L'Écho Arabe dans la Poésie Européenne : Un Héritage Méconnu

Les contacts entre la littérature arabe et européenne remontent aux premiers siècles de l'Islam, établissant des liens culturels profonds. Ce dialogue millénaire a profondément influencé le développement de la poésie européenne. Johann Gottfried Herder a notamment observé que l'Europe puisait dans la poésie arabe un goût pour le merveilleux, l'aventure, la religion, l'honneur et l'amour. Herder affirmait que « depuis toujours, les Arabes sont des poètes ; leur langue et leurs coutumes ont été façonnées sous le signe et pour le besoin de la poésie. » Il ajoutait qu'« aucun peuple ne peut se targuer d’avoir voué une passion aussi ardente à la poésie que les Arabes à leur âge d’or. » L'humanité remarquable, la société raffinée et la courtoisie parfaite des Mille et Une Nuits ont exercé une puissante attraction aux XVIIIe et XIXe siècles.

Les Racines Anciennes du Contact

Les contes des Mille et Une Nuits ont propagé le merveilleux, de l'époque des Croisades jusqu'aux chants épiques des ménestrels. Moinsing et Johann Jacob Reiske ont contribué à la diffusion de la culture arabe en traduisant et en introduisant des collections de proverbes arabes en allemand. Wolfram von Eschenbach a intégré des éléments d'inspiration arabe dans son œuvre poétique épique, témoignant d'une influence précoce. Heinrich Frauenlob a également réutilisé des récits tirés des Mille et Une Nuits dans ses propres compositions.

La publication de la traduction par Reiske des poèmes d'amour d'al-Mutanabbi est intervenue juste avant que Goethe ne parte étudier à Leipzig, période charnière pour ses propres explorations thématiques. Goethe affirmait que « L’Orient et l’Occident ne peuvent plus être séparés », soulignant une interconnexion culturelle profonde. Il déclarait aussi que « Bagdad n’est pas loin pour les amoureux », illustrant la proximité émotionnelle et imaginaire entre les mondes. Plus tard, Rainer Maria Rilke a versifié ce thème dans son sonnet "La Vocation de Mahomet", publié à Paris en 1907.

La Magie des Mille et Une Nuits

La traduction des Mille et Une Nuits en français par Antoine Galland, au début du XVIIIe siècle, a marqué son arrivée en Europe, introduisant un répertoire narratif inédit. Ce recueil s'est imposé comme l'un des ouvrages les plus largement diffusés sur le continent, ne le cédant qu'à la Bible en termes de popularité. Christoph Martin Wieland observait que les éléments des fables et contes touchaient « toutes les conditions et toutes les générations — jeunes et vieux, puissants et humbles, érudits et illettrés, personnes actives et oisives — se rassemblent pour le récit d’un événement merveilleux et écoutent avec plaisir ce qu’ils jugent pourtant incroyable. »

L'influence de la technique narrative de Shéhérazade s'est notamment manifestée dans plusieurs œuvres de Goethe, telles que les Entretiens d’émigrés allemands, Poésie et Vérité, et Les Années de pèlerinage de Wilhelm Meister. Goethe a affirmé que « L’Orient et l’Occident ne peuvent plus être séparés », soulignant une interconnexion culturelle profonde. Il a également déclaré que « Bagdad n’est pas loin pour les amoureux », illustrant une proximité émotionnelle et imaginaire. L'expression arabe « aller chercher le thériaque à Bagdad » fait référence à la préparation dans cette ville de l'antidote le plus puissant contre les morsures de serpent, une locution qui témoigne de la réputation de Bagdad comme centre de savoir et de remèdes.

