Yacine Rahmoun, né à Alger, a passé deux décennies dans la Silicon Valley avant de revenir en Algérie pour fonder CaptureDoc, une entreprise dont l'objectif est d'accompagner les sociétés dans leur transformation numérique. Dès son enfance, Yacine Rahmoun a démontré un attachement profond à son pays d'origine, l'Algérie. Cet attachement s'est manifesté de diverses manières tout au long de son parcours, notamment à travers sa participation à des activités sportives nationales. M. Rahmoun, qui a déclaré que "porter pour la première fois le maillot vert et blanc de la sélection algérienne a renforcé mon attachement au pays", a acquis des "bases solides" qui lui ont permis d'être admis à l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse. Ce parcours académique d'excellence était le fruit d'un travail acharné et d'une détermination sans faille.
Un revirement de situation l'a mené en Californie, comme il l'a expliqué : "Alors que je devais rejoindre Panasonic au Japon, le centre de recherche où j’étais attendu a fermé quelques jours avant mon départ. L’entreprise m’a alors proposé d’intégrer son nouveau laboratoire de recherche en reconnaissance vocale, à Santa Barbara, en Californie." Ce changement inattendu a marqué un tournant décisif dans sa carrière. Il a été "fasciné par cet écosystème d’innovation" où "des entreprises comme Apple, Intel, Cisco ou encore Yahoo étaient en plein essor", ce qui a transformé un séjour d'un an en "vingt ans". Au cours de ces deux décennies, il a été témoin de l'émergence de technologies révolutionnaires et de la croissance exponentielle de géants technologiques, forgeant ainsi une expertise précieuse dans le domaine de l'innovation et du développement numérique.
Les premières années et l'exil doré
Yacine Rahmoun, âgé de 56 ans, a eu un parcours initial marqué par le sport et les études. Dès son jeune âge, il a montré un talent certain pour le football. Il a notamment joué au football et a été sélectionné pour l'équipe nationale algérienne, une expérience qui a profondément marqué son identité et son lien avec l'Algérie. Une blessure a cependant mis fin à sa carrière de footballeur, l'orientant alors pleinement vers ses études. Sur le plan académique, M. Rahmoun a obtenu son baccalauréat au Lycée Amara Rachid, un établissement réputé pour son excellence. Il a ensuite complété une année d'études à l'Université des Sciences et de la Technologie Houari-Boumediene (USTHB) à Bab Ezzouar, où il a approfondi ses connaissances scientifiques et techniques. Par la suite, son parcours académique l'a mené en Suisse, où il a été admis à l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), une institution de renommée mondiale dans le domaine de l'ingénierie et de la technologie.
Après ses études, M. Rahmoun était initialement destiné à rejoindre Panasonic au Japon, une opportunité qui témoignait déjà de son potentiel international. Cependant, le centre de recherche où il était attendu au Japon a fermé peu de temps avant son départ, modifiant ainsi ses plans de carrière. Face à cette situation, Panasonic, reconnaissant ses compétences, lui a proposé un poste au sein de son nouveau laboratoire de recherche en reconnaissance vocale, situé à Santa Barbara, en Californie. C'est ainsi que Yacine Rahmoun a intégré Panasonic en 1992, marquant le début de son immersion dans la Silicon Valley. Au cours de cette période, il a contribué au développement de technologies de pointe et a acquis une expérience inestimable dans un environnement d'innovation constante. Plus tard, en 1996, Yahoo lui a accordé un financement initial de 5 000 dollars, un signe précoce de reconnaissance de son potentiel entrepreneurial et de son expertise dans le domaine technologique naissant. Ces vingt années passées dans la Silicon Valley lui ont permis de développer une compréhension approfondie des dynamiques de l'innovation et de la gestion de projets technologiques à grande échelle.
L'appel de la patrie et l'initiative entrepreneuriale
En 2009, Yacine Rahmoun et ses amis ont pris la décision de contribuer au développement de l'Algérie, déclarant : « Nous avons estimé que nous avions une dette morale envers notre pays. Nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire concrètement pour contribuer à son développement ». Cette réflexion profonde, nourrie par un sentiment de responsabilité envers leur nation, a mené à son retour au pays natal. En 2010, Yacine Rahmoun, alors âgé de 40 ans, est revenu en Algérie avec sa famille après plus de vingt ans passés aux États-Unis. Cette décision, mûrement réfléchie, était motivée par une volonté de mettre son expérience et ses connaissances au service du développement économique et technologique de l'Algérie. M. Rahmoun a affirmé n'avoir jamais regretté cette décision, expliquant : « Je me suis aussi beaucoup inspiré du modèle de Singapour, qui a su mobiliser sa diaspora pour accélérer son développement économique. Je n’ai jamais regretté cette décision ». Son retour a été perçu comme un signal fort pour la diaspora algérienne et pour l'écosystème entrepreneurial local.
