Une étude récente, publiée par le Centre Zaytouna pour les études et les consultations (Zaytouna Center for Studies and Consultations), analyse l'avenir du programme nucléaire iranien. Le chercheur en relations internationales et en stratégie Walid Abdel Hai a conduit cette étude approfondie, qui examine divers scénarios pour l'orientation future de Téhéran et les implications stratégiques qui en découlent. L'étude de Walid Abdel Hai identifie quatre scénarios principaux pour le programme nucléaire iranien.
Le scénario du « seuil nucléaire » est jugé le plus probable pour les années à venir, selon les conclusions de l'étude. Ce scénario implique que l'Iran atteigne la capacité de produire rapidement une arme nucléaire sans nécessairement en assembler une. Les pressions exercées par les États-Unis et Israël sont identifiées comme le facteur le plus influent pour déterminer la direction du programme dans les prochaines années, soulignant l'importance des dynamiques géopolitiques régionales et internationales.
Scénarios d'Abandon et de Seuil
Un premier scénario envisagé est celui de l'abandon ou du démantèlement du programme nucléaire iranien. La probabilité d'un tel abandon est estimée par l'étude entre 5 et 10 pour cent. L'étude du Centre Zaytouna pour les études et les consultations considère qu'abandonner un projet stratégique dans lequel l'Iran a investi pendant des décennies pourrait être interprété en interne comme un retrait politique et stratégique. Les élites soutenant ce programme y voient l'un des éléments les plus importants de puissance et de dissuasion face aux pressions extérieures, selon le rapport. Cet abandon signifierait une renonciation à des investissements considérables en termes de ressources humaines, financières et technologiques, accumulés sur plusieurs décennies. Pour les décideurs iraniens, un tel recul pourrait être perçu comme une faiblesse face à la communauté internationale et aux adversaires régionaux.
Le deuxième scénario, celui du « seuil nucléaire », implique que l'Iran maintienne ses capacités techniques et scientifiques sans produire officiellement une bombe nucléaire. Ce scénario est jugé le plus probable jusqu'en 2030, avec une probabilité estimée entre 60 et 65 pour cent. Dans cette configuration, l'Iran serait en mesure d'assembler une arme nucléaire en un temps très court, mais choisirait de ne pas le faire, conservant ainsi une ambiguïté stratégique. Cette situation octroie à Téhéran de multiples gains, car elle maintient d'importantes cartes stratégiques, maintient ses adversaires dans un état de doute et d'incertitude, et évite les répercussions politiques, juridiques et militaires d'une déclaration de possession d'arme nucléaire, explique l'étude. Cette option conférerait également à l'Iran un pouvoir de négociation accru face aux États-Unis et aux puissances occidentales, le programme devenant une carte de pression pour Téhéran, selon les auteurs. Le maintien de cette capacité latente permet à l'Iran de projeter une puissance potentielle sans franchir une ligne rouge qui pourrait déclencher des sanctions plus sévères ou une action militaire.
L'étude exclut le scénario d'un abandon complet du programme nucléaire iranien, soulignant la nature profondément enracinée et stratégique de ce projet pour la République islamique.
Possession Officielle d'Armes Nucléaires
Le troisième scénario examiné par l'étude du Centre Zaytouna pour les études et les consultations envisage que l'Iran devienne le dixième État doté d'armes nucléaires. Ce scénario implique que Téhéran possède officiellement des armes nucléaires, franchissant ainsi le seuil de la dissuasion par l'armement. Walid Abdel Hai, chercheur en relations internationales et en stratégie, auteur de l'étude, estime que cette option pourrait être motivée par des menaces perçues comme existentielles ou par l'échec des efforts diplomatiques. La décision de franchir ce pas serait probablement le résultat d'une évaluation par Téhéran que les avantages de la possession déclarée d'armes nucléaires l'emportent sur les coûts potentiels, y compris l'isolement international et les risques d'escalade.
La probabilité que l'Iran possède officiellement des armes nucléaires est estimée par l'étude entre 35 et 40 pour cent. Ce scénario, bien que moins probable que celui du seuil nucléaire à court terme, représente une voie stratégique que Téhéran pourrait choisir si les pressions extérieures s'intensifiaient ou si ses intérêts de sécurité nationale l'exigeaient. Il marquerait un changement majeur dans la dynamique régionale et internationale, potentiellement enclenchant une course aux armements dans la région. Une telle décision entraînerait des conséquences géopolitiques profondes, remodelant les alliances et les équilibres de pouvoir au Moyen-Orient et au-delà.
L'Élément Imprévu et les Facteurs Clés
Un quatrième scénario, qualifié d'« événement cygne noir », est également envisagé par l'étude du Centre Zaytouna pour les études et les consultations. Ce concept désigne des événements inattendus, dont la probabilité est difficile à anticiper, mais qui peuvent engendrer des conséquences considérables. Ces événements imprévus pourraient modifier radicalement la trajectoire du programme nucléaire iranien. La nature imprévisible de ces événements rend leur analyse complexe, mais leur potentiel de bouleversement est significatif pour l'avenir du programme nucléaire iranien.
Un tel événement pourrait prendre diverses formes, allant d'un changement majeur dans la politique intérieure iranienne à une escalade régionale ou internationale imprévue, ou encore l'émergence d'une nouvelle technologie. La survenue d'un « cygne noir » pourrait par exemple précipiter une décision iranienne de franchir un seuil nucléaire ou, à l'inverse, l'obliger à reconsidérer sa stratégie actuelle. L'étude note que la nature même de ces événements rend leur anticipation complexe, mais leur potentiel d'impact sur le programme nucléaire est jugé significatif. Ces événements, par leur rareté et leur impact extrême, peuvent modifier fondamentalement les calculs stratégiques de Téhéran.
Implications Stratégiques et Pression
Le programme nucléaire iranien se situe à un point où Téhéran est plus proche que jamais de devenir un « État nucléaire latent », selon l'étude du Centre Zaytouna pour les études et les consultations. L'étude identifie quatre scénarios principaux pour l'avenir du programme iranien, chacun comportant des implications stratégiques distinctes. Cette situation confère à Téhéran « d'importants gains stratégiques », lui permettant de maintenir « ses adversaires dans un état de doute et d'incertitude », tout en évitant « les répercussions politiques, juridiques et militaires » d'une déclaration de possession d'armes nucléaires, précise le rapport.
Cette option donne également à l'Iran un pouvoir de négociation accru « en confrontant les États-Unis et les puissances occidentales », le programme nucléaire devenant « une carte de pression utilisée par Téhéran dans les dossiers politiques, économiques et sécuritaires », indique l'étude. Le rapport note cependant que ce scénario comporte des risques significatifs, notamment la possibilité « que l'Iran soit soumis à des attaques militaires généralisées, ou qu'il pousse d'autres puissances régionales à chercher à posséder des armes nucléaires », ce qui pourrait ouvrir la voie à « une course aux armements sans précédent au Moyen-Orient ». Les pressions exercées par les États-Unis et Israël sont considérées comme le facteur le plus influent pour déterminer la direction du programme dans les prochaines années, ce qui signifie que les décisions et les actions de ces acteurs externes joueront un rôle clé dans la trajectoire future du programme nucléaire iranien.