Algérie : La Banque Centrale redéfinit le factoring bancaire

La Banque d'Algérie a mis en place un nouveau dispositif encadrant les conditions et modalités des opérations de factoring, selon une annonce récente. Ce nouveau système vise à redéfinir en profondeur cette pratique financière. Le factoring est une opération par laquelle une institution, désignée comme le cédant, transfère ses créances commerciales échues à une banque ou une institution financière, agissant en tant qu'intermédiaire, en échange d'un paiement immédiat. Dans ce cadre, l'intermédiaire assume le risque de non-paiement associé à ces créances. Le nouveau système classe désormais explicitement les opérations de factoring comme des opérations de prêt, marquant un changement significatif dans leur traitement réglementaire. La pratique du factoring est désormais réservée exclusivement aux banques et institutions financières agréées, garantissant ainsi une supervision et une conformité accrues. Ce dispositif abroge également les précédentes dispositions réglementaires relatives aux opérations bancaires, aux activités commerciales, au contrôle interne, aux risques majeurs, aux ratios de solvabilité et au provisionnement, instaurant un cadre juridique et opérationnel entièrement renouvelé pour cette activité.

Conditions d'éligibilité des dettes

Pour être éligibles au factoring, les créances commerciales doivent impérativement être matérialisées par des factures ou des documents équivalents. Au total, sept conditions cumulatives doivent être remplies pour qu'une créance commerciale puisse bénéficier de cette opération, assurant une sélection rigoureuse des actifs financiers concernés.

Les dettes éligibles doivent être avérées, c'est-à-dire dont l'existence est certaine et incontestable. Elles doivent également être liquides, signifiant qu'elles sont convertibles en espèces sans délai, et d'un montant certain, dont la valeur est clairement définie et non sujette à des variations. Il est également impératif que ces créances ne fassent l'objet d'aucune contestation de la part du débiteur concerné, éliminant ainsi les litiges potentiels. La date d'échéance des créances éligibles doit être inférieure à six mois à compter de la date de la facture, garantissant un cycle de recouvrement relativement court.

Les créances ne sont pas éligibles si elles ont déjà été réglées, en totalité ou en partie, que ce soit par paiement direct, par compensation ou par tout autre moyen légal de règlement de dette. Les dettes doivent être librement cessibles, ce qui signifie qu'elles peuvent être transférées sans restriction, et ne doivent pas être soumises à une interdiction de cession légale, réglementaire ou contractuelle. Il est précisé que les créances ne doivent pas être grevées d'une cession antérieure, d'un nantissement ou de toute autre sûreté susceptible d'affecter les droits de l'intermédiaire financier, protégeant ainsi les intérêts de la banque ou de l'institution financière.

Le factoring ne peut être appliqué si le débiteur se trouve en situation de défaut de paiement, de règlement judiciaire, de liquidation de biens ou dans toute situation similaire qui compromettrait sa capacité à honorer ses engagements. Enfin, le factoring est formellement interdit pour les créances ayant fait l'objet d'une prorogation d'échéance, afin d'éviter le financement de dettes dont le remboursement a déjà été reporté.

Procédures et contrats de factoring

Les opérations de factoring exigent la signature d'un contrat écrit avant tout octroi de financement par l'intermédiaire, selon les nouvelles régulations édictées par la Banque d'Algérie. Ce contrat doit formaliser les termes et conditions de la cession des créances. Les contrats de factoring visant à financer des dettes déjà couvertes par un autre contrat de factoring sont considérés comme nuls, empêchant ainsi les doubles financements et les complexités juridiques associées.

Tous les droits et garanties associés aux créances commerciales sont transférés à l'intermédiaire dès l'acte de cession, renforçant la position de l'institution financière. L'intermédiaire se substitue ainsi au cédant pour l'exercice des droits à l'encontre du débiteur, et ce, sans nécessiter le consentement préalable de ce dernier, simplifiant le processus de recouvrement. Le cédant est tenu d'informer le débiteur de la cession sans délai, par courrier recommandé ou tout autre moyen écrit jugé approprié, afin d'assurer la transparence et la bonne information de toutes les parties prenantes.

Le cédant doit clairement marquer toutes les factures soumises au factoring avec la mention « الإحلال » (Cession), indiquant sans ambiguïté le transfert de propriété de la créance. Une fois le paiement effectué, l'intermédiaire est tenu d'obtenir du cédant une « مخالصة الإحلال » (Décharge de Cession), attestant que l'opération a été menée à terme et que toutes les obligations ont été remplies.

Réglementation et obligations des banques

Les opérations de factoring sont soumises aux mêmes règles de classification et de provisionnement que les autres dettes, a indiqué la Banque d'Algérie. Cette disposition s'applique aux créances acquises par les banques ou institutions financières, assurant une homogénéité dans le traitement comptable et prudentiel des engagements financiers. La réglementation précise que les intermédiaires doivent appliquer les cadres existants pour évaluer et couvrir les risques associés à ces créances, garantissant une gestion prudente des portefeuilles.

La rémunération de l'intermédiaire financier se compose d'une commission de financement et d'une commission de factoring. La commission de financement couvre le coût de l'avance de fonds consentie au cédant, reflétant le service de liquidité fourni. La commission de factoring est destinée à rémunérer les services de gestion, de suivi et de recouvrement des créances cédées, couvrant les aspects opérationnels de l'activité. Ces deux éléments constituent la contrepartie financière pour les services offerts par les banques et institutions financières dans le cadre de ces opérations.

Les banques et institutions financières sont dans l'obligation de déclarer les données relatives aux opérations de factoring à la Centrale des Risques. Cette mesure vise à garantir la transparence et la surveillance du marché du factoring, permettant ainsi aux autorités de régulation de suivre l'évolution des risques et d'assurer la stabilité financière du système bancaire dans son ensemble.