Une étude de référence menée par la Chambre Nationale des Comptables (الغرفة الوطنية لمحافظي الحسابات) propose une stratégie nationale des pôles industriels pour la période 2027-2035. Intitulée « Stratégie Nationale des Pôles Industriels 2027-2035 », l'étude vise à soutenir la diversification économique de l'Algérie. Cette stratégie anticipe la réalisation d'une valeur ajoutée de transformation annuelle supplémentaire estimée entre 18 et 30 milliards de dollars. Elle projette également un flux d'exportations annuelles additionnelles hors hydrocarbures se situant entre 6 et 10 milliards de dollars. La proposition de la Chambre Nationale des Comptables s'inscrit dans une démarche proactive pour transformer le paysage industriel algérien.
Les Piliers de la Transformation Industrielle
L'étude de la الغرفة الوطنية لمحافظي الحسابات identifie quatre projets phares comme noyau initial de cette stratégie. Parmi eux figurent un complexe de conversion propylène en polypropylène, un complexe sidérurgique intégré, un projet de trituration de graines oléagineuses, ainsi qu'une plateforme semencière dédiée aux pommes de terre et aux légumes. Le concept de pôle industriel, tel que défini par l'étude, repose sur quatre éléments interdépendants : un projet phare servant de locomotive, un réseau dense de petites et moyennes entreprises (PME) liées à ce projet, des secteurs prioritaires bénéficiant d'infrastructures partagées et optimisées, et enfin, un système de gouvernance clair et efficace pour coordonner l'ensemble.
Le complexe de polypropylène proposé à Arzew, dans la wilaya d'Oran, représente un investissement estimé entre 1 et 2 milliards de dollars. Ce projet est considéré comme stratégique en raison de son potentiel de transformation des ressources pétrochimiques locales. Pour sa part, le complexe sidérurgique intégré est conçu pour atteindre une capacité de production de 5 millions de tonnes annuelles, nécessitant un investissement substantiel de 3 à 5 milliards de dollars. Ce complexe vise à renforcer l'autonomie du pays en matière de production d'acier. Le projet de trituration de graines oléagineuses, essentiel pour la filière agro-alimentaire, est évalué entre 300 et 350 millions de dollars. Enfin, la plateforme semencière pour les pommes de terre et les légumes, prévue dans la région du Sahara, est estimée entre 20 et 30 millions de dollars, un investissement clé pour la sécurité alimentaire et l'innovation agricole.
La valeur ajoutée du polypropylène brut, vendu entre 350 et 450 dollars la tonne, peut être multipliée par 10 à 20 fois pour atteindre 1500 à 6000 dollars la tonne une fois transformé en produits finis. Cette différence de valeur met en lumière l'importance de la transformation locale. L'étude propose l'adoption du concept de « contenu local » dans les projets publics, avec une mesure rigoureuse du taux d'intégration locale pour encourager la participation des entreprises algériennes. Un « panier d'incitations » est également suggéré pour les projets éligibles, ces incitations étant liées à des critères de performance précis tels que l'investissement réalisé, la création d'emplois, l'intégration locale des chaînes de valeur, les exportations générées et la valeur ajoutée apportée à l'économie nationale. L'étude propose une nouvelle vision du foncier industriel au sein des pôles, avec une affectation priorisée et un suivi strict des engagements des investisseurs pour garantir une utilisation optimale des terrains et des infrastructures. L'étude complète, qui détaille ces propositions et analyses, s'étend sur 159 pages, offrant une feuille de route exhaustive pour la transformation industrielle.
Objectifs Économiques et Sociaux Clés
La stratégie des pôles industriels vise la création de 1,2 à 1,5 million d'emplois directs et indirects à l'horizon 2035. Ce plan ambitieux s'inscrit dans une démarche de stimulation de l'activité économique et de l'intégration sociale, offrant des perspectives d'emploi significatives pour la population algérienne.
La stratégie entend également mobiliser environ 20 000 petites et moyennes entreprises (PME), qu'elles soient nouvelles ou déjà actives, autour des projets phares et des clusters industriels. Cette approche vise à renforcer le tissu économique local et à favoriser les synergies entre les différents acteurs, créant un écosystème dynamique et interdépendant.
