L'influence méconnue de la littérature arabe sur la poésie et la narration européennes

La recherche des influences arabes sur la littérature européenne remonte aux premiers siècles de l'Islam, malgré une tendance chez les peuples européens, à l'exception des Espagnols, à effacer la gratitude collective envers ces apports culturels. Plusieurs poètes et écrivains allemands, dont Wieland, Goethe et Rilke, ont été particulièrement captivés par "Les Mille et Une Nuits", contribuant à forger des liens durables entre les cultures. Cette fascination allemande pour les contes orientaux et la poésie arabe a joué un rôle clé dans la reconnaissance de ces influences.

Cette fascination a été marquée par une reconnaissance explicite de l'interconnexion culturelle. Johann Wolfgang von Goethe a ainsi déclaré que "L’Orient et l’Occident ne peuvent plus être séparés", soulignant une fusion inévitable des influences. Il a également noté poétiquement que "Bagdad n’est pas loin pour les amoureux", mais a averti, "Avant d’aller chercher le thériaque à Bagdad, le malade est déjà mort", illustrant la nécessité d'une réception rapide et directe des savoirs et des inspirations. Wieland a observé l'attrait universel des contes des "Mille et Une Nuits", les décrivant comme touchant "le public le plus large". Il a précisé que "Toutes les conditions et toutes les générations — jeunes et vieux, puissants et humbles, érudits et illettrés, personnes actives et oisives — se rassemblent pour le récit d’un événement merveilleux et écoutent avec plaisir ce qu’ils jugent pourtant incroyable". Cette universalité a permis aux récits de traverser les frontières culturelles et linguistiques avec une facilité remarquable.

Les racines de l'influence arabe

L'influence arabe s'est manifestée précocement dans les chansons de ménestrels et la poésie épique européennes, où thèmes et formes littéraires arabes ont été introduits par les troubadours. Des œuvres comme celles de Wolfram von Eschenbach contiennent des éléments de poésie épique d'inspiration arabe, selon des analyses littéraires. Heinrich Frauenlob a réutilisé des récits issus des « Mille et Une Nuits » dans ses propres créations. Ces contes ont largement contribué à propager le merveilleux et le fantastique, depuis l'époque des Croisades, jusqu'aux chants épiques des ménestrels. Cette transmission a enrichi le répertoire narratif européen de motifs exotiques et de structures narratives innovantes.

Au-delà de l'inspiration narrative, la civilisation arabe médiévale valorisait la figure de l'érudit comme un idéal humain, permettant à la science et au savoir d'atteindre des niveaux remarquables. Johann Wolfgang von Goethe a reconnu cette richesse culturelle, considérant les Mu'allaqāt comme des trésors magnifiques offrant un aperçu du haut niveau culturel de la tribu des Quraysh. L'écrivain allemand a également été profondément impressionné par la traduction de Johann Jacob Reiske des poèmes d'amour d'al-Mutanabbi, publiée alors que Goethe était âgé de seize ans. Ces interactions culturelles illustrent l'interdépendance des mondes, comme l'a noté Goethe, affirmant que « L’Orient et l’Occident ne peuvent plus être séparés ». Il a également souligné la proximité symbolique des cultures en déclarant : « Bagdad n’est pas loin pour les amoureux », tout en avertissant contre les retards dans l'adoption des influences : « Avant d’aller chercher le thériaque à Bagdad, le malade est déjà mort ».

Les Mille et Une Nuits : un trésor oriental en Europe

Les « Mille et Une Nuits » sont parvenues en Europe au début du XVIIIe siècle, notamment grâce à la traduction française d'Antoine Galland. Cet ouvrage est devenu l'un des livres les plus diffusés en Europe, sa propagation n'étant dépassée que par celle de la Bible. Le contenu et la valeur démocratiques des « Mille et Une Nuits » ont contribué à son accueil favorable durant la période des Lumières et du classicisme allemand. Le recueil a trouvé un écho particulier dans une Europe en quête de nouvelles formes d'expression et de pensées.

Le recueil présente une description précise, simple et gracieuse du fantastique et du magique, étayée par des contours réalistes et des scènes poétiques. Il dépeint également une société hautement civilisée et raffinée, caractérisée par une courtoisie parfaite et un respect mutuel. Cette représentation d'une société idéale a captivé l'imagination des lecteurs européens. Les œuvres de Goethe, notamment ses « Entretiens d’émigrés allemands », « Poésie et Vérité » et « Les Années de voyage de Wilhelm Meister », témoignent de l'influence de la technique narrative de Shéhérazade. Cette influence s'étend également à la production dramatique de Goethe, en particulier à la seconde partie de « Faust », où l'on retrouve des échos de la structure épisodique et de la richesse imaginaire des contes. Goethe, dès son adolescence, s'est senti chez lui dans le Bagdad des « Mille et Une Nuits » et a été profondément inspiré par le personnage de Shéhérazade, la conteuse par excellence.

