La reprise des travaux du « Comité Mémoire et Histoire » franco-algérien a été reportée sine die, marquant un coup d'arrêt dans cette initiative bilatérale. Le report de la reprise des travaux de ce comité conjoint a été décidé jusqu'à nouvel ordre. Ce gel fait suite à la décision de l'Élysée en juillet 2024 de soutenir le plan d'autonomie proposé par le régime marocain pour le Sahara occidental. Benjamin Stora, le responsable français du comité conjoint pour la mémoire, avait précédemment souligné que cette décision de l'Élysée était à l'origine de l'interruption des travaux.
Relations bilatérales en mouvement
L'Algérie et la France travaillent actuellement sur plusieurs dossiers, au-delà de la seule question mémorielle. Les deux nations ont récemment intensifié leurs échanges sur divers fronts. Depuis février, Alger et Paris ont rétabli des canaux de communication, matérialisés par une série de visites ministérielles. Notamment, trois ministres français se sont rendus en Algérie : le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, la ministre déléguée auprès du ministre des Armées Alice Rufo, et le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Ces déplacements témoignent d'une volonté de maintenir le dialogue et de faire avancer les dossiers bilatéraux. Parallèlement, le ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, a effectué une visite à Paris environ une semaine avant la publication de l'article, soulignant l'équilibre des échanges de haut niveau entre les deux capitales. Ces interactions diplomatiques régulières visent à consolider la relation bilatérale, malgré les points de friction persistants.
Divergences sur la mémoire
Le comité mixte franco-algérien avait formulé des recommandations importantes à la partie française. Parmi ces recommandations figuraient la restitution des archives algériennes pillées et exfiltrées durant la période coloniale, ainsi que celle des crânes et de certains biens de l'Émir Abdelkader, figure emblématique de la résistance algérienne. Ces demandes sont au cœur des attentes algériennes en matière de reconnaissance historique. La partie algérienne insiste, en effet, sur une reconnaissance complète, englobant l'intégralité des 132 années d'occupation française, qu'elle qualifie de « pleine de crimes contre l'humanité ». Cette vision globale de la période coloniale est un point central de ses exigences. Le président français, Emmanuel Macron, a lui-même déclaré que l'occupation comportait « des crimes contre l'humanité », reconnaissant ainsi une part de la responsabilité française. Cependant, ces divergences sur l'étendue et la nature de la reconnaissance historique continuent de peser lourdement sur les discussions, rendant difficile toute avancée significative et consensuelle. La portée de cette reconnaissance reste un obstacle majeur.
L'avis de Benjamin Stora
Benjamin Stora, le responsable français du comité conjoint pour la mémoire, a indiqué n'avoir reçu aucune communication de la part des autorités algériennes ou françaises exprimant le souhait de reprendre les travaux sur ce dossier sensible. Cette absence de contact direct avec les parties prenantes note l'état de suspension actuel du comité. Le comité mixte avait, pour rappel, formulé des recommandations claires, notamment la restitution des archives algériennes pillées et exfiltrées, ainsi que des crânes et de certains biens de l'Émir Abdelkader. L'absence de reprise des discussions laisse ces recommandations en suspens, sans calendrier précis pour leur mise en œuvre. Cette situation illustre la complexité et la sensibilité des enjeux mémoriels qui continuent d'influencer les relations entre les deux pays.
Perspectives d'un chercheur
La partie française tente de consolider une logique de « compte-gouttes » dans la reconnaissance de la responsabilité de l'État français pour certains crimes. Cette approche vise à avancer progressivement dans le dossier mémoriel, en évitant une reconnaissance globale et immédiate qui pourrait être perçue comme trop vaste ou trop engageante. Cette stratégie, selon les analyses, pourrait expliquer la lenteur des progrès observés et la difficulté à parvenir à une reconnaissance plus globale des événements historiques qui ont marqué la période coloniale. La France cherche ainsi à gérer les aspects les plus sensibles des crimes commis durant cette période, en choisissant le moment et l'étendue de ses aveux officiels. Cette démarche est perçue comme une tentative de maîtriser le calendrier et l'étendue des aveux officiels concernant l'histoire franco-algérienne, marquant une prudence dans l'approche des questions mémorielles. Elle reflète une volonté de concilier les impératifs de la mémoire et les considérations diplomatiques et politiques.