en surface, treize essais souterrains ont ensuite été effectués dans la région d'In Ekker, également dans le Sahara algérien. Ces essais souterrains ont eu lieu entre novembre 1961 et février 1966, succédant aux essais atmosphériques et modifiant la nature de l'expérimentation nucléaire sur le territoire.
Les conditions actuelles d'indemnisation prévoient l'éligibilité des personnes ayant résidé ou été présentes entre le 13 février 1960 et le 31 décembre 1967 sur le site du centre d'expérimentations militaires sahariennes ou dans ses zones adjacentes. Ces zones sont définies par des critères spécifiques visant à circonscrire le périmètre de risque. De même, les individus ayant résidé ou été présents entre le 7 novembre 1961 et le 31 décembre 1967 sur le site du centre d'expérimentations militaires des Oasis et dans ses zones limitrophes peuvent prétendre à une indemnisation. Ces dates et lieux correspondent aux périodes et aux sites d'activités nucléaires intenses, mais leur rigidité est souvent critiquée.
Le cadre législatif et ses limites
La « loi Morin » de 2010 a établi le droit à l'indemnisation pour les individus affectés par les essais nucléaires français, reconnaissant pour la première fois la responsabilité de l'État. Cependant, son application a rencontré des difficultés et des limites significatives. Un amendement, proposé par le sénateur Akli Mellouli et visant à étendre les conditions spatiales d'indemnisation en Algérie, a été rejeté par la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat français. Ce rejet illustre la volonté de maintenir le cadre existant pour les victimes du Sahara algérien, malgré les appels à une plus grande flexibilité.
Entre 2010 et 2017, le pourcentage de dossiers d'indemnisation acceptés pour les victimes des essais nucléaires n'a pas dépassé 3%, un chiffre qui témoigne de la difficulté pour les demandeurs de voir leur dossier aboutir. Face à ce constat, le comité d'enquête de l'Assemblée nationale française a recommandé de restaurer « la logique de pleine responsabilité de l'État » et d'élargir le cercle des bénéficiaires potentiels, suggérant une révision profonde des critères d'éligibilité.
Avancées pour la Polynésie française
Par contraste, le nouveau projet de loi français a étendu le périmètre géographique d'indemnisation en Polynésie française, couvrant désormais l'ensemble de son territoire pour la période des essais atmosphériques entre 1966 et 1974. Cette réforme inclut également de nouvelles catégories de victimes polynésiennes, notamment les personnes « indirectement affectées » et les enfants de femmes enceintes exposées aux radiations, reconnaissant ainsi un impact plus large et transgénérationnel. Ces modifications représentent une avancée majeure pour la reconnaissance des souffrances endurées par la population polynésienne.
Grâce à ces modifications, plus d'un millier de dossiers précédemment rejetés pour des victimes en Polynésie française sont en cours de réexamen par la commission compétente, offrant un nouvel espoir à de nombreuses familles. Ces avancées contrastent fortement avec le maintien des conditions antérieures pour les sites d'essais nucléaires situés dans le Sahara algérien, créant une disparité notable dans le traitement des victimes selon leur localisation géographique.
Bilan financier et perspectives
Entre 2010 et 2025, la France a versé environ 108 millions d'euros au titre de l'indemnisation des victimes des essais nucléaires. Cette somme a été attribuée à 1 538 dossiers, couvrant des demandes validées sur cette période, soulignant l'engagement financier de l'État, bien que les critiques persistent sur l'accessibilité du dispositif. Ce bilan financier intervient alors que le cadre législatif et les conditions d'éligibilité continuent de faire l'objet de débats intenses, notamment concernant les sites d'expérimentation en Algérie. Les perspectives d'évolution de ce dispositif d'indemnisation divergent selon les régions affectées, avec des avancées notables pour la Polynésie française qui contrastent avec le maintien des critères préexistants pour le Sahara algérien, laissant ouverte la question d'une future harmonisation des droits à l'indemnisation.