L'Algérie à l'heure de l'anglais : une nouvelle ère linguistique

L'Algérie reconsidère la place du français dans son paysage linguistique, soixante ans après l'indépendance, en s'interrogeant sur son statut de langue privilégiée. Cette réflexion intervient alors que l'anglais gagne du terrain comme langue de la science et de la technologie, marquant ainsi une nouvelle ère linguistique pour le pays. L'auteur de l'article, cité anonymement, observe que « كان زمنٌ في الجزائر يكفي فيه أن تقول effectivement مرتين، وأن تضع voilà في نهاية الجملة، وأن تعتني بحرف الـ«R» كما لو أنه قطعة أثرية مسجلة لدى اليونسكو، حتى ترتفع قيمتك الاجتماعية فجأة ». Cette observation met en lumière une époque où la maîtrise de certains codes linguistiques français, comme le fait de dire « effectivement » deux fois et « voilà » à la fin d'une phrase, tout en prononçant soigneusement le « R », était directement corrélée à une ascension sociale perçue.

Selon la même source, le problème n'a pas résidé dans la connaissance de la langue elle-même, mais a émergé « حين تحوّل المفتاح إلى شارة، والمعرفة إلى امتياز، واللغة إلى طريقة لقياس الناس بدل أن تكون وسيلة للتفاهم بينهم ». Le problème a commencé, en effet, lorsque la langue française est passée d'un simple outil à un symbole de statut, transformant la connaissance en privilège et la langue en un moyen d'évaluer les individus plutôt que de favoriser la compréhension mutuelle. L'auteur s'interroge sur la persistance de cette dynamique, demandant : « لماذا، بعد أكثر de six décennies d'indépendance, le français est-il toujours considéré, dans certains espaces de notre capitale, comme la langue la plus "naturelle" pour le professionnalisme et l'élégance sociale ? ». Cette question note la persistance d'une perception selon laquelle le français demeure la langue la plus naturelle pour le professionnalisme et l'élégance sociale dans certains cercles d'Alger, même des décennies après la fin de la colonisation.

L'héritage français : outil ou symbole ?

Pendant des générations, le français a représenté un pont essentiel vers l'université, l'administration, la science et le monde extérieur, comme le note l'auteur. Ce dernier affirme, en effet, que pour des « générations entières, cette langue était l'un des ponts essentiels vers l'université, l'administration, la science et le monde. Celui qui la maîtrisait ne trahissait rien ; il utilisait simplement la clé qui lui avait été donnée ». L'auteur précise que le problème n'a pas résidé dans la connaissance de la langue, mais plutôt quand « la clé s'est transformée en insigne, le savoir en privilège, et la langue en un moyen de mesurer les gens plutôt qu'un outil de compréhension ». L'auteur lui-même témoigne avoir appris, lu, travaillé et écrit en français, découvrant ainsi des livres, des idées et des personnes à travers cette langue. Pour lui, la langue française fut un vecteur essentiel de découverte et de connexion, mais sa transformation en marqueur social a altéré sa fonction première.

À Alger, le mot « Bonjour » est fréquemment la première salutation entendue dans les hôtels, restaurants, boutiques et cafés, perçue comme automatique, professionnelle et élégante. L'auteur observe que « Bonjour » n'est ni « Salam alaikum » ni « Sabah al-khayr », mais qu'il est « automatique, professionnel, élégant, et » souvent utilisé sans même y penser. Cette prédominance du « Bonjour » dans les espaces publics de la capitale algérienne illustre la profondeur de l'ancrage du français dans les pratiques quotidiennes et professionnelles, renforçant l'idée d'une langue associée à une certaine modernité et un savoir-vivre urbain. La question demeure de savoir pourquoi, soixante ans après l'indépendance, cette langue continue d'occuper une place aussi prépondérante dans l'imaginaire collectif et les interactions sociales et professionnelles, au détriment des langues nationales. L'auteur soutient qu'il ne s'agit pas de rejeter l'existence du français, mais plutôt de mettre fin à son privilège, reconnaissant que le français restera une langue de culture, de littérature, de pensée, de mémoire et une fenêtre sur une partie de l'histoire moderne de l'Algérie.

