Maroc vs Algérie : Deux visions opposées de la gestion de la dette citoyenne

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Photo via Echoroukonline

Au Maroc, une pratique croissante voit les banques céder leurs créances non performantes, contractées par des citoyens, à des sociétés étrangères spécialisées dans le rachat de dettes. Cette démarche, selon les informations disponibles, s'opère sans consultation préalable du débiteur marocain. Le citoyen endetté se trouve ainsi confronté à un nouvel acteur, potentiellement plus exigeant dans le recouvrement de sa dette. Les banques marocaines qui ont accordé des prêts à leurs citoyens se déchargent de ces créances douteuses, les transférant à des entités étrangères dont la principale activité est l'acquisition et le recouvrement de dettes.

Ces sociétés étrangères acquièrent les créances à un prix réduit, puis réclament au débiteur le montant total de la dette, incluant les intérêts et les frais, selon les informations rapportées. Cette approche, où le débiteur marocain n'est pas consulté, le place face à un nouveau créancier dont les méthodes de recouvrement pourraient être perçues comme plus rigoureuses. Cette orientation politique est présentée comme une conséquence d'une crise financière réelle que traverse le Maroc. Le volume des créances non performantes au Maroc a dépassé les 104 milliards de dirhams (environ 11,3 milliards de dollars) à la mi-2026. Ce montant représente environ 9 % du total des prêts accordés par les banques marocaines. La logique marocaine sous-jacente à cette stratégie est d'ouvrir un marché secondaire pour les dettes. Cette mesure vise à permettre aux banques de recouvrer des liquidités, dans l'objectif de stimuler l'économie nationale.

Crise financière marocaine et marché secondaire

La situation financière du Maroc, marquée par un volume significatif de créances non performantes, a conduit à l'adoption de cette stratégie. Les banques, confrontées à l'incapacité de nombreux citoyens de rembourser leurs prêts, cherchent des solutions pour assainir leurs bilans et maintenir leur solvabilité. Le marché secondaire des dettes offre une voie pour décharger ces actifs problématiques, même à un prix décoté, afin de libérer des capitaux. Cette approche est justifiée par la nécessité de soutenir le système bancaire et, par extension, l'économie nationale. L'argument central est que la recapitalisation des banques par la vente de créances permettrait de relancer l'octroi de nouveaux prêts et de dynamiser l'investissement.

Cependant, cette politique soulève des interrogations quant à ses implications sociales. La décision marocaine, selon l'analyse, n'aurait pas pris en compte les intérêts du débiteur, se concentrant uniquement sur ceux de la banque. En cédant ces dettes à des entreprises spécialisées dans le recouvrement, souvent basées à l'étranger, les autorités et les institutions financières marocaines transfèrent la responsabilité de la gestion de ces créances à des acteurs dont la priorité est le profit, potentiellement au détriment de la situation financière et sociale des citoyens endettés. Cette orientation est perçue comme un choix stratégique favorisant la liquidité bancaire au détriment des considérations individuelles des emprunteurs, qui se retrouvent face à des interlocuteurs sans lien direct avec leur historique de crédit initial.

L'approche algérienne : souveraineté et citoyenneté

En Algérie, une approche contrastée est observée concernant la gestion de la dette citoyenne. Le pays n'a, en effet, jamais cédé les dettes de ses citoyens à des institutions étrangères depuis son indépendance. Cette position se distingue de celle du Maroc, qui a ouvert un marché secondaire pour les créances. La philosophie algérienne privilégie une gestion nationale des obligations financières de ses citoyens, considérant que la souveraineté économique et la protection sociale sont intrinsèquement liées.

La loi de finances algérienne pour 2026 a introduit des mesures significatives. Toutes les dettes, amendes et intérêts accumulés avant 2011 ont été intégralement annulés. Cette décision vise à alléger le fardeau financier des citoyens pour les créances les plus anciennes, reconnaissant ainsi la difficulté de rembourser des dettes parfois très anciennes et les rendant caduques.

La même loi prévoit une réduction de 70 % des dettes contractées entre 2012 et 2025. Cette mesure s'accompagne d'une annulation complète des amendes et des intérêts de retard associés à ces dettes. L'État algérien et les banques locales assument conjointement une partie de la perte financière engendrée par ces annulations et réductions. Cette démarche est présentée comme un coût assumé pour le maintien de la cohésion sociale et la préservation de la dignité des citoyens. En prenant en charge une partie de ces pertes, l'État et les banques locales algériennes envoient un signal fort quant à leur engagement envers le bien-être de la population, même en situation de difficulté financière.

Implications sociales et économiques

L'article met en opposition l'approche marocaine, qui privilégie la protection des marchés et des capitaux, avec la démarche algérienne, axée prioritairement sur la protection des citoyens. La décision marocaine, selon l'analyse, n'aurait pas pris en compte les intérêts du débiteur, se concentrant uniquement sur ceux de la banque. Cette orientation est perçue comme un choix stratégique favorisant la liquidité bancaire au détriment des considérations individuelles des emprunteurs. Elle soulève la question de l'équilibre entre la santé financière des institutions et le fardeau supporté par les ménages.

En contraste, l'approche algérienne considère le citoyen comme une composante essentielle de la nation. Elle vise à soutenir les individus en difficulté financière, les traitant comme des membres à part entière de la collectivité. Cette philosophie se traduit par des mesures d'allègement de la dette qui, d'après le texte, renforcent la cohésion sociale et la dignité des citoyens. Pour l'Algérie, l'État et les banques locales sont prêts à supporter une partie des pertes financières engendrées par ces annulations et réductions, considérant cela comme un investissement dans la stabilité sociale et la dignité de ses habitants. Cette divergence met en lumière deux visions fondamentales de la gestion économique et sociale, l'une privilégiant la flexibilité du marché et la liquidité bancaire, l'autre mettant en avant la protection sociale et la solidarité nationale.