La France silencieuse face à l'emprisonnement d'un journaliste franco-marocain

سجن علي لمرابط يضع السلطات الفرنسية في حرج كبير
Photo via Echoroukonline

Le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été arrêté à Tanger avant d'être emprisonné, marquant un événement dans la série des actions contre les journalistes dans la région. Cette situation contraste nettement avec la réponse de la France dans des affaires similaires impliquant l'Algérie, selon des observateurs. Des cas comme ceux de l'écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Glez, où la France a adopté une posture différente, sont cités en comparaison. L'emprisonnement de Lmrabet a ravivé les débats sur la cohérence de la politique étrangère française en matière de droits de l'homme, en particulier face à des régimes avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques et économiques complexes.

Silence français et comparaison algérienne

Les autorités françaises n'ont, à ce jour, pas émis de déclaration exigeant la libération d'Ali Lmrabet du système marocain. Ce silence est d'autant plus frappant que le journaliste possède la nationalité française, ce qui, dans d'autres contextes, aurait pu susciter une réaction plus prompte de Paris. Ignacio Samperio, journaliste espagnol et membre du Réseau de Solidarité avec Ali Lmrabet, a soulevé la question de savoir si le président français Emmanuel Macron manifesterait la même préoccupation pour Ali Lmrabet qu'il l'avait fait pour Boualem Sansal, lorsque l'écrivain avait été emprisonné en Algérie. Cette interrogation met en lumière une perception de traitement différencié selon les pays impliqués.

Samperio a également souligné que Paris n'avait pas tenu compte de l'historien franco-marocain Maati Monjib, qui serait harcelé par les autorités marocaines. Le cas de Monjib, connu pour ses prises de position critiques et ses démêlés judiciaires au Maroc, est souvent cité comme un exemple de la pression exercée sur les voix dissidentes. Ces observations interviennent dans un contexte où le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déjà critiqué le système occidental. Il lui reproche de dépeindre le Maroc comme un havre de liberté et de démocratie, tout en connaissant sa réalité de répression de la liberté d'expression et de violation des droits humains. Cette critique algérienne ajoute une dimension géopolitique à l'affaire, suggérant que la perception internationale du Maroc est parfois en décalage avec la réalité vécue par certains de ses citoyens et résidents.

Réactions et critiques internationales

Le journaliste espagnol Ignacio Samperio, membre du Réseau de Solidarité avec Ali Lmrabet, a souligné que le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet, bien que de nationalité française, réside à Barcelone, et que son épouse et ses enfants sont espagnols. Cette situation familiale et géographique complexe confère à l'affaire Lmrabet une dimension internationale accrue, impliquant non seulement la France et le Maroc, mais aussi l'Espagne. M. Samperio a également noté que l'arrestation de Lmrabet a causé un « embarras » pour la France et l'Espagne, se demandant si les gouvernements français et espagnol manifesteraient de l'intérêt pour son sort. L'embarras diplomatique proviendrait de la contradiction entre les valeurs démocratiques et les droits de l'homme prônés par ces nations, et leur apparente inaction face à la détention d'un citoyen franco-espagnol.

M. Samperio a affirmé par ailleurs que Paris montre généralement plus de complaisance envers Rabat qu'envers Alger concernant les violations des droits de l'homme. Cette allégation suggère une politique de deux poids, deux mesures, où les considérations stratégiques ou économiques primeraient sur les principes universels des droits humains. Il a posé la question de savoir si le président français Emmanuel Macron manifesterait « le même intérêt » pour Lmrabet, emprisonné au Maroc, que pour l'écrivain Boualem Sansal, lorsqu'il avait été emprisonné en Algérie. Les deux sont des citoyens français, l'un d'origine algérienne et l'autre d'origine marocaine, renforçant l'idée d'une inéquité de traitement. Le journaliste espagnol a également critiqué le silence des autorités françaises dans le cas de Lmrabet, alors que Paris avait ignoré l'historien franco-marocain Maati Monjib, qui serait harcelé par les autorités marocaines. Le cas de Maati Monjib, figure intellectuelle reconnue, est emblématique des difficultés rencontrées par les critiques du pouvoir au Maroc, et le manque de réaction française à son égard est perçu comme un signe de cette complaisance.

De son côté, Madrid n'a pas montré d'intérêt pour un autre prisonnier politique, Mohamed Ziane, âgé de 83 ans, né à Malaga et dont la mère est espagnole. Le fait que Ziane, un ancien ministre et avocat connu pour ses critiques du régime, ait des liens si directs avec l'Espagne et que son cas soit également ignoré, renforce l'argument d'une inaction généralisée des autorités espagnoles face aux violations des droits de l'homme au Maroc. Lorsque le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a été interrogé sur l'emprisonnement de Lmrabet, il a répondu : « Je ne connais pas les détails de l'affaire, je vais me renseigner. » M. Samperio a interprété cette déclaration comme un signe que M. Albares « ignore toujours les droits de l'homme au Maroc », suggérant un manque de volonté politique ou une stratégie délibérée d'évitement sur ces questions sensibles. Cette réponse a été perçue comme évasive et a suscité des critiques quant à l'engagement réel de l'Espagne en faveur des droits humains dans la région.

Ignacio Samperio a également critiqué les médias espagnols, en particulier le journal El País, concernant son éditorial sur l'affaire Lmrabet. Il a accusé le quotidien d'aider à « blanchir l'image du régime marocain », en se demandant si l'auteur de l'éditorial savait qu'il n'y a actuellement « aucune média au Maroc qui critique les autorités ». Cette accusation est grave, car elle met en cause l'intégrité et l'indépendance de la presse espagnole, suggérant une influence ou une autocensure dans la couverture des affaires marocaines. Le rôle des médias est clé pour informer le public et faire pression sur les gouvernements, et une telle critique note les défis auxquels sont confrontés les journalistes et les défenseurs des droits de l'homme.

Contexte médiatique marocain

Actuellement, les médias marocains ne critiquent pas les autorités, selon les allégations formulées. Cette affirmation suggère un environnement médiatique où l'expression de la dissidence ou de l'analyse critique des actions gouvernementales serait absente. Le contrôle de l'information et l'absence de pluralité des voix dans le paysage médiatique marocain sont ainsi mis en avant. Une telle situation pourrait limiter la capacité du public à accéder à des informations diverses et à des perspectives variées sur les affaires nationales, ce qui soulève des questions sur la liberté de la presse dans le pays. L'absence de médias critiques internes rend d'autant plus importante la vigilance et la pression de la communauté internationale et des organisations de défense des droits de l'homme. Ce manque de contre-pouvoir médiatique renforce la position du régime et rend difficile toute remise en question publique de ses politiques.

En France, les médias auraient majoritairement repris une dépêche de l'Agence France-Presse (AFP) concernant la situation, sans oser transmettre les déclarations de Reporters sans frontières qui critiquaient le régime marocain. Cette approche des médias français, consistant à s'en tenir à une source principale tout en évitant de relayer des critiques plus acerbes d'organisations de défense de la presse, interroge sur la couverture médiatique des événements au Maroc. Elle pourrait indiquer une prudence éditoriale ou une volonté de ne pas froisser les relations diplomatiques, au détriment de la diffusion d'informations potentiellement plus critiques émanant d'acteurs de la société civile. Le choix de ne pas relayer des informations provenant d'organisations reconnues pour leur expertise en matière de liberté de la presse est perçu comme une forme d'autocensure ou de manque de courage journalistique, qui contribue à un silence généralisé autour de ces affaires sensibles.