Il y a plus de six décennies, Cheikh Muhammad Al-Bishir Al-Ibrahimi a répondu aux écrivains qui critiquaient l'Association des Oulémas Musulmans pour ses lacunes face à l'athéisme. Il a soutenu que la jeunesse instruite, confrontée à la pensée scientifique et rationnelle, rejetait ces « délires » et, par extension, la religion de manière injuste et ignorante. Cette observation met en lumière une dynamique complexe où la quête de la connaissance et de la rationalité, mal interprétée ou mal guidée, pouvait conduire à un rejet global de la foi. Une crainte est exprimée que le sécularisme ne devienne l'idéologie privilégiée de la nouvelle génération, ce qui créerait un marché florissant pour l'athéisme parmi elle. Cette préoccupation soulève des questions fondamentales sur la transmission des valeurs religieuses et la capacité des institutions à s'adapter aux défis intellectuels contemporains.
Racines historiques de la déformation religieuse
Mohammad Al-Bishir Al-Ibrahimi a affirmé que la propagation des superstitions et des illusions des ordres soufis (الطرق) au sein de la nation a eu un impact significatif sur l'expansion de l'athéisme parmi sa jeunesse instruite, ignorante des vérités de sa religion. Selon lui, cette forme de religiosité, souvent caractérisée par des pratiques éloignées des enseignements fondamentaux de l'islam, a créé une vulnérabilité. L'article soutient que l'administration coloniale a soutenu cette forme déformée de religiosité soufie (التديّن الطرقيّ), non par admiration, mais parce qu'elle servait son objectif d'éloigner la jeunesse d'une véritable éducation religieuse favorisant l'identité nationale, la science, la liberté, la justice et l'anticolonialisme. En encourageant une religiosité axée sur le mysticisme et les rituels plutôt que sur la compréhension critique et l'engagement social, l'administration coloniale a affaibli les fondements intellectuels et moraux de la jeunesse. Al-Ibrahimi croyait ainsi que l'éradication des ordres soufis (الطرق) signifierait l'éradication de l'athéisme dans certaines de ses significations et la résolution de certaines de ses causes. Il considérait cette réforme comme une étape clé pour restaurer l'intégrité de la foi et la résilience intellectuelle des jeunes face aux idéologies séculières. La religiosité soufie déformée a finalement perdu son influence, et de nombreux adhérents se sont tournés vers un réveil islamique qui mettait l'accent sur la science et combattait la superstition. Ce mouvement a cherché à reconnecter la foi avec la raison et à purger les pratiques religieuses des éléments considérés comme non-islamiques ou superstitieux.
L'éveil détourné et ses dérives
Cet éveil a ensuite été détourné de sa trajectoire initiale, déplaçant l'attention des grandes questions religieuses et des préoccupations nationales vers des débats théologiques marginaux et des questions jurisprudentielles mineures. Au lieu de se concentrer sur les défis majeurs de la société et la construction d'une identité collective forte, une partie de ce mouvement s'est égarée dans des querelles internes et des interprétations rigides. Certains jeunes sont devenus arrogants, considérant durement les musulmans ordinaires et classant les savants et les prédicateurs comme "déviants" ou "à éviter". Cette attitude élitiste et exclusive a créé des divisions profondes au sein de la communauté et a aliéné de nombreux fidèles. Le cheikh Muhammad Al-Ghazali a reconnu très tôt le danger de ce type de religiosité et a mis en garde contre ses méfaits pour l'appel (الدعوة), la religion et la nation. Il percevait que cette rigidité et ce jugement excessif nuiraient à l'essence même de l'islam, qui prône la miséricorde et la sagesse. Selon Al-Ghazali, la propagation de l'incrédulité dans le monde porte la moitié de son fardeau par des personnes religieuses qui ont rendu Dieu haïssable à Sa création par leurs mauvaises actions et paroles. Cette citation puissante note la responsabilité des croyants dans la perception de leur foi par les autres. L'utilisation généralisée des médias sociaux a offert un terrain fertile aux adeptes de cette religiosité déformée pour diffuser leur ignorance et attaquer des prédicateurs (دعاة), des savants et des réformateurs de premier plan. La facilité de communication et l'anonymat relatif des plateformes numériques ont amplifié ces voix, permettant à des discours intolérants et simplistes de gagner en visibilité. Ces individus ont également jugé sévèrement les musulmans ordinaires pour des erreurs mineures, générant un ressentiment généralisé que les défenseurs de l'athéisme et du sécularisme ont cherché à exploiter.
Exploitation par les idéologies séculières
Les vagues séculières et athées se répandent parmi les jeunes, qui manquent d'immunité face aux doutes diffusés sur les médias sociaux. L'absence d'une éducation religieuse solide et d'un cadre intellectuel solide les rend vulnérables aux arguments simplistes et aux critiques acerbes de la religion. Ces idéologies exploitent l'ignorance d'une partie de la jeunesse et la témérité de certains jeunes religieux qui se sont lancés dans le discours religieux sans connaissances ou sagesse adéquates. Leurs erreurs et leur manque de discernement sont instrumentalisés pour discréditer la foi dans son ensemble.
Les partisans du sécularisme et de l'athéisme exploitent les erreurs des individus religieux zélés pour ternir l'image de la religiosité et de la religion elle-même. Ils promeuvent ainsi l'idée d'isoler la religion de la vie publique, utilisant ces défaillances comme argument pour justifier leur position. En présentant ces comportements extrêmes ou rigides comme représentatifs de la foi, ils cherchent à convaincre que la religion est intrinsèquement source de problèmes et qu'elle devrait être reléguée à la sphère privée, voire complètement abandonnée.
Appel à l'action et à la sagesse
Il est impératif que les prédicateurs (الدعاة) poursuivent l'œuvre du cheikh Muhammad Al-Ghazali en s'attaquant à la religiosité altérée, selon l'analyse. Cela implique une approche équilibrée qui combine une connaissance profonde de la foi avec une compréhension des réalités contemporaines et un esprit de tolérance. Les personnes sages doivent redoubler d'efforts pour éteindre la discorde alimentée par certains individus religieux et amplifiée par les sécularistes. Il s'agit de contrer les récits polarisants et de promouvoir un discours religieux qui inspire la sérénité et la cohésion. Cette action est jugée nécessaire avant que l'athéisme ne se propage de manière incontrôlée parmi la jeunesse musulmane, d'après cette même analyse. L'article note la nécessité d'une intervention concertée pour contrer ces dynamiques et protéger les jeunes des influences séculières, en leur offrant une compréhension authentique et éclairée de leur religion. La sauvegarde de la jeunesse face à ces défis idéologiques dépendra de la capacité des leaders religieux et intellectuels à proposer une vision de l'islam qui soit à la fois fidèle à ses principes et pertinente pour le monde moderne.