L'Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) a présenté un bilan critique et détaillé des conditions politiques, humanitaires, sociales et économiques au Maroc. Ce constat accablant a été rendu public dans le communiqué final de sa cinquième session, tenue à Rabat à la mi-juillet. L'AMDH estime que le royaume est le théâtre d'un déclin continu et préoccupant des droits et libertés fondamentales. Ces indicateurs, selon l'organisation, reflètent une détérioration persistante et généralisée des droits humains dans le pays, touchant de multiples sphères de la vie publique et privée des citoyens.
Attaque contre les libertés publiques
L'Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) a dénoncé avec force « une attaque Makhzen » contre les libertés publiques, menée par des approches sécuritaires et répressives qui semblent s'intensifier. L'organisation non gouvernementale affirme en outre que les autorités utilisent de manière systématique le système judiciaire pour cibler et réprimer les défenseurs des droits humains et les activistes politiques, transformant les tribunaux en instruments de persécution. Des restrictions continues et de plus en plus sévères sur la société civile ont également été observées et documentées par l'AMDH. Elle signale notamment que les autorités empêchent de nombreuses associations indépendantes de fonctionner normalement, entravant leur capacité à mener leurs activités légitimes et à exercer leur rôle de contre-pouvoir.
L'AMDH a par ailleurs fait état de l'arrestation de centaines de jeunes et de mineurs lors de manifestations pacifiques ou spontanées. Ces interpellations massives soulèvent de sérieuses questions quant au respect des droits des manifestants, y compris ceux des plus jeunes. Des dizaines d'entre eux demeureraient en détention sans procès, une situation qui contrevient aux principes fondamentaux d'une justice équitable et rapide, selon l'association. Un autre point de critique majeur et persistant de l'AMDH concerne le retard, jugé inacceptable, dans la révélation du sort des personnes disparues de force durant les « années de plomb ». Ce sujet, emblématique des périodes sombres de l'histoire marocaine, demeure une préoccupation constante et non résolue pour l'organisation, qui continue d'exiger des réponses et des comptes.
Crise économique et endettement croissant
L'Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) a mis en garde contre l'augmentation alarmante de la dette publique, soulignant les risques que cela représente pour la stabilité économique et sociale du pays. Selon l'AMDH, cette dette du Trésor public approche dangereusement 70 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, un seuil critique qui limite la marge de manœuvre budgétaire de l'État. La dette globale dépasse par ailleurs la somme colossale de 1124 milliards de dirhams, un chiffre qui témoigne de l'ampleur de l'engagement financier du royaume. L'association a lié cette augmentation significative de l'endettement à des investissements majeurs et souvent pharaoniques dans les infrastructures, notamment en vue de l'organisation de la Coupe du Monde 2030. Ces investissements sont réalisés, selon elle, au détriment flagrant des secteurs sociaux essentiels, tels que la santé, l'éducation et la protection sociale, qui manquent cruellement de financements.
L'AMDH a affirmé avec conviction que les priorités économiques de l'État ne répondent pas, ou très peu, aux attentes et aux besoins sociaux pressants de la population. Elle a cité à cet égard la persistance tenace du chômage, qui touche une large frange de la jeunesse, et la hausse constante et insoutenable du coût de la vie, qui pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des ménages. L'organisation a également enregistré et documenté une vague continue et ininterrompue d'augmentations des prix pour les produits alimentaires de base et les services essentiels, rendant la vie quotidienne de plus en plus difficile pour une grande partie des Marocains. Cette situation économique précaire contribue à l'aggravation des inégalités sociales et à l'augmentation de la pauvreté.
Détérioration des services sociaux
L'Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) a dressé un tableau particulièrement préoccupant et alarmant du système de santé public, accusant les autorités de ne pas fournir des services adéquats et de qualité à la population. Les carences sont manifestes, allant du manque de personnel soignant aux infrastructures vétustes, en passant par l'accès limité aux médicaments. L'organisation a également mis en lumière les conditions tragiques et inhumaines des patients psychiatriques, souvent laissés pour compte et privés de soins dignes. Elle attribue cette situation déplorable à une grave pénurie d'hôpitaux spécialisés à travers le pays, ainsi qu'à un manque criant de personnel qualifié et de prise en charge adaptée.
L'AMDH a par ailleurs exprimé sa profonde inquiétude et sa consternation face à l'augmentation dramatique du nombre de jeunes Marocains qui décèdent ou disparaissent lors de tentatives de migration irrégulière vers l'Europe. Ce phénomène tragique, selon l'association, note avec acuité l'ampleur des défis sociaux et économiques auxquels ils sont confrontés dans leur propre pays, les poussant à risquer leur vie pour un avenir meilleur. L'organisation s'est aussi montrée préoccupée par la recrudescence inquiétante des cas de féminicides, qui témoignent d'une violence systémique à l'égard des femmes. Elle a également noté une hausse alarmante des violences sexuelles, notamment les viols et l'exploitation sexuelle, des faits qui témoignent d'une dégradation généralisée de la sécurité et des droits des femmes et des jeunes filles dans la société marocaine.
Impact environnemental et appel à l'action
L'Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) a mis en cause les activités de carrières et d'exploitation minière, les accusant de causer des dommages environnementaux étendus et irréversibles. L'organisation pointe notamment l'épuisement accéléré des ressources en eau, déjà rares dans certaines régions, et la pollution généralisée engendrée par ces activités industrielles, affectant les sols, l'air et les écosystèmes. Par conséquent, l'AMDH a exhorté les autorités à revoir de toute urgence leurs politiques actuelles en matière de développement et d'environnement. Elle a insisté sur la nécessité impérieuse de privilégier la santé des citoyens, l'accès à une éducation de qualité, la création d'emplois décents et la promotion de la justice sociale dans l'élaboration de toutes les stratégies nationales. Ce faisant, l'association a réitéré son appel à une approche plus équilibrée, plus durable et plus respectueuse des droits humains et de l'environnement pour l'avenir du Maroc.