Israël recrute des ultranationalistes pour la sécurité d'Al-Aqsa, provoquant la colère palestinienne

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Photo via Elwatan

La police israélienne a lancé une campagne de recrutement ciblant les milieux d'extrême droite et les Juifs orthodoxes pour intégrer les unités chargées de la sécurité de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, selon un rapport détaillé du journal israélien Haaretz. Cette initiative, qui suscite de vives réactions, s'inscrit dans une démarche orchestrée par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, connu pour ses positions intransigeantes sur les lieux saints.

Le Gouvernorat de Jérusalem de l'Autorité palestinienne a qualifié ce recrutement de « développement dangereux », soulignant les risques inhérents à une telle politique pour la stabilité et le statu quo du site.

Campagne de recrutement ciblée

La campagne de recrutement, décrite par Haaretz, a été spécifiquement conçue pour attirer des profils issus de ces mouvances. Le lieutenant-colonel Daniel Lersch, commandant adjoint de l'unité de police du « Mont du Temple » – la désignation israélienne de l'esplanade des Mosquées – a orchestré cette opération de recrutement en utilisant des canaux modernes et ciblés. Il a notamment eu recours aux réseaux sociaux et à des groupes WhatsApp pour diffuser les offres et toucher directement les candidats potentiels.

Les conditions de recrutement proposées sont présentées comme attractives, visant à faciliter l'intégration de ces nouvelles recrues. Elles incluent quatre jours de travail par semaine ou dix jours par mois, offrant une certaine flexibilité. Les rotations seraient adaptées aux besoins personnels des recrues, un avantage non négligeable pour des individus ayant potentiellement d'autres engagements. Le salaire est décrit par le lieutenant-colonel Daniel Lersch comme « un bon salaire », un argument clé pour attirer des candidats. Ce recrutement est présenté par Daniel Lersch comme « un service national de haut niveau », conférant une dimension patriotique et honorifique à la tâche.

Des rabbins influents, liés à des groupes prônant des changements au statu quo de l'esplanade des Mosquées, incitent activement leurs étudiants à rejoindre ces forces de sécurité. Cette implication rabbinique confère une légitimité religieuse à la démarche et encourage la participation des jeunes orthodoxes et nationalistes. De manière significative, des Juifs ayant effectué des « incursions » – terme utilisé par les Palestiniens pour décrire les visites de Juifs sur l'esplanade – dans la mosquée au cours de l'année écoulée ont intégré cette unité de sécurité. Leur présence au sein des forces de l'ordre pourrait être perçue comme une normalisation de ces visites, souvent source de tensions. Les policiers en poste sur les sites religieux de la Vieille Ville de Jérusalem entretiennent des contacts réguliers et étroits avec Itamar Ben Gvir et son épouse, ce qui suggère une influence directe et continue du ministre sur les opérations et la politique menée sur le terrain.

Changements sur le site sacré

Ces groupes, dont les membres sont désormais recrutés pour la sécurité du site, sont liés à des courants religieux de droite et à des colons de Cisjordanie occupée. Leur idéologie est souvent centrée sur la souveraineté juive sur l'ensemble de Jérusalem et les lieux saints. La présence accrue de ces individus au sein des forces de sécurité coïncide avec une série de changements notables sur l'esplanade des Mosquées, qui est le troisième lieu saint de l'islam.

Le nombre de visiteurs juifs sur l'esplanade a considérablement augmenté ces derniers mois, marquant une intensification de la présence non-musulmane sur le site. Parallèlement, les heures d'accès pour les visiteurs non-musulmans ont été prolongées d'une heure supplémentaire, offrant plus de temps pour les visites et potentiellement pour d'autres activités. Plus frappant encore, des prières juives à voix haute et des brochures liturgiques ont été autorisées à l'intérieur du site, marquant une évolution notable et sans précédent des pratiques sur un lieu traditionnellement réservé au culte musulman. Ces actions, perçues par beaucoup comme une atteinte au statu quo, suscitent de vives inquiétudes quant à l'avenir de l'esplanade.