L'ascension de l'anglais : une nécessité stratégique

La jeune génération algérienne s'oriente de plus en plus vers la langue anglaise, posant fréquemment la question « Do you speak English? » et utilisant les ordinateurs pour l'apprentissage de la programmation, de l'intelligence artificielle, ainsi que pour échanger avec leurs pairs à travers le monde. Cette tendance est un indicateur clair du changement des priorités linguistiques au sein de la jeunesse. L'anglais est considéré comme une nécessité stratégique pour les domaines de la science, de la technologie, de la recherche, de l'économie numérique et pour la communication académique mondiale. Il est perçu comme la clé d'accès aux connaissances les plus récentes et aux opportunités professionnelles internationales. Cette orientation se matérialise déjà par la sortie des premières cohortes universitaires entièrement formées en anglais dans des spécialisations complètes, démontrant un engagement institutionnel fort en faveur de cette transition linguistique. Ces diplômés sont les pionniers d'une nouvelle approche éducative, conçue pour doter l'Algérie de compétences alignées sur les exigences du marché mondial et de la recherche scientifique.

Parallèlement à cette dynamique linguistique, des jalons historiques marquent le paysage algérien. L'administration coloniale a notamment fondé le « Jardin d'Essai » en 1832, un lieu qui témoigne de l'empreinte historique étrangère sur le territoire et de la manière dont certaines infrastructures ont été établies durant cette période. Sur le plan éducatif, des changements significatifs sont prévus pour l'enseignement des langues étrangères. L'anglais sera introduit pour les élèves algériens dès la troisième année du cycle primaire, et ce à partir de l'année scolaire 2026-2027. Cette décision précoce vise à familiariser les enfants avec l'anglais dès leur plus jeune âge, leur offrant ainsi une base solide pour leur futur apprentissage. Dans le même calendrier, le français sera intégré au programme scolaire des élèves algériens à partir de la quatrième année du cycle primaire, également à compter de l'année scolaire 2026-2027. Ces décisions reflètent une stratégie visant à renforcer la compétence linguistique des jeunes Algériens, en privilégiant l'anglais comme outil d'ouverture sur le monde contemporain et de développement technologique, tout en maintenant le français comme une langue d'étude et de culture.

Réécrire l'histoire : au-delà du récit colonial

L'histoire d'Alger précède la présence française de plusieurs siècles, marquée par des strates de civilisations amazighes, méditerranéennes, phéniciennes, romaines, islamiques, zirides et ottomanes. Cette richesse historique contredit le récit colonial selon lequel l'Algérie aurait été construite par la France. L'Algérie existait avant l'arrivée de la France, selon l'auteur de l'article, avec une identité et une histoire propres, bien antérieures à 1830. Le récit colonial visait à occuper le point de départ lui-même, faisant de 1830 l'année zéro de l'histoire algérienne, ignorant des millénaires de développement et de civilisation. L'auteur souhaite une Algérie qui se connaît et qui s'adresse au monde dans toutes ses langues, plutôt qu'une Algérie ne parlant qu'une seule langue, a-t-il affirmé. Il rejette l'idée que l'infrastructure coloniale confère des droits parentaux sur la terre ou le pays, une distorsion historique souvent véhiculée par le narratif colonial.

L'article soutient que l'infrastructure coloniale ne confère pas de droits parentaux sur la terre ou le pays. L'auteur a précisé que "celui qui répare votre maison ne devient pas votre grand-père, et celui qui trace une route sur votre terre ne devient pas l'inventeur de la terre", remettant en question l'idée qu'une construction équivaut à un acte de naissance pour un pays. Le récit selon lequel l'Algérie aurait eu besoin d'un sceau administratif européen pour commencer à exister est également réfuté. L'auteur note que l'Algérie était présente bien avant l'arrivée de la France. Après l'indépendance, les Algériens ont continué à vivre leur quotidien dans leur langue vernaculaire, mais ont souvent fait face à des obstacles administratifs pour l'utiliser.

L'auteur propose une réconciliation linguistique fondée sur le respect de la pluralité des langues. Il prône une approche qui valorise l'arabe pour sa profondeur culturelle, l'amazigh pour ses racines nationales profondes, et les dialectes arabes algériens pour leur ancrage dans la réalité vécue. Le français est reconnu pour sa contribution à la culture et à la mémoire, tandis que l'anglais est mis en avant comme un outil essentiel pour la science et l'accès au monde globalisé. Cette vision d'une Algérie multilingue est en phase avec une histoire riche et complexe, où la civilisation islamique, durant ses périodes florissantes, a traduit, débattu, développé et enrichi des domaines tels que l'algèbre, la médecine, l'optique, l'astronomie, la philosophie et la cartographie, en s'appuyant sur les héritages grecs, persans et indiens. Cette capacité historique à intégrer et à développer le savoir de différentes sources est un modèle pour l'Algérie contemporaine. La connaissance n'a pas besoin de douane, et l'apprentissage de langues étrangères comme l'anglais, l'espagnol ou le chinois est encouragé comme une voie vers l'ouverture et le progrès.