Peu après son retour, Yacine Rahmoun et ses collaborateurs ont lancé la Algerian Startup Initiative (ASI). Cette initiative visait à stimuler l'entrepreneuriat en Algérie et à créer un environnement propice à l'émergence de nouvelles entreprises innovantes. Dans ce cadre, l'ASI a organisé le premier concours national de plans d'affaires, complété par des bootcamps dans plusieurs universités du pays. Ces événements ont permis de détecter et d'accompagner de jeunes talents, leur offrant des outils et des connaissances essentiels pour concrétiser leurs idées. L'engouement suscité par cette démarche a été notable : l'ASI a reçu 145 projets en seulement quelques semaines, comme l'a précisé Yacine Rahmoun : « En quelques semaines, nous avons reçu 145 projets ». Ce succès initial a démontré le potentiel entrepreneurial existant en Algérie et la pertinence de l'approche de l'ASI.
CaptureDoc : L'ambition d'une transformation numérique
Fort de son expérience et de son engagement, Yacine Rahmoun a fondé l'entreprise CaptureDoc dans le but d'accompagner les sociétés dans leur transformation numérique. CaptureDoc a été créée en 2010, marquant le début de ses activités peu après son retour en Algérie. L'objectif principal de l'entreprise est de fournir des solutions innovantes et adaptées aux défis de la numérisation des processus et des services. L'entreprise déploie ses projets de transformation numérique sur quatre continents, étendant ainsi sa portée bien au-delà des frontières algériennes. Cette expansion internationale témoigne de la qualité et de la pertinence des solutions développées par CaptureDoc. CaptureDoc exporte des solutions développées en Algérie vers une clientèle internationale, témoignant de son ambition globale et de sa capacité à innover localement pour un impact mondial. L'entreprise compte actuellement une cinquantaine d'employés, une équipe multidisciplinaire et hautement qualifiée qui contribue à son succès. Les équipes de CaptureDoc collaborent quotidiennement avec des clients situés en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique, gérant des projets complexes et diversifiés. Cette présence internationale renforce la visibilité de l'expertise algérienne dans le domaine de la transformation numérique.
Vision et plaidoyer pour l'écosystème algérien
Yacine Rahmoun conseille aux jeunes Algériens de faire preuve de passion et d'enthousiasme, affirmant que « lorsqu’on est animé par la passion et l’envie de réussir, rien ne peut véritablement nous arrêter ». Il encourage les jeunes entrepreneurs à persévérer face aux défis et à croire en leur potentiel. Il plaide pour la création d'emplois de qualité, une rémunération attractive et une meilleure qualité de vie afin de retenir les talents au sein de l'Algérie. Selon lui, ces facteurs sont essentiels pour freiner l'exode des cerveaux et construire une économie solide et innovante. M. Rahmoun note également l'importance de créer un environnement où chacun peut s'épanouir, déclarant : « Au sein de l’entreprise, nous essayons de créer un environnement dans lequel chacun peut s’épanouir et prendre du plaisir dans son travail ». Cette philosophie managériale vise à favoriser la créativité, la collaboration et le bien-être des employés.
Il appelle à renforcer le dialogue entre les autorités publiques et les entrepreneurs, proposant qu'« il serait utile de réunir régulièrement les startups, les PME et les grandes entreprises afin d’identifier les principaux freins à leur développement et de construire des solutions communes ». Cette approche collaborative est, selon lui, la clé pour lever les obstacles réglementaires et structurels qui peuvent entraver la croissance des entreprises. Yacine Rahmoun estime enfin que l'Algérie doit poursuivre ses efforts pour renforcer son attractivité et attirer davantage d'investissements internationaux. Il met en avant la nécessité d'un cadre législatif favorable, d'infrastructures modernes et d'une main-d'œuvre qualifiée pour positionner l'Algérie comme une destination de choix pour les investisseurs et les innovateurs du monde entier.