Les relations algéro-maliennes ont retrouvé leur calme habituel après une période agitée, marquant un tournant significatif dans la diplomatie régionale. Un appel téléphonique entre Sifi Ghorab, chef du gouvernement algérien, et le Général Abdallah Maiga, Premier ministre malien, a officiellement relancé et consolidé les échanges politiques entre les deux nations. Cette reprise des contacts au plus haut niveau intervient après une période de tensions, signalant une volonté mutuelle de rétablir une coopération constructive. Le Premier ministre malien Abdallah Maiga a publiquement salué l'Algérie et ses liens avec elle dans un discours, soulignant l'importance de cette relation bilatérale. Les relations bilatérales entrent désormais dans une nouvelle phase, caractérisée par la franchise, la transparence et le respect mutuel, des principes jugés essentiels pour une collaboration durable.
Importance stratégique et défis partagés
Le Mali revêt une importance capitale pour l'Algérie, en raison notamment d'une frontière commune s'étendant sur plus de 1 300 km. Cette longue frontière partagée engendre des défis significatifs et complexes liés à la sécurité, au crime organisé et à l'immigration illégale. Ces problématiques transfrontalières nécessitent une coordination étroite et une coopération renforcée entre les deux pays. Les développements au Mali, qu'ils soient politiques, sécuritaires ou sociaux, ont des répercussions directes sur l'Algérie, affectant sa propre stabilité régionale. La question de l'Azawad, en particulier, influe profondément sur la stabilité des deux pays en raison de la nature démographique du sud de l'Algérie et du nord du Mali, où les populations partagent souvent des liens culturels et familiaux étroits.
Le rôle d'Alger dans la crise Azawad
Les autorités maliennes sont convaincues que l'Algérie est la seule partie capable de réunir toutes les factions autour d'une table de discussion pour résoudre la crise de l'Azawad. Cette conviction repose sur l'expérience passée d'Alger en tant que médiateur impartial et efficace. Alger a en effet joué un rôle de médiateur clé dans la crise de l'Azawad à plusieurs reprises par le passé, démontrant sa capacité à faciliter le dialogue et la réconciliation. Cela inclut notamment l'accord de 2015, connu sous le nom de « voie d'Alger », qui a représenté une avancée majeure dans la recherche de la paix. Les autorités maliennes ont par la suite compris que toute tentative de résoudre la crise de l'Azawad sans l'implication active et reconnue de l'Algérie conduisait inévitablement à l'échec et à des pertes potentielles pour le pays, tant sur le plan humain que matériel. Elles ont réalisé que le rôle de l'Algérie est indispensable pour parvenir à une solution durable.
Nouvelle approche axée sur l'économie
L'Algérie ambitionne de faire des pays du Sahel un espace de coopération, d'échanges et de développement, axé sur la sécurité et la stabilité régionales. Pour assurer la durabilité des liens bilatéraux et renforcer cette vision, le diplomate à la retraite Moustapha Zeghalash préconise l'intégration de la dimension économique de manière plus prononcée dans les relations. L'Algérie apporte déjà un soutien substantiel aux pays du Sahel, notamment par la fourniture de centrales de production d'électricité, contribuant ainsi au développement des infrastructures vitales. Elle offre une aide précieuse dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la formation, renforçant les capacités humaines et institutionnelles. M. Zeghalash suggère également d'activer une diplomatie douce en associant l'Agence de Coopération Internationale, qui a alloué un milliard de dollars pour des projets en Afrique, avec des investisseurs algériens pour développer des initiatives concrètes dans la région du Sahel. Cette approche économique vise à créer une interdépendance mutuellement bénéfique, complémentaire aux efforts sécuritaires.
Réalisme politique malien
L'expérience des tensions croissantes entre Bamako et Alger il y a plus d'un an a convaincu les autorités maliennes de l'indispensabilité de l'Algérie pour la résolution des problèmes internes du Mali. Cette période difficile a servi de catalyseur à une prise de conscience stratégique. Les autorités maliennes ont compris qu'il n'était pas bénéfique d'antagoniser gratuitement l'Algérie, un voisin et partenaire historique dont le soutien est clé, a affirmé Bachir Mohamed Lahsen, chercheur en affaires africaines à l'Université de Séville. Cette nouvelle approche pragmatique reflète une reconnaissance de la complexité des enjeux régionaux et de la nécessité d'une collaboration sincère pour y faire face efficacement.