La masculinité traditionnelle, un frein à la santé mentale des hommes

الرجال يكتمون معاناتهم ويرفضون إظهار الضعف
Photo via Echoroukonline

La perception du traitement psychologique diffère souvent entre les genres, de nombreuses femmes ayant intégré la consultation d'un psychologue ou d'un neurologue comme une démarche naturelle de compréhension de soi et de dépassement des crises. Pour de nombreuses femmes, visiter un psychologue ou un neurologue est devenu une étape naturelle vers la compréhension de soi et le dépassement des crises. Pour certains hommes, le recours à un traitement psychologique demeure en revanche perçu comme un aveu de faiblesse ou un signe d'incapacité à faire face aux difficultés de la vie. Ces perceptions contrastées soulignent une divergence fondamentale dans l'approche de la santé mentale.

De nombreuses études sociales confirment cette tendance, indiquant que les hommes sont moins enclins que les femmes à solliciter une aide psychologique. Selon la spécialiste Nadia Jouadi, les femmes sont potentiellement plus habituées à discuter de leurs sentiments avec leurs proches et plus ouvertes au partage de leurs problèmes. La recherche de soutien psychologique pourrait ainsi moins entrer en conflit avec l'image sociale traditionnelle de la féminité, précise-t-elle. Cette ouverture au dialogue et au partage, encouragée par les normes sociales féminines, facilite l'accès aux soins psychologiques.

Normes sociales et masculinité

Les normes de masculinité traditionnelle sont associées à des attitudes plus négatives vis-à-vis de la recherche de traitement psychologique. Élevés avec des messages sociaux liant la masculinité à la force, au contrôle émotionnel, à l'indépendance et à l'absence de faiblesse, les hommes peuvent intérioriser ces attentes. Les Algériens, par exemple, ont été élevés avec des messages sociaux liant la masculinité à la force, au contrôle émotionnel, à l'indépendance et à l'absence de faiblesse, des valeurs qui peuvent rendre difficile la reconnaissance d'une fragilité émotionnelle.

Un homme peut ainsi ne pas se considérer comme ayant besoin d'aide, mais plutôt comme celui qui doit aider les autres : époux, père, fils, pourvoyeur et décideur. Cette vision de soi en tant que pilier de soutien pour son entourage renforce l'idée que demander de l'aide serait contraire à son rôle fondamental. Avouer une fatigue psychologique peut être perçu comme une déviation du rôle qu'un homme s'est défini ou que la société lui a attribué. Cette déviation peut générer un sentiment de honte ou d'échec personnel, dissuadant ainsi l'individu de chercher un soutien.

Un homme qui a appris dès l'enfance à ne pas pleurer, se plaindre ou montrer de faiblesse peut se retrouver, à l'âge adulte, confronté à un problème psychologique sans disposer du langage émotionnel nécessaire pour le décrire ou y faire face. L'absence de ce vocabulaire émotionnel rend la verbalisation de la souffrance d'autant plus ardue. Ces normes peuvent ainsi constituer un obstacle significatif à la reconnaissance et à la gestion des difficultés de santé mentale, perpétuant un cycle de souffrance silencieuse.

Le refus de l'aide psychologique

Les hommes peuvent admettre souffrir de maux de dos, d'hypertension artérielle ou de problèmes d'estomac, mais hésitent à déclarer qu'ils sont sujets à l'anxiété, à la dépression ou au burn-out, préférant souvent le silence et l'endurance à la discussion de leurs sentiments avec un spécialiste. Cette réticence à aborder les troubles psychologiques contraste fortement avec la facilité avec laquelle ils discutent de maux physiques. Au lieu de dire « je suis déprimé », un homme pourrait affirmer « je suis fatigué », et au lieu d'admettre son anxiété, il peut devenir facilement irritable, s'isoler, travailler excessivement ou chercher d'autres moyens d'échapper à la pression. Ces comportements de substitution sont des mécanismes de défense qui masquent la souffrance sous-jacente.

Des croyances répandues parmi les hommes, telles que « c'est juste une phase qui passera » ou « je n'ai pas besoin d'un médecin », peuvent transformer la capacité d'endurance, une qualité positive en soi, en un obstacle lorsque la souffrance devient ingérable. L'endurance n'est pas intrinsèquement un problème, mais son utilisation comme substitut permanent à un traitement peut être dangereuse. Elle peut retarder indéfiniment la prise en charge nécessaire, aggravant la condition psychologique. Un homme vivant sous pression financière, professionnelle ou familiale pendant des années, réprimant sa colère, sa peur et sa tristesse, peut s'habituer à considérer la souffrance comme normale, tandis que le problème psychologique persiste ou s'aggrave. Cette normalisation de la souffrance rend d'autant plus difficile la reconnaissance du besoin d'aide.

Impact sur les relations

L'état psychologique non diagnostiqué d'un homme ne reste pas toujours confiné à sa sphère personnelle ; il peut avoir des répercussions profondes sur ses relations. Le problème ne reste pas toujours au sein de l'homme ; son état psychologique non diagnostiqué peut être interprété par son épouse comme un manque d'amour, de la négligence ou un changement de personnalité. Cette situation initie un cycle destructeur : l'homme est psychologiquement épuisé mais ne communique pas, tandis que son épouse perçoit son silence ou sa colère comme un rejet. En conséquence, la pression et les conflits au sein du foyer augmentent alors, conduisant l'homme à se replier davantage sur lui-même, créant une spirale d'incompréhension et de tension. Un problème psychologique qui pourrait être traité se transforme ainsi, au fil du temps, en une crise conjugale ou familiale majeure, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour l'ensemble du foyer.