Un objectif clé de la stratégie est d'accroître la contribution de l'industrie au Produit Intérieur Brut (PIB) national. L'étude propose de faire passer cette part de 6-8% à un niveau cible de 12-15%, signalant une volonté de rééquilibrer l'économie algérienne en réduisant sa dépendance aux hydrocarbures.
Pour la première phase de mise en œuvre, s'étendant jusqu'en 2031, la stratégie cible la création de plus de 250 000 emplois directs. Cette première vague d'emplois est considérée comme un levier pour la dynamique économique à plus long terme, jetant les bases d'une croissance durable.
Enfin, la stratégie anticipe des revenus annuels générés par les produits transformés se situant entre 8 et 12 milliards de dollars. Cette projection note l'ambition de valoriser la production nationale et d'augmenter les recettes hors hydrocarbures, contribuant ainsi à la diversification des sources de revenus du pays.
Atouts et Cadre Réglementaire Proposé
L'Algérie dispose d'atouts considérables pour la mise en œuvre de cette stratégie, incluant des ressources naturelles abondantes, des coûts énergétiques compétitifs qui offrent un avantage comparatif, un marché intérieur de près de 46 millions de consommateurs représentant un débouché important, et une position géographique stratégique au carrefour de l'Afrique, de l'Europe et du Moyen-Orient. Ces éléments constituent une base solide pour le développement industriel.
L'étude propose une procédure accélérée pour l'examen des projets structurants, visant à permettre la levée des gels sur les projets éligibles et à réduire les délais administratifs. La qualification d'un projet devrait intervenir dans un délai maximal de 30 jours, suivie d'une étude approfondie réalisée dans les 90 jours, garantissant ainsi une réactivité et une efficacité accrues dans le lancement des initiatives.
Pour renforcer la structure financière des pôles, l'étude suggère la création d'un fonds national d'investissement commun destiné aux clusters, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME) associées aux projets phares. Ce fonds permettrait de mutualiser les risques et de faciliter l'accès au financement pour les acteurs locaux. La الغرفة الوطنية لمحافظي الحسابات consacre une partie importante de son étude au rôle de la profession comptable dans le succès de cette stratégie. Selon l'étude, la profession comptable peut aller au-delà de l'audit traditionnel, en contribuant à instaurer la confiance, à assurer la transparence financière et en apportant un soutien essentiel aux entreprises, notamment les PME, dans leur structuration et leur développement. Cinq rôles contractuels standards sont identifiés pour les comptables au service des clusters : l'audit légal pour la conformité, la gestion des participations et des avantages spéciaux pour optimiser les incitations, les procédures d'alerte pour anticiper les difficultés, les attestations et investigations spéciales pour la vérification de projets spécifiques, ainsi que l'accompagnement dans la formalisation des entreprises pour renforcer leur professionnalisme et leur intégration dans l'économie formelle.
Impact sur le Tissu Industriel
La stratégie des pôles industriels ambitionne de transformer les grands projets industriels en véritables centres d'attraction pour des milliers de petites et moyennes entreprises (PME). Cette approche vise à stimuler la création de synergies et à renforcer l'intégration verticale et horizontale du tissu économique national autour d'initiatives structurantes, favorisant ainsi une croissance inclusive. L'objectif est de créer un écosystème propice au développement et à l'innovation pour les entreprises locales, leur permettant de monter en compétence et de s'insérer dans des chaînes de valeur plus complexes.
La contribution actuelle de l'industrie manufacturière au Produit Intérieur Brut (PIB) se situe entre 5% et 6%. Ce chiffre illustre la marge de progression visée par la stratégie nationale, qui cherche à doubler cette part. Le plan élaboré par la الغرفة الوطنية لمحافظي الحسابات (Chambre Nationale des Comptables) cherche à accroître significativement cette part, en s'appuyant sur les pôles industriels comme levier de croissance économique et de diversification. L'intégration des PME et l'accent mis sur la valeur ajoutée locale sont des piliers fondamentaux pour atteindre ces objectifs, promettant de transformer l'économie algérienne en une économie plus solide et moins dépendante des fluctuations des cours des hydrocarbures.