Goethe a fréquemment souligné l'interconnexion culturelle, affirmant que « L’Orient et l’Occident ne peuvent plus être séparés ». Il a également remarqué que « Bagdad n’est pas loin pour les amoureux », illustrant la proximité spirituelle entre les cultures. Cependant, l'écrivain allemand a aussi mis en garde contre les retards dans l'adoption des influences, déclarant : « Avant d’aller chercher le thériaque à Bagdad, le malade est déjà mort ». L'expression arabe « chercher le thériaque à Bagdad » fait référence à la préparation dans cette ville d'un puissant antidote, soulignant l'urgence de puiser aux sources orientales de sagesse et de connaissance.

Goethe et Herder : pionniers de la reconnaissance

Johann Gottfried Herder a affirmé en 1778 que les Arabes avaient laissé des traces en Europe principalement à travers leur poésie et leurs sciences, influençant le goût européen pour le merveilleux et l'aventure. Il a observé que leur poésie avait eu un effet comparable à leurs sciences, suscitant en Europe un goût pour le merveilleux, les expériences riches en aventures, la religion, l'honneur et l'amour, qui s'est propagé du sud vers le nord. Herder a déclaré la même année que les Arabes étaient « depuis toujours des poètes », leur langue et leurs coutumes ayant été façonnées pour la poésie. Il a ajouté qu'ils vivaient « sous la tente, dans un mouvement perpétuel, faits de changements et d’aventures, tout en observant des coutumes très uniformes mais modérées, justes, et s’inscrivant entièrement dans une nature poétique. » Il a également souligné qu'« en guise de couronne, ils se targuaient de leur turban ; ils glorifiaient leurs tentes plutôt que des murs, leurs épées plutôt que des bastions, et leurs poèmes plutôt que des lois civiles. » Herder croyait que la poésie arabe influençait leurs coutumes plus profondément que leurs lois, reflétant leur vision du monde, leur insubordination, leur liberté, leur esprit aventureux, leur noblesse et leur loyauté. Il a décrit la poésie arabe comme une dévotion passionnée, atteignant son apogée à leur âge d'or. Herder a affirmé qu'« aucun peuple ne peut se targuer d’avoir voué une passion aussi ardente à la poésie que les Arabes à leur âge d’or. »

Goethe et Herder ont traduit les sept odes préislamiques, connues sous le nom de Mu'allaqāt, en 1783. Goethe s'est inspiré des chants héroïques arabes recueillis dans la Hamasa, traduisant notamment le chant de vengeance de Ta'abbata Sharran. L'écrivain allemand s'est senti chez lui dans le Bagdad des « Mille et Une Nuits » dès son adolescence et a été inspiré par Shéhérazade. Il a également transposé les vers du poète ottoman Nedjati dans un poème d'amour dédié à Suleika (Marianne von Willemer). Ce vers de Goethe, « Bagdad n’est pas loin pour les amoureux », trouve son origine dans les vers de Nedjati, qui écrivait : « Si la distance qui te sépare de bien-aimés devait être aussi vaste que celle de l’Orient à l’Occident / marche seulement, ô mon cœur, Bagdad n’est pas loin pour les amoureux ». Dans le dialogue de Goethe avec Hatim, son pseudonyme, Bagdad est évoquée comme un lieu de nostalgie, d'espoir de retrouvailles et de remède aux peines d'amour. Cette référence poétique note la puissance de la connexion émotionnelle et culturelle qui transcende les distances géographiques.

Alexander von Humboldt a confirmé la vision de Herder dans son étude de 1847 sur les Arabes, publiée dans le deuxième volume de son ouvrage « Cosmos » (Kosmos Band II). Cette reconnaissance par un scientifique et explorateur de renom a renforcé la légitimité de l'influence arabe sur la culture européenne. Herder estimait que la poésie arabe influençait leurs coutumes plus profondément que leurs lois, reflétant leur vision du monde, leur insubordination, leur liberté, leur esprit aventureux, leur noblesse et leur loyauté. Il a décrit la poésie arabe comme une dévotion passionnée, atteignant son apogée à leur âge d'or. Herder a affirmé qu'« aucun peuple ne peut se targuer d’avoir voué une passion aussi ardente à la poésie que les Arabes à leur âge d’or. » Goethe a souvent répété que « L’Orient et l’Occident ne peuvent plus être séparés », tout en avertissant que « Avant d’aller chercher le thériaque à Bagdad, le malade est déjà mort ». Ces réflexions soulignent la conviction profonde des penseurs allemands de l'époque quant à l'interdépendance des cultures et la richesse des apports orientaux.