Mehdi Hijaouy, un ancien haut responsable du renseignement extérieur marocain (DGED), a fait des révélations retentissantes au journal français Le Canard Enchaîné, où il a avoué vivre actuellement caché à l'étranger. Ces confessions explosives jettent une lumière crue sur des pratiques controversées au sein du régime marocain et impliquent de hauts dignitaires. Dans ses déclarations, M. Hijaouy implique directement Abdellatif Hammouchi, chef de la police et de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), ainsi que Fouad Ali El Himma, premier conseiller du Roi Mohammed VI, dans l'assaut survenu à Ceuta.
L'ancien numéro deux de la DGED a notamment fourni un témoignage glaçant concernant le boxeur Zakaria Moumni. Mehdi Hijaouy a affirmé que Zakaria Moumni "a été arrêté à l’aéroport, conduit dans les locaux des services de renseignements et soumis à des violences en présence de Hammouchi. Je l’ai vu quand il est arrivé à la police judiciaire escorté par des agents de la DST. Il avait le visage tuméfié et tenait difficilement debout". Ces propos soulignent la gravité des allégations portées contre le chef de la police marocaine. Poursuivant ses révélations sur les événements de Ceuta, l'ancien espion a également interrogé avec une pointe de scepticisme : "Comment autant de gens peuvent-ils se diriger vers la frontière sans que ni le vice-roi ni le chef des services ne soient prévenus ?", suggérant une possible orchestration ou du moins une connaissance préalable des faits par les autorités.
Implication dans l'assaut de Ceuta
L'article du Canard Enchaîné, relayant les propos de Mehdi Hijaouy, traite en profondeur de l'assaut sur Ceuta, un événement majeur survenu au début du mois de septembre. Cet incident a suscité de vives tensions diplomatiques entre l'Espagne et le Maroc. La police des frontières espagnole a rapporté de manière explicite un complot marocain présumé, visant à déstabiliser Madrid par l'intermédiaire de cet assaut migratoire massif sur l'enclave de Ceuta. Les accusations de Mehdi Hijaouy corroborent ces soupçons, en désignant des figures clés du pouvoir marocain comme étant potentiellement impliquées.
Les déclarations de M. Hijaouy sont d'autant plus accablantes qu'elles mettent en cause des personnalités de premier plan. Il a spécifiquement désigné Abdellatif Hammouchi, qui cumule les fonctions de chef de la police et de la DGST, ainsi que Fouad Ali El Himma, premier conseiller du Roi Mohammed VI, comme étant au cœur de cette opération. Ces allégations, si elles sont avérées, soulèveraient de sérieuses questions sur la nature des relations entre les deux pays et sur les méthodes employées par le régime marocain. La répétition du témoignage de Hijaouy concernant Moumni dans ce contexte vise à illustrer la brutalité potentielle des méthodes utilisées par les services de sécurité marocains, même si le lien direct avec l'assaut de Ceuta n'est pas explicitement établi dans cette citation.
Espionnage par Pegasus : Un outil au service du régime
Les révélations de Mehdi Hijaouy ne s'arrêtent pas aux événements de Ceuta et aux allégations de torture. Elles s'étendent également à l'utilisation controversée du logiciel espion Pegasus, développé par la société israélienne NSO. Selon les informations rapportées par l'ancien espion, la société NSO a présenté son logiciel espion Pegasus directement à Abdellatif Hammouchi en 2017. Cette rencontre suggère une acquisition délibérée et une volonté d'utiliser cet outil de surveillance sophistiqué par les services de renseignement marocains.
L'ampleur de l'utilisation de Pegasus par le Maroc, telle que détaillée par Hijaouy, est alarmante. Le logiciel aurait été déployé pour surveiller des chefs d'État étrangers, une pratique qui constitue une violation flagrante de la souveraineté nationale. Parmi les personnalités visées figurent des figures politiques majeures telles qu'Emmanuel Macron, le président français, Édouard Philippe, ancien Premier ministre français, et Pedro Sánchez, l'actuel président du gouvernement espagnol. Au-delà des dirigeants politiques, des journalistes et des opposants au régime marocain ont également été ciblés par cet outil d'espionnage intrusif, soulevant de graves préoccupations concernant la liberté de la presse et les droits de l'homme.
Pour attester de la capacité du logiciel, Abdellatif Hammouchi aurait même testé Pegasus sur son propre téléphone, une démonstration de confiance dans l'efficacité du système. L'utilisation de Pegasus ne se serait pas limitée aux figures politiques européennes. Des révélations indiquent également que le logiciel a été déployé pour espionner des chefs d'État africains lors d'un sommet qui s'est tenu à Kigali, au Rwanda, en 2018. Cette utilisation à l'échelle continentale note l'étendue de la portée des opérations de surveillance menées par les services marocains avec cet outil.
Torture et enlèvement de Moumni : Un passé sombre
L'ancien espion Mehdi Hijaouy a également apporté un éclairage nouveau et détaillé sur l'affaire de l'enlèvement et de la torture du boxeur Zakaria Moumni, un dossier qui a déjà fait grand bruit par le passé. Il a raconté les circonstances de cet enlèvement, survenu en 2010. Selon les déclarations de Hijaouy, Moumni a formellement reconnu Abdellatif Hammouchi parmi ses tortionnaires, une accusation extrêmement grave qui pèse lourdement sur le chef de la DGST.
Zakaria Moumni avait été détenu au centre de Temara, un lieu souvent cité dans les rapports sur les détentions arbitraires et les tortures au Maroc. Son arrestation et sa détention faisaient suite à une pétition qu'il avait adressée directement au Roi Mohammed VI, dans laquelle il sollicitait l'obtention d'un emploi. Cette affaire, qui a révélé des pratiques brutales au sein des services de sécurité, a eu des répercussions internationales. Elle a notamment conduit Abdellatif Hammouchi à faire face à des problèmes judiciaires avec la justice française en 2014, lorsque des plaintes pour torture ont été déposées contre lui, provoquant une crise diplomatique entre Paris et Rabat.
Contexte et fuite de secrets : Fragilisation des services marocains
Les révélations de Mehdi Hijaouy sont d'autant plus significatives qu'elles proviennent d'un ancien initié du système. Il occupait un poste stratégique, celui de numéro 2 de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service de renseignement extérieur marocain, jusqu'en 2014. Sa position lui donnait un accès privilégié aux informations et aux rouages internes du pouvoir.
Ces confessions interviennent dans un contexte de fragilisation apparente des services de renseignement marocains. Récemment, le groupe de hackers Jabaroot a publié des données sensibles concernant pas moins de 70 000 agents des services marocains sur sa chaîne Telegram. Cette fuite massive représente un coup dur pour la sécurité nationale et la confidentialité des opérations. Mehdi Hijaouy a révélé qu'une équipe entière de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), qui était spécifiquement chargée de mener des enquêtes compromettantes sur des responsables marocains, aurait récemment fait défection. Selon ses dires, cette équipe serait partie avec tous ses secrets, emportant potentiellement des informations capitales et dommageables pour le régime. Ces événements cumulés brossent le tableau d'une période de turbulences et de vulnérabilité pour les appareils sécuritaires marocains.