Goethe et l'Ouverture à l'Islam

Johann Gottfried Herder, dans son essai primé de 1778 intitulé « Sur l’impact de l’art de la poésie sur les mœurs des peuples dans les anciens et les nouveaux temps », a affirmé que les Arabes avaient laissé des traces significatives en Europe par leur poésie et leurs sciences. L'écrivain a déclaré que « depuis toujours, les Arabes sont des poètes ; leur langue et leurs coutumes ont été façonnées sous le signe et pour le besoin de la poésie. Ils vivaient sous la tente, dans un mouvement perpétuel, faits de changements et d’aventures, tout en observant des coutumes très uniformes mais modérées, justes, et s’inscrivant entièrement dans une nature poétique. En guise de couronne, ils se targuaient de leur turban ; ils glorifiaient leurs tentes plutôt que des murs, leurs épées plutôt que des bastions, et leurs poèmes plutôt que des lois civiles. » Herder a également souligné qu'« aucun peuple ne peut se targuer d’avoir voué une passion aussi ardente à la poésie que les Arabes à leur âge d’or. » Johann Wolfgang von Goethe s’est senti « chez lui » dans le Bagdad des Mille et Une Nuits dès son adolescence, une familiarité qui a profondément marqué son œuvre.

Goethe s'est inspiré de Shéhérazade pour son poème « Lust zum Fabulieren » (Le plaisir de fabuler), illustrant l'impact des contes orientaux sur sa créativité. Son recueil poétique, le Divan occidental-oriental, contient le vers « Bagdad n’est pas loin pour les amoureux », une phrase qui résonne avec la citation du poète ottoman Nedjati : « Si la distance qui te sépare de bien-aimés devait être aussi vaste que celle de l’Orient à l’Occident / marche seulement, ô mon cœur, Bagdad n’est pas loin pour les amoureux ». Cette phrase de Goethe note la proximité émotionnelle et imaginaire qu'il ressentait envers l'Orient.

Goethe a affirmé que « L’Orient et l’Occident ne peuvent plus être séparés », résumant sa vision d'une interconnexion culturelle profonde et inéluctable. Il a également transposé des vers du poète ottoman Nedjati dans son poème d'amour dédié à Souleika, montrant une appropriation directe et un dialogue avec la poésie orientale. Marianne von Willemer a utilisé le pseudonyme Souleika pour ses propres contributions au Divan occidental-oriental, échangeant des vers avec Goethe qui adoptât lui-même le pseudonyme arabe Hatim dans ce dialogue poétique.

L'Héritage Poétique Arabe Reconnu

Johann Gottfried Herder affirmait en 1778 que les Arabes avaient toujours été des poètes, leur langue et leurs coutumes étant façonnées pour la poésie. Herder ajoutait qu'« aucun peuple ne peut se targuer d’avoir voué une passion aussi ardente à la poésie que les Arabes à leur âge d’or ». En 1783, Herder et Goethe ont conjointement traduit les sept odes préislamiques, connues sous le nom de Mu'allaqāt. Herder considérait les poèmes arabes comme une « reproduction de leur vision du monde », exprimant l'insubordination, la liberté, l'aventure, la noblesse, le courage, la vengeance et la loyauté.

Goethe a puisé son inspiration dans les chants héroïques arabes rassemblés dans la Hamasa. Il a notamment traduit le chant de vengeance de Ta'abbata Sharran pour son traité « Notes et Dissertations ». Herder désignait le Coran comme un « chef-d'œuvre de poésie » et l'Islam comme une « religion poétique ».

À l'âge de vingt-trois ans, Goethe a conçu un projet de drame pour contrer l'œuvre de Voltaire, se concentrant sur l'éveil de la foi du Prophète. De cette période est issu « Le Chant de Mahomet » (Mahomets Gesang), considéré comme la première glorification du Prophète Muhammad par un poète européen. Parallèlement, Karoline von Günderrode a écrit un poème intitulé « Mahomet rêve dans le désert ». Plus tard, Klabund a revisité le thème de l'expérience mystique du Prophète dans son roman « Mahomet », paru en 1917.

Portée et Influence Durable

Les Allemands, à l'instar d'autres Européens, à l'exception des Espagnols, ont effacé de leur mémoire collective toute gratitude culturelle envers les Arabes. Alexander von Humboldt a confirmé cette vision de Herder et Goethe dans son étude de 1847 sur les Arabes, publiée dans le deuxième volume de Kosmos. Goethe a été le premier grand poète européen à s'ouvrir à l'Islam avec une tolérance notable, affirmant que « L’Orient et l’Occident ne peuvent plus être séparés » et que « Bagdad n’est pas loin pour les amoureux ». Cette ouverture a influencé des figures comme Alexandre Pouchkine et Adam Mickiewicz, qui ont ensuite créé des œuvres poétiques explorant le monde islamique.