Un article d'analyse du journaliste et écrivain suédois Nathan Shachar, publié dans le quotidien suédois Dagens Nyheter, met en lumière les stratégies du Maroc dans ses relations avec l'Union européenne, la France et l'Espagne. Le texte décrit comment le système du Makhzen utilise un large éventail d'outils de pression pour gérer ces interactions. Parmi les leviers identifiés figurent la migration, les échanges commerciaux, la gestion des frontières, les relations de sécurité et l'espionnage. L'analyse se concentre sur les méthodes employées par Rabat pour influencer la politique européenne.
Le Cœur du Pouvoir Marocain
L'article décortique le système du Makhzen marocain, ses cercles de décision et les agences de sécurité qui entourent le Roi Mohammed VI. Le Makhzen est décrit comme un système politique où le pouvoir est concentré au sein du Palais royal et d'un cercle restreint de proches collaborateurs. Les partis politiques et les institutions y joueraient des rôles limités, leur pluralité étant considérée comme théâtrale. Parmi les agences de sécurité mentionnées figurent la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), la Direction générale des études et de la documentation (DGED) et le Deuxième Bureau des Forces armées marocaines. Abdellatif Hammouchi dirige la DGST. Fouad Ali El Himma est présenté comme un proche collaborateur du Roi Mohammed VI et un « homme de l'ombre », dont l'influence s'étend aux cercles de sécurité et de décision stratégique. Toute critique dirigée contre le cercle dirigeant est jugée risquée, des journalistes marocains ayant été poursuivis et emprisonnés.
Outils de Pression et Levier
Le système marocain est caractérisé par une préférence pour la pression plutôt que la persuasion, et le chantage plutôt que le partenariat, utilisant la migration et l'espionnage pour imposer son agenda politique. La gestion des relations du Maroc avec l'Union européenne, la France et l'Espagne se distingue par une politique de doubles messages, de pression, de menaces et de surprises afin d'obtenir des concessions. La migration est identifiée comme un outil clé de la pression marocaine, particulièrement dans ses relations avec l'Espagne. Les tensions à Ceuta et Melilla, ainsi que les crises frontalières et les flux migratoires, sont présentées comme des éléments du jeu d'influence de Rabat envers Madrid et l'UE. Cette politique a permis au Maroc d'obtenir des sommes significatives de l'UE pour la "protection des frontières".
Des outils de pression plus sophistiqués, tels que le programme espion "Pegasus", ont été utilisés pour infiltrer les téléphones de personnalités politiques et de journalistes. La crise de Ceuta en 2021 et l'escalade des tensions entre Rabat et Madrid sont liées à l'allégation selon laquelle le Maroc aurait permis un afflux massif de migrants vers Ceuta, perçu comme un message de pression au gouvernement espagnol. L'article mentionne l'infiltration des téléphones de responsables politiques espagnols avec le programme Pegasus. Nathan Shachar a décrit l'assouplissement des contrôles frontaliers par le Maroc avec Ceuta comme faisant partie d'un schéma punitif récurrent dans sa relation avec l'Espagne.
L'Objectif Ultime : Sahara Occidental
L'objectif essentiel du Makhzen marocain est d'assurer le contrôle du Maroc sur le Sahara Occidental. Cette quête de souveraineté sur le territoire constitue le but ultime de la politique étrangère marocaine, positionnant Ceuta et Melilla comme des leviers supplémentaires dans le jeu d'influence avec l'Espagne et l'Union européenne.
Nathan Shachar a déclaré à la radio suédoise que le Maroc peut utiliser de manière répétée ses frontières pour faire pression sur l'Espagne et l'UE, établissant un lien direct avec l'occupation du Sahara Occidental. Ces tactiques s'inscrivent dans une stratégie plus large visant à consolider la position marocaine sur cette question centrale. Les relations commerciales avec l'Europe revêtent par ailleurs une importance vitale pour l'économie marocaine, ce qui ajoute une dimension économique aux dynamiques de pression exercées par Rabat.