Des politiciens espagnols invoquent l'Algérie comme un facteur géopolitique clé dans la crise que connaît leur pays avec le régime marocain. Cette situation complexe survient alors que l'Espagne a modifié sa position sur la question du Sahara occidental, quelques mois après le scandale d'espionnage Pegasus.
Des élus espagnols considèrent que l'Algérie est un élément essentiel à prendre en compte pour résoudre les tensions actuelles avec le Maroc. La crise s'est intensifiée avec le changement de position de Madrid concernant le Sahara occidental, intervenu peu après la révélation de l'affaire Pegasus. Le scandale d'espionnage Pegasus, qui a éclaté quelques mois avant ce revirement, est perçu comme un élément déclencheur ou un facteur aggravant dans cette dynamique complexe.
Crise de Ceuta et chantage présumé
Les répercussions de l'implication du régime marocain dans la gestion de l'invasion de l'enclave espagnole de Ceuta par des dizaines de milliers de migrants marocains continuent de se faire sentir, causant des dommages politiques importants au gouvernement de Pedro Sánchez. Cette crise persistante met en lumière les tensions sous-jacentes entre les deux nations. Selon certaines allégations, le régime marocain pourrait exercer une pression sur le gouvernement espagnol en s'appuyant sur des informations en sa possession. Cette situation intervient alors que, comme l'a déclaré Aitor Esteban, président du parti espagnol PNV, « le Maroc a renforcé sa position grâce à son alliance avec le président Trump ». M. Esteban a ajouté que « il a investi massivement dans la politique étrangère, l'espionnage et le trafic d'influence ». Il a également souligné qu'« Israël s'en rapproche parce que cela sert ses intérêts aux frontières du Sahel. Et en retour, l'Espagne a été contrainte de rouvrir les négociations gazières avec l'Algérie ».
L'invasion de Ceuta par des migrants marocains, prétendument avec la complicité du régime marocain, s'est produite environ une semaine après la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en Algérie. Cette visite en Algérie aurait provoqué du ressentiment au sein du régime marocain, qui s'est manifesté par l'implication de la police et de l'armée marocaines dans l'invasion de Ceuta. Les allégations de chantage et d'utilisation de l'espionnage par le Maroc sont prises très au sérieux par certains responsables espagnols, qui craignent une soumission de Madrid face à ces pressions.
L'Algérie, partenaire gazier stratégique
Des voix se sont élevées pour mettre en garde contre une réconciliation avec Rabat au détriment de l'Algérie, principal fournisseur de gaz de l'Espagne. L'Espagne a été contrainte de rouvrir les négociations gazières avec l'Algérie, reconnaissant ainsi l'importance stratégique de ce partenariat énergétique. Un des résultats de la visite de Pedro Sánchez en Algérie a été la décision d'augmenter de 10 % les exportations de gaz algérien vers l'Espagne via le gazoduc Medgaz. Cette augmentation vise à compenser une partie du gazoduc Maghreb-Europe, dont l'Algérie a cessé l'exploitation en novembre 2021.
Un accord politique dans le domaine de l'énergie, concernant le gaz, a été conclu lors de la visite de M. Sánchez en Algérie, soulignant l'engagement des deux pays à renforcer leur coopération. Le Comité Mixte Suprême entre l'Espagne et l'Algérie doit se réunir le mois prochain à Madrid, marquant une étape importante dans la formalisation de cette collaboration. Des arrangements techniques pour les négociations gazières sont attendus entre Sonatrach et Naturgy durant ce prochain sommet, ce qui pourrait consolider davantage les liens énergétiques entre les deux nations.
Les craintes d'Aitor Esteban
Aitor Esteban, président du parti espagnol PNV, a exprimé des préoccupations quant à une éventuelle soumission du gouvernement de Pedro Sánchez au régime marocain. Selon lui, le Maroc exercerait un chantage sur les responsables espagnols depuis le scandale d'espionnage Pegasus, utilisant les informations potentiellement obtenues via ce logiciel. M. Esteban a déclaré que « le Maroc a renforcé sa position grâce à son alliance avec le président Trump. Il a investi massivement dans la politique étrangère, l'espionnage et le trafic d'influence. » Il a ajouté qu'« Israël s'en rapproche parce que cela sert ses intérêts aux frontières du Sahel. Et en retour, l'Espagne a été contrainte de rouvrir les négociations gazières avec l'Algérie. »
M. Esteban craint que le régime marocain ne cherche à entraver les arrangements techniques prévus entre Sonatrach et Naturgy concernant les négociations gazières. Ces arrangements devraient être finalisés lors du prochain sommet du Comité Mixte Suprême entre l'Espagne et l'Algérie, prévu le mois prochain à Madrid. Le président du PNV a laissé entendre que le Maroc pourrait continuer à exercer des pressions sur Madrid, potentiellement en utilisant les informations obtenues via le logiciel espion Pegasus, dans le but de perturber ces accords stratégiques.
Aitor Esteban a souligné l'approche d'Israël envers le Maroc. Selon lui, cette convergence est motivée par des intérêts communs liés aux frontières du Sahel, une région stratégique pour la sécurité et la stabilité. Cette alliance pourrait, d'après M. Esteban, renforcer davantage la position du Maroc sur la scène internationale, impactant indirectement la marge de manœuvre de l'Espagne dans ses relations bilatérales. Les avertissements d'Esteban mettent en lumière la complexité des enjeux géopolitiques qui pèsent sur l'Espagne, prise entre ses relations avec le Maroc et l'Algérie, et la nécessité de naviguer avec prudence dans ce paysage diplomatique délicat.