L'emprisonnement d'Ali Lmrabet met la France dans l'embarras diplomatique

The Imprisonment Of Ali Lmrabet Puts The French Authorities In Great Embarrassment
Photo via Echoroukonline

Le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été arrêté à l'aéroport de Tanger, au Maroc, avant d'être emprisonné pour des accusations liées à son activité journalistique. Cet événement soulève de sérieuses questions sur la position de la France face aux violations des droits humains et à la liberté de la presse dans la région. Ignacio Cembrero, journaliste pour El País, s'est interrogé publiquement sur la réaction du président français, Emmanuel Macron. M. Cembrero a spécifiquement demandé si le chef d'État français manifesterait le même intérêt pour le sort d'Ali Lmrabet qu'il en avait montré pour l'écrivain Boualem Sansal lorsque ce dernier fut emprisonné en Algérie, soulignant ainsi un possible double standard diplomatique.

Silence français face à Rabat

Paris n'a pas été en mesure de formuler une déclaration exigeant la libération du journaliste franco-marocain Ali Lmrabet de la part du régime marocain, une inaction qui contraste fortement avec d'autres situations diplomatiques. Ignacio Cembrero, journaliste pour El País, a accusé les autorités françaises d'un silence notable envers le régime marocain, le favorisant de manière flagrante par rapport à l'Algérie en ce qui concerne les violations des droits humains et la liberté des médias. M. Cembrero a interrogé la position d'Emmanuel Macron, déclarant avec insistance : « Le Président (français) Emmanuel Macron montrera-t-il le même intérêt pour le sort du journaliste Ali Lmrabet, emprisonné au Maroc, que celui qu'il a montré pour l'écrivain Boualem Sansal lorsqu'il a été emprisonné en Algérie ? » Il a ajouté que « les deux sont des citoyens français. Sansal est d'origine algérienne, tandis que Lmrabet est d'origine marocaine. Au Palais de l'Élysée à Paris, il y a généralement une plus grande indulgence envers Rabat par rapport à l'Algérie concernant les violations des droits de l'homme. » Cette absence de réaction de la part de Paris, qui n'a pas pu formuler une déclaration exigeant sa libération, est d'autant plus frappante qu'elle s'écarte de la ligne adoptée dans des cas similaires impliquant l'Algérie, notamment pour l'écrivain Boualem Sansal et le journaliste français Christophe Gleizes.

L'arrestation d'Ali Lmrabet au Maroc a provoqué un embarras certain pour la France et l'Espagne, a observé Ignacio Cembrero, puisque M. Lmrabet est un citoyen français résidant à Barcelone, dont l'épouse et les enfants sont espagnols. Cette situation complexe met en lumière les implications transnationales de son emprisonnement. M. Cembrero a jugé « peu probable que Lecornu, qui se rendra à Rabat mercredi, prenne des mesures » concernant le sort du journaliste, anticipant une continuité dans la politique de non-ingérence. Il a également rappelé que Paris avait « ignoré l'historien franco-marocain Maati Monjib, harcelé par les autorités de Rabat », un précédent qui renforce l'idée d'une certaine complaisance française. Le journaliste espagnol a critiqué les autorités de son propre pays, affirmant que « Madrid n'a montré aucun intérêt pour un autre prisonnier politique, Mohamed Ziane, âgé de 83 ans, né à Malaga et fils d'une femme espagnole ». M. Cembrero a souligné qu'Ali Lmrabet et ses collègues avaient « montré une remarquable capacité de mobilisation par le passé », suggérant que cette affaire pourrait générer une forte réaction. Il a conclu en remarquant : « L'éditorialiste sait-il qu'il n'y a actuellement aucun média au Maroc qui critique les autorités ? », une question rhétorique qui met en exergue la dégradation de la liberté de la presse dans le royaume.

Comparaison avec l'Algérie

Le contraste est marqué avec la ligne adoptée par la France dans des situations comparables impliquant l'Algérie, notamment pour l'écrivain Boualem Sansal et le journaliste français Christophe Gleizes. Cette différence de traitement est particulièrement frappante. Ignacio Cembrero, journaliste pour El País, a illustré cette disparité sur son compte X. M. Cembrero y a publié une image du président français Emmanuel Macron, où il apparaît aux côtés de Boualem Sansal et Ali Lmrabet, une juxtaposition visuelle destinée à noter l'inégalité de l'attention présidentielle.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a, quant à lui, critiqué le système occidental pour la manière dont il dépeint le Royaume du Maroc, le présentant comme un « oasis de liberté et de démocratie ». Cette déclaration du dirigeant algérien met en lumière une perception radicalement différente de la situation des droits humains et de la liberté d'expression dans la région, contestant la narrative occidentale dominante.

Critique de la presse et du pouvoir

Les médias français ont relayé une dépêche de l'Agence France-Presse (AFP) concernant l'arrestation d'Ali Lmrabet, mais n'ont pas transmis la déclaration de "Reporters sans frontières" critiquant explicitement le régime marocain pour cette arrestation, ce qui a été perçu comme un manque de profondeur dans la couverture. Interrogé sur le cas d'Ali Lmrabet, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré ne pas connaître les détails de l'affaire, une réponse qui a soulevé des interrogations quant à l'intérêt des autorités espagnoles pour la situation d'un citoyen européen résidant sur leur territoire. Ignacio Cembrero a critiqué les médias espagnols, y compris El País lui-même, pour un éditorial qu'il a qualifié de "malheureux" dans sa couverture de l'affaire Lmrabet. M. Cembrero a accusé ces médias de "blanchir l'image du régime marocain", suggérant une complaisance médiatique.

Le journaliste d' El País a également souligné qu'il n'existe actuellement plus aucun média au Maroc critiquant les autorités, une situation alarmante pour la liberté de la presse. Il a rappelé que lors de l'accession au trône de Mohammed VI en 1999, des médias indépendants tels que « Le Journal », « Assahifa » et « Demain » existaient et opéraient, offrant une pluralité de voix. Selon M. Cembrero, l'éditorial en question prétendait que le régime marocain avait tourné la page des restrictions de presse, en s'appuyant sur l'octroi par le Roi d'une grâce, deux ans auparavant, à un certain nombre de journalistes marocains emprisonnés. Cette argumentation, selon Cembrero, ignorait la réalité actuelle de la disparition des voix critiques dans le paysage médiatique marocain.

Implications et contexte

Ignacio Cembrero, journaliste pour El País, a noté que l'emprisonnement d'Ali Lmrabet représente un embarras significatif pour la France et l'Espagne, le journaliste étant un citoyen français résidant à Barcelone, dont l'épouse et les enfants sont espagnols. Cette situation complexe met en jeu les relations diplomatiques des deux pays avec le Maroc. M. Cembrero a également rappelé que les autorités françaises avaient auparavant ignoré l'historien franco-marocain Maati Monjib, qui fait l'objet de harcèlement de la part de Rabat, renforçant l'impression d'une politique de deux poids deux mesures. Cette situation note, selon lui, une approche diplomatique contrastée de la part de Paris face aux violations des droits humains dans la région, particulièrement vis-à-vis du Maroc. Le silence de Paris, comparé à ses réactions plus fermes envers d'autres nations, alimente les critiques sur une diplomatie sélective qui privilégierait les intérêts géopolitiques au détriment des principes de liberté et de droits humains.