La Commission Mémoire et Histoire Franco-Algérienne au Point Mort

Algerian-French Commission for Memory and History Remains on Hold Until Further Notice
Photo via Echoroukonline

Les relations franco-algériennes ont récemment montré des signes d'amélioration, caractérisées par des visites ministérielles réciproques et un engagement diplomatique renouvelé. Ce rapprochement, visible à travers plusieurs échanges de haut niveau, a insufflé une nouvelle dynamique dans de nombreux domaines de la coopération bilatérale. Cependant, le dossier de la mémoire et de l'histoire demeure en dehors de cette dynamique positive entre les deux nations, persistant comme un point de friction majeur malgré les efforts déployés. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le président français Emmanuel Macron ont tous deux décrit à plusieurs reprises la question de la mémoire et de l'histoire comme un pilier essentiel des relations bilatérales, soulignant son importance capitale pour l'avenir des liens entre Alger et Paris. Malgré l'importance accordée à ce dossier par les plus hautes autorités des deux pays, des blocages persistants entravent son avancement. Depuis le mois de février, les deux pays ont entrepris des démarches visant à rétablir les canaux de communication afin de surmonter ces obstacles et de relancer un dialogue constructif. Ces initiatives diplomatiques récentes témoignent d'une volonté partagée de trouver des terrains d'entente, même si les progrès concrets sur les questions mémorielles restent limités.

Désaccords Fondamentaux sur le Passé

Au cœur des difficultés se trouvent des approches fondamentalement divergentes concernant la manière d'aborder le passé colonial. La France privilégie une approche progressive et au cas par cas pour reconnaître la responsabilité de l'État dans des événements historiques et des crimes spécifiques. Cette méthode implique d'examiner chaque situation de manière individuelle, permettant des reconnaissances ciblées plutôt qu'une admission globale. L'Algérie, en revanche, insiste sur une reconnaissance globale de l'ensemble des 132 ans de la période coloniale et des exactions commises durant celle-ci. Pour les autorités algériennes, cette période doit être appréhendée dans sa totalité, et non par fragments. Les autorités algériennes considèrent ces exactions coloniales comme des crimes contre l'humanité, une qualification qui sous-tend leur demande de reconnaissance exhaustive. Il est à noter que le président français Emmanuel Macron a lui-même déjà qualifié les abus coloniaux de crimes contre l'humanité, reconnaissant ainsi la gravité de certains actes perpétrés durant cette période. Cette déclaration du président français, bien que significative, n'a pas encore conduit à la reconnaissance globale souhaitée par l'Algérie.

Hosni Kitouni, un chercheur spécialisé en histoire coloniale à l'Université d'Exeter au Royaume-Uni, a cité les cas des figures nationalistes et martyrs Larbi Ben M’hidi et Ali Boumendjel comme exemples de la préférence française pour des reconnaissances limitées. Selon Hosni Kitouni, ces reconnaissances spécifiques, bien qu'importantes, ne répondent pas à l'exigence algérienne d'une approche plus holistique. Parmi les propositions formulées par la Commission mixte, plusieurs points clés ont été avancés, illustrant les attentes algériennes. Ces propositions incluent le retour des archives algériennes qui auraient été dérobées et transférées en France durant l'ère coloniale, un enjeu majeur pour la reconstitution de l'histoire nationale algérienne. La Commission mixte a également proposé la restitution des restes humains et des crânes conservés dans des institutions françaises, une demande à forte charge symbolique et humanitaire. Un autre point soulevé par la Commission mixte concerne le retour des effets personnels appartenant à l'Émir Abdelkader, figure emblématique de la résistance algérienne, dont la restitution revêtirait une importance culturelle et historique considérable.

Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées pour la France, s'est rendue en Algérie le 8 mai, une visite qui s'inscrit dans le cadre des efforts diplomatiques visant à maintenir le dialogue entre les deux pays, malgré les tensions persistantes sur le dossier mémoriel.

Contexte des Tensions Bilatérales

Les activités de la commission ont été perturbées par les tensions politiques et diplomatiques qui ont mis à rude épreuve les relations entre Alger et Paris au cours des deux dernières années. Cette rupture de coordination entre les deux parties a fait suite à la décision de l'Élysée, en juillet 2024, d'approuver le plan d'autonomie du Maroc pour le Sahara occidental. Cette décision du palais de l'Élysée a déclenché une nette détérioration des relations entre l'Algérie et la France, l'Algérie considérant cette prise de position comme un soutien à une revendication territoriale qu'elle conteste. Benjamin Stora, historien qui dirige la partie française de la Commission mixte sur la mémoire et l'histoire, avait précédemment suggéré que la suspension des activités de la commission était directement liée à des développements politiques plus larges, au-delà des seules questions mémorielles. Benjamin Stora a implicitement tenu le président français pour responsable de cette suspension, en soulignant l'absence de communication officielle concernant la reprise des travaux. Il a déclaré n'avoir "reçu aucune communication des autorités algériennes ou françaises concernant la reprise des travaux de la commission", ce qui illustre le blocage actuel.

Ces derniers mois, trois responsables français se sont rendus en Algérie, dans une tentative de désamorcer les tensions et de relancer la coopération bilatérale. Parmi eux figuraient le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo et le ministre de la Justice Gérald Moussa Darmanin. Ces visites successives témoignent de la volonté française de maintenir le contact et de résoudre les différends par le dialogue, même si les résultats concrets sur le dossier mémoriel restent à prouver.

Perspectives et Blocages Actuels

L'historien Benjamin Stora dirige la partie française de la Commission mixte sur la mémoire et l'histoire, une structure mise en place pour faire avancer le travail de réconciliation et de reconnaissance. Cependant, Benjamin Stora a indiqué n'avoir « reçu aucune communication des autorités algériennes ou françaises concernant la reprise des travaux de la commission », ce qui met en lumière l'impasse actuelle. Cette absence de communication officielle note la difficulté à relancer les discussions et à progresser sur les sujets sensibles. Selon Hosni Kitouni, chercheur spécialisé en histoire coloniale à l'Université d'Exeter au Royaume-Uni, la partie algérienne est de plus en plus amenée à conclure que la relance de la Commission mixte n'a que peu d'utilité pratique dans les circonstances actuelles. Cette perception s'enracine dans le sentiment que les efforts de la commission ne sont pas suivis d'actions concrètes. Hosni Kitouni a affirmé que les autorités algériennes estiment que la France ne s'engage pas véritablement à répondre aux demandes historiques de l'Algérie, ce qui alimente une frustration grandissante. « Ces demandes sont basées sur des faits historiques documentés et bien établis. Elles découlent de la réalité d'une occupation coloniale qui a entraîné de nombreux crimes avérés », a déclaré Hosni Kitouni, insistant sur la solidité des revendications algériennes. « Du point de vue de l'Algérie, la puissance occupante doit reconnaître sa responsabilité. Au lieu de cela, la France semble déterminée à poursuivre une politique de reconnaissance sélective, admettant sa responsabilité pour des cas isolés tout en évitant une confrontation plus large avec le passé colonial. » Cette divergence fondamentale dans l'approche de la mémoire coloniale continue de freiner tout progrès significatif. Le ministre de l'Intérieur algérien, Saïd Sayoud, s'est rendu à Paris environ une semaine avant la publication de l'article, dans le cadre des échanges diplomatiques continus qui tentent de maintenir un lien malgré les difficultés.