Le ministre français des Armées et des Anciens combattants a répondu à une question parlementaire concernant les événements qualifiés par la France d'« événements d'Oran », une période particulièrement sensible des relations franco-algériennes. Sa réponse, détaillée et officielle, a été publiée le 7 juillet 2025 au Journal officiel de l'Assemblée nationale française. Dans cette déclaration, le ministre a indiqué que la France a multiplié les initiatives concrètes sur le dossier mémoriel, cherchant à apaiser les tensions et à construire une relation renouvelée avec l'Algérie. Ces gestes sont attendus de la part d'Alger et sont intrinsèquement liés à la récente visite du ministre en Algérie, qui a marqué une étape importante dans ce dialogue complexe.
Initiatives françaises et attentes d'Alger
Le président français Emmanuel Macron a exprimé publiquement « عزمَه على الشُروع في عملية إحياء ملف الذاكرة، والبحث عن الحقيقة، والمصالحة مع الجزائر », manifestant ainsi sa volonté claire et affirmée d'engager un processus de ravivage du dossier mémoriel, de recherche de la vérité et de réconciliation avec l'Algérie. Cette déclaration présidentielle a donné une impulsion significative aux efforts français.
En 2021, l'historien français Benjamin Stora a été spécifiquement chargé de la préparation d'un rapport exhaustif sur la colonisation française de l'Algérie, marquant une première initiative concrète et académique pour aborder cette période historique. Ce rapport visait à établir un état des lieux des connaissances et à formuler des propositions. Par la suite, dans la continuité de cette démarche, un comité mixte d'historiens algériens et français a été mis en place en 2022 afin de discuter en profondeur des questions de mémoire historique, favorisant ainsi un dialogue direct entre les experts des deux nations.
Cette commission bilatérale a été établie suite à un accord formel entre le président algérien Abdelmadjid Tebboune et son homologue français, Emmanuel Macron, lors de la visite d'État de ce dernier en Algérie en août 2022. L'objectif principal de cette initiative conjointe était de traiter de manière approfondie le dossier mémoriel, en reconnaissant les sensibilités et les attentes de chaque partie. Malgré ces avancées, Alger maintient ses exigences concernant la reconnaissance pleine et entière des événements historiques. Les événements du 8 mai 1945, par exemple, sont un point central de la mémoire algérienne, ayant causé la mort de 45 000 martyrs algériens, tués par l'armée d'occupation française et les colons, selon les chiffres algériens. Ces massacres sont considérés comme un moment pivot de la lutte pour l'indépendance.
La vision algérienne de la mémoire
L'Algérie considère la question coloniale française comme un dossier global et indivisible, couvrant l'intégralité de la période de 1830 à 1962. Le pays juge essentiel que des atrocités historiques spécifiques et douloureuses, telles que le massacre d'Oufia, les massacres de Dahra, la dépossession systématique de terres agricoles dans les années 1950, l'extermination de tribus entières et les déportations massives vers des territoires lointains comme la Nouvelle-Calédonie et Cayenne, soient pleinement prises en compte pour le règlement définitif du dossier mémoriel. La reconnaissance de ces souffrances est perçue comme une condition sine qua non à une véritable réconciliation.
Dans cette perspective, Alger exige également la restitution des archives historiques pillées ou emportées lors de la période coloniale, considérées comme une partie inaliénable du patrimoine national algérien. Une coopération française est également attendue pour le nettoyage et la décontamination des sites affectés par les essais nucléaires français menés sur le territoire algérien. Le pays réclame en outre la remise des cartes précises des sites d'enfouissement de déchets chimiques et nucléaires, ainsi que des compensations financières et morales pour les victimes de ces essais et leurs familles, dont la santé et l'environnement ont été gravement impactés.
Réactions et perspectives
La question parlementaire à l'origine de cette discussion et de la réponse ministérielle a été posée par le député du Rassemblement national, Cyril Tribuian, soulignant l'importance politique de ce dossier en France. La France, pour sa part, déclare attendre des « gestes » significatifs de l'Algérie en réponse à ses propres initiatives, cherchant une réciprocité dans le processus d'apaisement mémoriel.
Les autorités françaises considèrent d'ailleurs la récente visite du ministre des Armées et des Anciens combattants à Alger comme une avancée significative dans le dossier mémoriel, marquant un engagement concret de la part de Paris. Cette visite avait un objectif solennel : commémorer les événements du 8 mai 1945, un moment clé et douloureux de l'histoire partagée. Lors de ce déplacement officiel, le ministre s'est rendu à Sétif, lieu emblématique de ces massacres, accompagné de l'ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet. Le gouvernement français espère désormais une nouvelle étape constructive de la part des autorités algériennes, contribuant ainsi à l'apaisement durable des tensions mémorielles et à l'établissement d'une relation bilatérale apaisée et tournée vers l'avenir.