Macron et l'Algérie : une relation mise à mal par le Sahara Occidental

ماكرون أساء تقدير الرد الجزائري حول موقفه من الصحراء الغربية
Photo via Echoroukonline

Voici l'article étendu :

La politique de la France envers l'Algérie, menée par le président Emmanuel Macron, est décrite comme « volatile » par l'historien Benjamin Stora, qui a été interviewé pour ce dossier. Selon M. Stora, cette politique se caractérise par « des changements brusques et, de manière générale, une impatience incompatible avec une question de longue date, nourrissant des blessures persistantes, une nostalgie enracinée de la grandeur de la France et un déplacement du débat vers l’identité nationale ».

Les initiatives de M. Macron, qui avait manifesté une « réelle volonté d'aller de l'avant » en reconnaissant la responsabilité de l'État dans des affaires comme la disparition de Maurice Audin et l'utilisation de la torture, et en honorant les manifestants algériens tués le 17 octobre 1961, ont été brutalement interrompues. Cet élan a cessé avec la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté du régime marocain sur le Sahara Occidental en octobre 2024, a affirmé Benjamin Stora. Les Algériens, qui avaient commencé à coopérer, notamment en acceptant la création d'une commission d'historiens, ont suspendu cette démarche. Le président Tebboune, malgré un sentiment anti-français préexistant, a maintenu cette position de coopération jusqu'à ce que la France revienne sur sa décision concernant le Sahara Occidental, selon Benjamin Stora.

Les initiatives diplomatiques de Macron

Emmanuel Macron s'est rendu en Algérie à plusieurs reprises entre 2017 et 2022, avec des visites notables en décembre 2017 et en août 2022. Ces déplacements visaient à établir un dialogue plus serein et constructif. Des initiatives ont été prises par le président français pour tenter de renforcer les relations bilatérales avec l'Algérie. Il a reconnu la responsabilité de l'État dans la disparition de Maurice Audin et l'utilisation de la torture, des gestes symboliques forts pour apaiser les mémoires. Le président Macron a également rendu hommage aux manifestants algériens tués le 17 octobre 1961, un événement douloureux de l'histoire coloniale française. Ces gestes, visant à apaiser les mémoires, ont marqué une tentative de rapprochement. Le 19 mars 2022, Emmanuel Macron a prononcé un discours important au palais de l'Élysée, réaffirmant son engagement envers ce dialogue mémoriel et politique. Ces actions avaient pour but de créer un nouveau chapitre dans les relations franco-algériennes, fondé sur la reconnaissance des faits historiques et un respect mutuel.

Le dossier sensible du Sahara Occidental

Le président Emmanuel Macron n'aurait pas correctement évalué sa position sur la question du Sahara Occidental environ deux ans plus tôt, selon l'historien Benjamin Stora. Cette prise de position de M. Macron sur le dossier du Sahara Occidental aurait « détruit tout » le travail de rapprochement engagé précédemment. La reconnaissance par la France de la souveraineté du régime marocain sur le Sahara Occidental en octobre 2024 a été le point de rupture.

Avant cette décision, les Algériens avaient consenti à la formation d'une commission conjointe d'historiens, marquant une étape significative dans le dialogue mémoriel entre les deux pays. Cette commission était perçue comme un mécanisme essentiel pour aborder les aspects complexes et souvent douloureux de l'histoire partagée. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait soutenu cette coopération, et ce malgré un sentiment anti-français préexistant en Algérie. Son soutien témoignait d'une volonté politique de surmonter les tensions historiques pour bâtir une relation plus stable. La reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental a cependant mis un terme à cet élan, gelant les initiatives de réconciliation. Selon les observations de Benjamin Stora, cette décision française a eu un impact majeur sur les relations bilatérales, annulant les progrès réalisés dans la tentative de pacification des mémoires et ravivant les tensions.

Contexte historique et enjeux mémoriels

Le conflit algérien a eu des répercussions humaines profondes, avec 1,5 million de conscrits français et 2 millions d'Algériens déplacés sur une population de 9 millions durant la guerre. Ces chiffres illustrent l'ampleur du traumatisme et des déplacements de populations causés par le conflit. Cette période a laissé des traces durables dans les deux pays, influençant les discours politiques et mémoriels. Pour la France, la guerre d'Algérie reste une période complexe, marquée par des débats persistants sur la colonisation, la violence et la mémoire. Pour l'Algérie, l'indépendance est un pilier de son identité nationale, et les questions mémorielles sont intrinsèquement liées à sa souveraineté et à son histoire.

L'Algérie a constitué un thème important des campagnes présidentielles françaises à l'époque de Charles de Gaulle, témoignant de l'impact continu de son histoire coloniale et de la guerre d'indépendance sur la politique intérieure française. Les débats autour de l'Algérie ont souvent divisé la classe politique et l'opinion publique française. Ces débats ont souvent été empreints de sensibilités historiques et de divisions au sein de la société française, reflétant des visions divergentes de l'identité nationale et du passé colonial.

Plus récemment, Nicolas Sarkozy a abordé la question algérienne lors de sa campagne présidentielle de 2007, dans une démarche visant à capter l'électorat du parti du Rassemblement national. Cette stratégie illustre la persistance de l'Algérie comme un enjeu politique en France, capable d'influencer les dynamiques électorales et les positionnements des candidats, en particulier sur des thèmes liés à l'immigration et à l'identité.

Réactions et inquiétudes actuelles

Le journal L'Opinion a publié un dossier de trois pages sur l'Algérie, intitulé « 2027, l'Algérie : champ de bataille des élections présidentielles ». Benjamin Stora a été interviewé pour ce dossier, soulignant l'importance continue de la question algérienne dans le paysage politique français. En 2024, la possibilité d'une rupture des relations diplomatiques entre les deux pays a suscité une vive inquiétude parmi les binationaux. Ces citoyens, ayant des liens familiaux et culturels des deux côtés de la Méditerranée, sont particulièrement touchés par les tensions diplomatiques, craignant des conséquences sur leurs déplacements, leurs droits et leur identité.