Le ministre Itamar Ben Gvir a publiquement appelé à l'autorisation de hisser des drapeaux israéliens sur l'esplanade, un geste hautement symbolique et provocateur qui affirmerait la souveraineté israélienne sur le site. Il n'a pas hésité à joindre l'acte à la parole : utilisant son immunité parlementaire, Itamar Ben Gvir a lui-même planté un drapeau israélien sur le site, défiant ainsi les conventions et les sensibilités internationales. Ces actions sont loin d'être isolées. Le rabbin Shmuel Eliyahu, grand rabbin de Safed et figure religieuse influente, a appelé à la construction d'une synagogue au sein de l'esplanade de la mosquée Al-Aqsa. Cette proposition radicale remet fondamentalement en question le statu quo historique, qui stipule que le site est un lieu de culte exclusivement musulman. Son père, le rabbin Mordekhai Eliyahu, avait auparavant qualifié le site de « lieu le plus sacré pour le peuple juif », soulignant l'importance religieuse et historique du lieu pour cette communauté et justifiant, à leurs yeux, une présence et une revendication juives accrues.

Réactions et condamnations internationales

Ces développements ont provoqué une vague de condamnations et d'inquiétudes à l'échelle régionale et internationale. Les Palestiniens, par la voix de leurs représentants et de la population, dénoncent cette initiative comme une nouvelle étape dans un projet de « judaïsation » du troisième lieu saint de l’islam. Cette politique, selon eux, vise à altérer le caractère islamique du site et à y imposer une présence et une souveraineté juives.

Le Gouvernorat de Jérusalem de l'Autorité palestinienne a formellement condamné ce recrutement le jeudi 5 juin, réitérant son opposition à toute modification du statu quo. La Jordanie, en tant que gardienne historique des lieux saints islamiques et chrétiens à Jérusalem en vertu d'accords internationaux, a réagi avec fermeté aux violations du statu quo, rappelant son rôle et sa responsabilité dans la protection de ces sites. Le Royaume hachémite a souvent exprimé son inquiétude face aux actions israéliennes perçues comme des provocations sur l'esplanade.

Plusieurs avertissements ont été émis par l'Organisation de la coopération islamique (OCI), qui représente 57 États membres, ainsi que par divers gouvernements arabes. Ces avertissements soulignent la gravité de la situation et les risques d'escalade que de telles actions pourraient entraîner dans une région déjà volatile. La communauté internationale observe avec préoccupation ces évolutions, craignant que les tensions autour de l'esplanade des Mosquées ne dégénèrent en un conflit plus large.

Analyse et implications

Cette stratégie de recrutement et les changements observés sur le site visent clairement à ancrer une présence juive orthodoxe et nationaliste au sein des forces de sécurité israéliennes déployées sur le site. L'article de presse de Haaretz suggère que cette démarche constitue une « infiltration institutionnelle » des unités de sécurité, où des individus partageant une idéologie spécifique sont délibérément intégrés pour influencer les pratiques et la gestion du lieu. Cette infiltration est perçue comme une tentative de modifier le statu quo de facto, même sans changement législatif formel.

Des experts et analystes estiment que ces mesures ne sont pas des incidents isolés, mais représentent une politique cohérente et délibérée destinée à redéfinir le statut du lieu saint. Cette politique s'inscrit dans un contexte plus large où les actions et déclarations du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, ont déjà provoqué des tensions considérables et des condamnations internationales. Sa vision d'une souveraineté israélienne totale sur l'ensemble de Jérusalem, y compris l'esplanade des Mosquées, est bien connue et se traduit désormais par des actions concrètes sur le terrain.

Les changements observés sur l'esplanade, comme l'augmentation significative des visiteurs juifs, l'extension des heures d'accès et, plus particulièrement, l'autorisation de prières juives à voix haute et de la distribution de brochures liturgiques, sont perçus comme des éléments cruciaux de cette redéfinition progressive. Le recrutement de membres de groupes ultranationalistes pour la sécurité d'Al-Aqsa est interprété par les analystes comme une tentative directe et calculée d'affirmer une souveraineté accrue sur le site, de renforcer la présence juive et de contester le contrôle musulman exclusif sur le culte et la gestion du lieu. Ces actions, cumulées, posent de sérieuses questions sur la pérennité du statu quo historique et sur les conséquences potentielles pour la paix et la sécurité dans la région.