Le Maroc et la « entité sioniste » ont officiellement annoncé mercredi soir l'élévation de leur représentation diplomatique au niveau d'ambassades, incluant l'échange d'ambassadeurs. Cette décision, qui marque une étape significative dans la consolidation de leurs liens, a été communiquée par la « entité sioniste » et son allié, les États-Unis. Le ministre des Affaires étrangères marocain, ناصر بوريطة, a justifié cette normalisation en soulignant son rôle dans l'aide humanitaire. Il a affirmé, comme rapporté par la chaîne américaine de droite « فوكس نيوز », que « Nous avons fourni une aide humanitaire aux Palestiniens grâce à ces relations que nous avons avec Israël. » Cette déclaration intervient alors que la décision suscite de vives réactions. علي أنوزلا, pour sa part, estime que cette décision ne marque pas le début d'une nouvelle voie, la normalisation ayant débuté en 2020 et ayant déjà dépassé le cadre d'un simple bureau de liaison. أنوزلا critique également le fait que l'annonce d'un développement aussi important parvienne aux Marocains via la partie israélienne, sans position officielle marocaine claire et transparente. Ce manque de communication officielle soulève des questions quant à la souveraineté de la prise de décision.
Une normalisation qui s'approfondit et s'institutionnalise
Ahmed Weyhman, chef de l'Observatoire marocain contre la normalisation, a vivement critiqué cette avancée, la qualifiant de nouvelle étape dans le processus de normalisation. Weyhman établit un lien direct entre l'élévation des bureaux de liaison au rang d'ambassades et un glissement progressif et préoccupant de la présence de la « entité sioniste » de la sphère purement diplomatique vers les domaines politique, culturel et symbolique au sein du Maroc. Cette évolution, selon lui, témoigne d'une intégration plus profonde et plus insidieuse. Un responsable de la « entité sioniste », lors d'une inspection de la représentation de la « entité sioniste » à Rabat, aurait déclaré que le lieu « ne sera pas seulement une ambassade, mais un foyer pour chaque Israélien dans le monde ». Ahmed Weyhman interprète cette déclaration comme le reflet d'une vision dépassant largement les fonctions diplomatiques traditionnelles pour une présence plus large et plus enracinée de la « entité sioniste » au Maroc, s'immisçant dans le tissu social et identitaire. Weyhman évoque ainsi un chemin d'« infiltration » qui englobe l'État, la société, l'identité et la souveraineté nationales, citant l'expansion des relations sécuritaires, technologiques et économiques comme preuves de cette pénétration.
محمد قنديل perçoit également le passage aux ambassades comme une extension directe du cadre établi en 2020 sous le parrainage américain, qui avait déjà posé les jalons d'une relation plus complexe. محمد قنديل décrit la décision d'établir des ambassades comme l'institutionnalisation d'une relation devenue multicouche, et pas seulement diplomatique. Cela signifie que les liens se sont diversifiés et approfondis, touchant désormais de multiples facettes de la vie publique et privée.
Au-delà des liens diplomatiques : une question d'identité et de souveraineté
Ahmed Weyhman, chef de l'Observatoire marocain contre la normalisation, affirme que la normalisation s'étend désormais aux sphères identitaire et symbolique, des domaines particulièrement sensibles pour l'identité nationale marocaine. Il cite des expressions telles que « le Maroc est une terre juive » et « le Maroc est le royaume saint pour les Enfants d'Israël » comme des indicateurs clairs de cette évolution, suggérant une tentative de redéfinition historique et culturelle. Pour sa part, Ali Anouzla établit un lien direct entre l'élévation de la représentation diplomatique et la guerre à Gaza, soulignant que le renforcement des relations avec la « entité sioniste » à ce stade précis revêt une signification particulière et soulève des questions morales et politiques. Il estime que le moment choisi pour cette annonce renforce la légitimité perçue de l'« entité sioniste » en pleine période de conflit.
Mohamed Kandil estime que la question centrale n'est pas l'ambassade en soi, qui est une formalité diplomatique, mais plutôt le cheminement qui a mené à cette décision et les parties qui l'ont soutenue et poussée. Kandil considère que la « normalisation » n'est plus simplement un choix de politique étrangère parmi d'autres, mais qu'elle est devenue une voie qui impacte la structure de l'État et de multiples domaines au sein de la société marocaine, transformant potentiellement le caractère même de la nation.
Critiques et appels à l'action pour la souveraineté nationale
Face à cette escalade de la normalisation, l'Observatoire marocain contre la normalisation a lancé un appel vibrant à la cessation immédiate du processus de normalisation avec la « entité sioniste ». L'organisation exige non seulement la fermeture du bureau de représentation de la « entité sioniste » à Rabat, mais réclame également la fin de toute coopération jugée préjudiciable à la souveraineté nationale et à la position populaire marocaine concernant la question palestinienne, qui reste un pilier de l'identité marocaine.
Mohamed Kandil, pour sa part, insiste avec force sur l'importance de la souveraineté nationale dans ce contexte. Il estime que l'élargissement de la coopération avec la « entité sioniste » et les États-Unis impose une réévaluation profonde de la question de l'indépendance de la prise de décision du Maroc. Pour Kandil, cette normalisation n'est pas seulement une question diplomatique, mais une question fondamentale qui touche à l'autonomie et à la liberté d'action du Maroc sur la scène internationale et dans ses choix internes.