Le Montaigne Institute, un centre de recherche français, a publié ce 10 du mois une étude intitulée « France – Algérie : Scénarios pour dépasser l’émotion » sur son site internet. Ce rapport, fruit d'une analyse approfondie, propose trois options distinctes pour la politique française concernant l'Algérie, cherchant à offrir des pistes pour une relation bilatérale souvent complexe. Dans cette étude, le Montaigne Institute y identifie la migration, les relations économiques et la mémoire, incluant la question linguistique et identitaire, comme des domaines de préoccupation majeurs et persistants pour la France. Parmi les propositions formulées, le troisième scénario décrit une approche de « désescalade » à travers une gestion plus réservée et pragmatique des relations franco-algériennes, visant à apaiser les tensions récurrentes.
Enjeux clés des relations bilatérales
L'étude met en lumière plusieurs défis structurants qui caractérisent la relation entre la France et l'Algérie. Sur le plan migratoire, l'Algérie représente le pays dont les ressortissants obtiennent le plus de titres de séjour en France, un indicateur de l'intensité des liens humains entre les deux nations. En 2024, les nationaux algériens ont obtenu un nombre significatif de 650 000 titres de séjour, soulignant l'ampleur de cette présence. L'accord de 1968, un pilier de cette relation, établit un régime spécial pour la circulation, le travail et le séjour des citoyens algériens et de leurs familles en France, le distinguant d'autres cadres migratoires.
Concernant les échanges économiques, le volume commercial entre la France et l'Algérie a atteint 11 milliards d'euros en 2024. Ce chiffre, bien qu'important, reste toutefois inférieur à celui des échanges que la France entretient avec le Maroc ou la Tunisie, ses autres partenaires majeurs en Afrique du Nord. Les hydrocarbures, notamment le pétrole et le gaz, représentent plus de la moitié du volume commercial total entre la France et l'Algérie, et environ 90 % des importations françaises en provenance de ce pays, illustrant une forte dépendance énergétique. La France fait par ailleurs face à une concurrence accrue de pays comme l'Italie, la Chine et la Turquie dans sa relation économique avec l'Algérie, ces nations renforçant leur présence et leurs investissements sur le marché algérien.
Sur le plan culturel et linguistique, la langue française a vu sa position décliner en Algérie. Ce recul est attribué à la politique d'arabisation menée par les autorités algériennes et à la montée en puissance de l'anglais comme langue internationale. Un exemple concret de cette évolution est l'introduction de l'anglais en troisième année de l'enseignement primaire à partir de la nouvelle année universitaire, tandis que le français a été relégué en quatrième année, marquant un changement significatif dans le système éducatif algérien.
Un autre point de friction majeur mentionné par l'étude concerne la question mémorielle. Le Montaigne Institute reconnaît l'échec de l'initiative du Président Emmanuel Macron concernant les questions mémorielles, soulignant la difficulté persistante à apaiser les tensions historiques entre les deux pays. La position française sur la question du Sahara occidental a en outre provoqué une crise sans précédent entre les deux pays, illustrant la fragilité des équilibres diplomatiques régionaux.
Les trois scénarios envisagés pour l'avenir
L'étude du Montaigne Institute explore trois voies possibles pour la politique française. Le premier scénario envisagé propose à la France de maintenir sa politique actuelle, caractérisée par une série d'initiatives et de gestes diplomatiques. Cependant, cette approche, bien qu'ayant été privilégiée jusqu'à présent, n'a pas permis de résoudre les problèmes fondamentaux qui caractérisent la relation franco-algérienne, laissant subsister des frustrations de part et d'autre. Ce maintien du statu quo est ainsi présenté comme une option qui ne modifierait pas fondamentalement la dynamique existante, avec ses avantages et ses inconvénients.
Un deuxième scénario, beaucoup plus radical, suggère une rupture dans les relations, impliquant une abrogation unilatérale par la France de l'accord de 1968. Une telle décision, selon l'étude, risquerait de déclencher une crise diplomatique majeure dont les conséquences seraient difficiles à surmonter pour les deux pays, potentiellement déstabilisant l'ensemble de la région. L'Algérie, pour sa part, considère l'accord de 1968 comme une ligne rouge infranchissable, le percevant comme une extension directe et fondamentale des Accords d'Évian, qui ont scellé son indépendance et défini les bases de sa relation avec la France. Cette approche plus ferme est parfois défendue par certains acteurs politiques en France. Des candidats à la présidentielle issus de l'extrême droite française, à l'instar de Marine Le Pen, plaident en faveur d'une position plus intransigeante dans les relations avec l'Algérie, ce qui pourrait correspondre à une forme de ce deuxième scénario, axé sur la fermeté et la révision des cadres existants.
Recommandation et avertissements
L'étude du Montaigne Institute recommande d'adopter le troisième scénario, qu'elle qualifie de « désescalade ». Ce scénario préconise une approche nuancée qui combinerait des éléments des deux premiers. Il s'agirait d'interrompre l'application de l'accord de 1968, répondant ainsi à certaines préoccupations françaises, tout en maintenant une ouverture pour la convergence et la coopération, notamment dans les domaines économique et géopolitique. L'objectif serait de redéfinir les termes de la relation sur des bases plus équilibrées et moins émotionnelles, sans pour autant fermer la porte au dialogue et aux partenariats stratégiques.