L'Algérie Investit dans l'IA pour sa Souveraineté Numérique

نخبة البكالوريا في مواجهة “زر التعطيل”… هل تصنع الجزائر ذكاءها محليا؟
Photo via Echoroukonline

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L'Algérie procède à l'établissement d'instituts supérieurs dédiés à l'Intelligence Artificielle (IA) pour les bacheliers les plus méritants, dans le cadre d'une initiative présidentielle. Cette démarche s'inscrit dans la priorité accordée à la numérisation et à l'IA par le président Abdelmadjid Tebboune. La création de ces établissements a été officialisée par le décret présidentiel n° 21-323, daté du 22 août 2021. Leurs activités ont démarré dès l'année universitaire 2021-2022, marquant ainsi une étape concrète dans la stratégie algérienne de développement des compétences en IA. Cette orientation stratégique vise à positionner l'Algérie comme un acteur majeur dans le domaine de l'intelligence artificielle sur le continent africain et au-delà, en formant une élite capable de relever les défis technologiques de demain.

Ambitions de Souveraineté Numérique et Formation d'Élite

L'École nationale supérieure d'intelligence artificielle de Sidi Abdallah accueille les meilleurs bacheliers du pays, soulignant l'importance stratégique accordée à cette filière par les autorités algériennes. Cette institution d'excellence est conçue pour être un pôle de formation et de recherche de pointe, attirant les talents les plus prometteurs et leur offrant un environnement propice à l'innovation. L'objectif est de former des ingénieurs et des chercheurs hautement qualifiés, capables de concevoir et de déployer des solutions d'IA adaptées aux besoins spécifiques de l'Algérie.

Pour sa part, Dr. Ali Kahlane, expert en informatique, a souligné l'importance de l'infrastructure et des alternatives en complément des compétences humaines dans le développement de l'IA. Selon lui, une stratégie nationale réussie ne peut se limiter à la seule formation des individus ; elle doit impérativement s'accompagner d'un investissement massif dans les infrastructures technologiques et le développement de solutions alternatives propres au pays. Cette approche vise à garantir une base solide pour l'innovation technologique, en réduisant la dépendance vis-à-vis des technologies et des services étrangers. L'expert insiste sur le fait que la souveraineté numérique ne peut être atteinte sans une maîtrise complète de l'ensemble de la chaîne de valeur, depuis la formation des talents jusqu'à la possession des infrastructures critiques.

Un autre expert, l'économiste Dr. Hatem Harkati, a affirmé que les données représentent le "nouvel or noir" pour l'Algérie. Cette analogie met en lumière le potentiel économique et stratégique des données dans l'économie numérique moderne, soulignant leur valeur inestimable pour l'innovation, la prise de décision et la création de richesse. Dr. Harkati a également proposé une feuille de route nationale pour l'infrastructure des données, considérant que la valorisation de ces ressources nécessite une planification rigoureuse et des investissements ciblés. Cette initiative inclut la construction de quatre à six centres de données, éléments jugés essentiels pour la gestion, le stockage sécurisé et la valorisation des informations à l'échelle nationale. Ces centres de données sont perçus comme les piliers d'une économie numérique solide et autonome, garantissant la sécurité et l'intégrité des informations stratégiques du pays.

Infrastructure et Données Stratégiques : Les Fondations du Numérique

Le pays dispose de 27,5 millions d'identités numériques, ce qui constitue une richesse de données à valoriser, selon les observateurs. Cette base de données représente un capital numérique considérable, offrant des opportunités uniques pour le développement de services publics numériques, l'amélioration de l'efficacité administrative et la stimulation de l'innovation dans divers secteurs économiques. La gestion et l'exploitation éthique de ces identités numériques sont au cœur des préoccupations de souveraineté.

Pour soutenir le développement technologique et l'exploitation de ces données, un plan visant à établir « 100 zones 5G » est en cours, avec l'objectif de transformer la cinquième génération de réseaux mobiles en un moteur de production pour l'économie. Le déploiement de la 5G est considéré comme un levier essentiel pour accélérer la numérisation des industries, faciliter l'émergence de nouvelles applications basées sur l'IA et l'Internet des Objets (IoT), et améliorer la connectivité globale du pays. Ces zones 5G sont conçues pour être des pôles d'innovation, favorisant la recherche et le développement dans les technologies de pointe.

