Rapport de la Banque Mondiale : Les déséquilibres structurels freinent la croissance marocaine

World Bank Exposes Morocco’s Fragility
Photo via Echoroukonline

L'économie marocaine est confrontée à des déséquilibres structurels prononcés, malgré des fondations macroéconomiques solides, selon la Banque Mondiale. Cette évaluation met en lumière une situation paradoxale où des indicateurs macroéconomiques robustes coexistent avec des défis structurels profonds. Ces déséquilibres, a-t-elle indiqué, mettent en lumière des faiblesses persistantes dans la capacité du pays à créer des emplois et à soutenir adéquatement sa population active. La Banque Mondiale a précisé que ces faiblesses entravent non seulement l'intégration des nouveaux entrants sur le marché du travail, mais aussi la progression socio-économique de la population existante. L'institution internationale a averti que sans des réformes structurelles décisives et coordonnées, le fossé de l'emploi risque de s'élargir et la croissance économique demeurera précaire. Un tel scénario pourrait avoir des répercussions significatives sur la stabilité sociale et le développement à long terme du Royaume. La Banque Mondiale a souligné que la persistance d'indicateurs économiques négatifs démontre la fragilité de l'économie marocaine. Cette fragilité, si elle n'est pas adressée, pourrait compromettre les acquis et les efforts de développement du pays. Pour remédier à cette situation, des réformes exhaustives sont nécessaires, incluant le renforcement de la concurrence, l'amélioration de la gouvernance des investissements publics, le soutien aux entreprises productives et l'élargissement de la participation des femmes et des jeunes au marché du travail. Ces mesures sont jugées essentielles pour transformer la trajectoire économique du Maroc.

Bilan de l'emploi alarmant

Entre 2000 et 2024, le Maroc a enregistré un déficit annuel moyen de 215 000 emplois, selon la Banque Mondiale. Ce chiffre alarmant révèle une incapacité structurelle de l'économie à générer suffisamment d'opportunités pour sa population croissante. Cette situation s'est aggravée récemment, le déficit annuel ayant grimpé à 370 000 postes entre 2020 et 2024. Cette accélération du déficit note l'urgence de mesures correctives face à une pression démographique et économique grandissante. Pendant la période 2000-2024, la population en âge de travailler au Maroc a augmenté de 47%. Cette croissance démographique rapide a exercé une pression considérable sur le marché du travail. Dans le même temps, le nombre de personnes employées n'a progressé que de 20,7%. Cette disparité a eu un impact direct sur le marché du travail, créant un déséquilibre significatif entre l'offre et la demande de main-d'œuvre. Le taux de chômage a ainsi connu une hausse de 19,7% sur la même période. Cette augmentation du chômage reflète non seulement un manque d'opportunités, mais aussi des inadéquations entre les compétences disponibles et les besoins du marché. La participation des femmes au marché du travail a également diminué, le taux d'activité féminin passant de 28% en 2000 à seulement 19% en 2024. Cette baisse drastique est particulièrement préoccupante, car elle représente une sous-utilisation significative du potentiel économique et social d'une grande partie de la population.

Modèle de croissance et productivité

Le modèle de croissance du Maroc repose sur des niveaux d'investissement élevés, atteignant près de 30% du PIB, a indiqué la Banque Mondiale. Ce pourcentage élevé témoigne d'un engagement fort en faveur du développement économique par l'investissement. Malgré ces efforts considérables, la contribution de la productivité totale des facteurs à la croissance annuelle est restée faible, ne dépassant pas 0,8 point de pourcentage. Cette faible contribution suggère que les investissements ne se traduisent pas toujours par une amélioration proportionnelle de l'efficacité et de l'innovation. Une part significative de ces investissements est d'origine publique, le secteur public contribuant à environ 50% à 66% des investissements totaux. La prédominance des investissements publics soulève des questions sur l'efficacité de leur allocation et leur capacité à stimuler la productivité globale de l'économie. La Banque Mondiale insiste sur la nécessité d'optimiser l'impact de ces investissements pour en tirer un meilleur rendement en termes de croissance et de création d'emplois durables.

Faiblesses structurelles des entreprises

Le paysage entrepreneurial marocain est dominé par les très petites entreprises, qui représentent 94% des sociétés, selon la Banque Mondiale. Cette prédominance des TPE indique une structure économique fragmentée et potentiellement moins résiliente aux chocs. Le rapport de l'institution internationale indique également que plus des deux tiers de la population active marocaine opèrent au sein du secteur informel. Ce phénomène note des défis persistants en matière de formalisation et d'intégration économique, limitant l'accès aux protections sociales et aux opportunités de croissance. Environ 40% des industries au Maroc fonctionnent dans un environnement où la concurrence est faible, ce qui peut freiner l'innovation et la productivité. Un manque de concurrence tend à réduire les incitations pour les entreprises à améliorer leurs produits, leurs services et leurs processus. La Banque Mondiale note qu'environ 43% des diplômés universitaires occupent des postes qui ne valorisent pas pleinement leurs qualifications, reflétant un décalage entre l'offre et la demande sur le marché du travail. Cette situation conduit à une perte de potentiel humain et à une frustration parmi la jeunesse éduquée.

Réformes structurelles nécessaires

Le taux d'activité global au Maroc a enregistré une baisse notable entre 2000 et 2024, passant de 53,1% à 43,5%, selon la Banque Mondiale. Cette diminution reflète des défis persistants sur le marché du travail marocain, qui ne parvient pas à absorber efficacement la population en âge de travailler. La baisse du taux d'activité est un indicateur clé de la démobilisation d'une partie de la population par rapport à la vie économique active. La Banque Mondiale a souligné que cette tendance, combinée à d'autres indicateurs négatifs, met en évidence la nécessité de réformes structurelles profondes pour stimuler l'emploi et la croissance économique. Ces réformes doivent être conçues de manière à s'attaquer aux causes profondes des déséquilibres, plutôt qu'à leurs symptômes. L'institution internationale insiste sur l'urgence d'actions coordonnées pour inverser cette trajectoire et dynamiser l'intégration professionnelle. Elle recommande une approche holistique qui englobe plusieurs dimensions, allant de l'amélioration du climat des affaires à l'investissement dans le capital humain, afin d'assurer un développement inclusif et durable pour le Maroc.