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Une ambition de création d'un Institut de Mathématiques en Algérie a émergé en 2000, année déclarée Année Internationale des Mathématiques par l'UNESCO, lors d'un rassemblement national de mathématiciens algériens. Ce rendez-vous scientifique, qui a marqué le début des efforts pour établir un tel institut, a réuni environ 300 professeurs d'université et chercheurs, venus d'Algérie et de l'étranger. Dès ce rassemblement, les participants ont conclu que l'Algérie ne disposait pas d'une institution nationale capable de fédérer et d'orienter son élite mathématique vers des projets stratégiques, soulignant la nécessité d'une telle structure. Les efforts pour concrétiser la mise en place de cet institut ont débuté dès 2000 et se sont poursuivis sur une période significative, jusqu'en 2017, témoignant d'une persévérance dans la quête de cette vision scientifique.
Genèse d'un Projet Visionnaire
La crise algérienne des années 1990 a entraîné l'émigration de nombreux chercheurs et affaibli les équipes de recherche nationales, rendant nécessaire la création d'une institution nationale dédiée à l'excellence scientifique. C'est dans ce contexte que le projet d'institut a pris forme, avec l'ambition de restaurer et de développer le potentiel mathématique du pays. L'institut envisagé devait s'inspirer de modèles réputés à l'étranger, tels que l'Institute for Advanced Study (IAS) à Princeton, l'Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES) en France, les instituts Max Planck en Allemagne, et l'Instituto Nacional de Matemática Pura e Aplicada (IMPA) au Brésil. Ces références internationales illustraient la volonté de créer une institution de premier plan, capable de rivaliser avec les meilleurs centres de recherche mondiaux.
Ce projet ambitieux avait pour objectif d'appliquer les mathématiques à des secteurs clés du développement national, notamment l'énergie, les carburants, la médecine, le climat et l'économie. Au-delà de ces domaines traditionnels, il visait également à exploiter le potentiel des mathématiques dans des secteurs stratégiques comme la cryptographie, les communications et la sécurité de l'information, des domaines cruciaux pour la souveraineté et le progrès technologique. En matière de développement des ressources humaines, le plan prévoyait la création d'une école doctorale de haut niveau, l'accueil de post-doctorants, et l'invitation de chercheurs algériens établis à l'étranger ainsi que de scientifiques étrangers éminents. Cette approche holistique visait à former une nouvelle génération de chercheurs, à favoriser les échanges scientifiques et à attirer les meilleurs talents.
Les Efforts de Structuration
Une deuxième phase des efforts de structuration a impliqué des tentatives pour établir un « Laboratoire Euro-Maghrébin de Mathématiques » en collaboration avec le CNRS français. Cette initiative visait à renforcer les partenariats internationaux et à élargir l'influence scientifique de l'Algérie en s'appuyant sur des collaborations bilatérales avec des institutions de renom.
Un projet de décret exécutif détaillé pour la création de l'institut a été élaboré, spécifiant ses objectifs, sa structure organisationnelle, ses mécanismes de financement et ses modalités de recrutement du personnel. La rédaction de ce document visait à fournir un cadre légal et opérationnel précis pour la future institution, démontrant le sérieux et l'avancement de la planification. Ce décret exécutif représentait une étape clé, car il aurait fourni la base juridique nécessaire à la mise en œuvre du projet.
Le Comité de pilotage, chargé de superviser la mise en place de l'institut, a été officiellement constitué le 29 octobre 2014. Cet événement marquait une étape concrète dans le processus de création, en désignant une entité responsable de la progression du projet et de la coordination des différentes actions.
Une lettre datée du 5 octobre 2014 a été envoyée pour solliciter le soutien de Mohamed Ali Boughazi, alors conseiller du Président et ancien ministre de la Recherche scientifique. Cette correspondance visait à obtenir l'appui des hautes sphères de l'État pour l'établissement d'un centre national de recherche en mathématiques, reconnaissant l'importance d'un soutien politique de haut niveau pour un tel projet d'envergure.
Soutiens et Obstacles Inconnus
Malgré ces avancées, des obstacles sont apparus. Une rencontre internationale avec les directeurs des principaux instituts de recherche en mathématiques mondiaux, prévue pour discuter du projet, a été annulée deux jours avant sa date sans que des raisons claires ne soient communiquées. Cette annulation inexpliquée a semé le doute sur la suite du projet et a privé les porteurs du projet d'une opportunité précieuse d'échanges et de reconnaissance internationale.
Parallèlement, le mathématicien français Cédric Villani, lauréat de la Médaille Fields, a adressé en 2014 une lettre de soutien aux ministres algériens concernés. Dans son courrier, Villani a souligné l'importance des sciences mathématiques comme moteur fondamental de l'économie mondiale. Il a notamment mis en avant la nécessité de positionner l'Algérie comme un acteur majeur dans ce domaine, à l'instar des nations qui investissent massivement dans la recherche mathématique pour stimuler leur développement technologique et économique. Son intervention visait à renforcer la légitimité et l'urgence de créer une structure dédiée à la recherche en mathématiques dans le pays, apportant un poids scientifique et moral considérable au projet.
Portée d'une Opportunité Manquée
Les participants à la réunion de 2000 avaient déjà conclu que l'Algérie ne disposait pas d'une institution nationale capable de fédérer et d'orienter son élite mathématique vers des projets stratégiques, une lacune que l'institut proposé visait précisément à combler. Le projet a atteint un stade avancé de préparation administrative et juridique, avec un décret exécutif prêt et un comité de pilotage actif, dans l'attente d'une décision politique pour sa mise en œuvre. Cette situation a laissé les initiateurs du projet dans une incertitude prolongée, malgré les efforts déployés.
Le 10 décembre 2017, le « Comité de pilotage pour la préparation du projet d'Institut supérieur des mathématiques » a adressé une lettre au ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, s'enquérant du statut du projet. Cette démarche, intervenant après des années de travail et de planification, soulignait la persistance de l'engagement du comité, mais aussi l'absence de décision finale. L'absence de suite concrète pour ce projet, malgré son état avancé de préparation et son potentiel stratégique, représente une opportunité manquée pour le développement scientifique et économique de l'Algérie.