Dans ce contexte de renforcement des capacités numériques, le Centre National des Services Numériques a été inauguré le 5 juillet 2026, marquant une étape institutionnelle importante. Ce centre est appelé à jouer un rôle central dans la coordination et la mise en œuvre des politiques de numérisation, ainsi que dans la fourniture de services numériques de haute qualité aux citoyens et aux entreprises. Son inauguration témoigne de l'engagement de l'Algérie à moderniser son administration et à offrir un environnement propice à l'épanouissement de l'économie numérique.

Les statistiques récentes soulignent l'ampleur de la connectivité numérique en Algérie, démontrant une adoption massive des technologies de l'information et de la communication par la population. À la fin de l'année 2025, le pays comptait approximativement 37,8 millions d'internautes, ce qui représente 79,5% de sa population. Ce taux de pénétration élevé indique une société de plus en plus connectée et familiarisée avec les outils numériques, créant un terreau fertile pour le déploiement de services et d'applications innovantes.

Le marché des télécommunications mobiles affiche également une forte pénétration, avec plus de 55,6 millions de connexions mobiles actives enregistrées. Cette densité de connexions mobiles facilite l'accès aux services numériques pour une large part de la population, même dans les zones reculées. Ces chiffres témoignent d'une base numérique significative sur laquelle l'Algérie entend bâtir sa stratégie en matière d'Intelligence Artificielle et de souveraineté numérique. Ils confirment la pertinence des investissements dans les infrastructures et la formation, car une population connectée et des infrastructures robustes sont des prérequis indispensables à l'émergence d'une économie numérique dynamique et souveraine.

Défis et Perspectives d'Avenir pour une Souveraineté Numérique Renforcée

Les experts estiment que la souveraineté numérique débute par la possession d'alternatives. Cette approche note l'importance pour l'Algérie de développer ses propres solutions technologiques et infrastructures afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des acteurs étrangers. Sans ces alternatives, le pays resterait vulnérable aux influences extérieures dans le domaine numérique, ce qui pourrait avoir des implications significatives en termes de sécurité nationale, de protection des données et de liberté d'action économique. La capacité à concevoir, développer et maintenir ses propres systèmes et plateformes est donc perçue comme la pierre angulaire de toute stratégie de souveraineté numérique.

Le Dr Nizar Djellal Adnani, expert en IA et innovation, insiste sur la nécessité de développer des modèles d'intelligence artificielle capables de comprendre les langues algériennes, ainsi que le contexte et la culture spécifiques du pays. Cette approche localisée est clé pour que les applications d'IA soient véritablement utiles et pertinentes pour la population algérienne. Des systèmes d'IA qui intègrent les nuances linguistiques et culturelles locales peuvent offrir des services plus efficaces et plus inclusifs, qu'il s'agisse de l'éducation, de la santé, de l'administration ou des services aux citoyens. Une telle démarche garantirait que les applications d'IA répondent précisément aux besoins locaux et respectent les particularités nationales, renforçant ainsi l'appropriation et la confiance des utilisateurs.

Le Dr Hicham Matrouh, spécialiste de la transformation numérique, alerte sur les risques liés à l'utilisation de serveurs étrangers. Il note que les données des citoyens hébergées sur ces serveurs peuvent être soumises à des juridictions extérieures à l'Algérie, ce qui pourrait compromettre leur protection et leur confidentialité. Ce risque juridique et de sécurité est une préoccupation majeure pour la souveraineté numérique. La localisation des données est donc perçue comme un enjeu majeur de souveraineté, car elle permet au pays de conserver le contrôle sur les informations sensibles de ses citoyens et de ses institutions, garantissant ainsi leur conformité avec la législation nationale.

Pour encadrer la gestion des données personnelles et protéger les citoyens, l'Algérie a promulgué la Loi n° 18-07 relative à la protection des personnes physiques dans le traitement des données à caractère personnel. Ce cadre légal vise à assurer la confidentialité et la sécurité des informations individuelles, un élément jugé fondamental dans le développement d'une économie numérique souveraine et éthique. Cette loi représente un engagement fort de l'État algérien en faveur de la protection de la vie privée à l'ère numérique, offrant un cadre juridique clair pour la collecte, le traitement et le stockage des données. Elle est un pilier essentiel pour instaurer la confiance dans l'écosystème numérique national et favoriser son développement harmonieux. L'ensemble de ces initiatives, de la formation des élites à la protection des données, dessine la trajectoire de l'Algérie vers une souveraineté numérique renforcée et une économie du savoir résolument tournée vers l'avenir. ---