L'historien français Jean-Michel Abati a appelé les Français à reconsidérer la vérité de l'histoire coloniale française en Algérie, lors d'une intervention remarquée sur la chaîne de télévision LCI le dimanche 28 juin 2025. Cette prise de position s'inscrit dans un débat persistant sur la mémoire et la reconnaissance des événements survenus durant la période coloniale. Au cours de cette émission, Jean-Michel Abati a notamment eu un échange avec Cyril Trébouillani, députée de droite du parti de Marine Le Pen, qui lui a demandé de « reconnaître la nécessité » des événements d'Oran du 5 juillet 1962. Cette date, chargée de symbolisme, coïncide avec le jour de la déclaration d'indépendance de l'Algérie, soulignant la complexité et la sensibilité des enjeux mémoriels.
Abati a, pour sa part, souligné l'ampleur des massacres perpétrés par la France durant cette période, affirmant avec force : « Nous, en France, nous ne savons rien de ce que nous avons fait en Algérie. » Cette déclaration met en lumière un déficit de connaissance et de reconnaissance au sein de la société française concernant son passé colonial. Il a rappelé des épisodes particulièrement sombres, détaillant que « en mai 1945, des colons et des soldats français ont brûlé des gens vivants à Guelma, et un massacre a eu lieu à Sétif et Kherrata, dans l'est de l'Algérie. Ils ont brûlé des milliers de corps algériens dans des fours chauds. » L'historien a insisté sur la persistance de cette amnésie ou de ce déni, se questionnant : « Y a-t-il encore un déni français aujourd'hui ? En d'autres termes, nous sommes en 2026, et nous nous disons que le temps a passé... Et nous ignorons ce que nous avons fait en Algérie. » Pour Jean-Michel Abati, l'Algérie française était sans équivoque « un crime contre un peuple. »
Récits des crimes coloniaux et confrontations mémorielles
La France a commis de nombreux massacres odieux au cours des 132 années de son colonialisme en Algérie, selon divers récits historiques et les analyses de Jean-Michel Abati. L'historien a réitéré, lors de son intervention, les événements survenus en mai 1945, insistant sur leur brutalité. Il a affirmé avec consternation que « en mai 1945, des colons et des soldats français ont brûlé des gens vivants à Guelma, et un massacre a eu lieu à Sétif et Kherrata, dans l'est de l'Algérie. Ils ont brûlé des milliers de corps algériens dans des fours chauds. » Ces faits tragiques sont souvent cités comme des exemples marquants de la violence coloniale.
Un autre massacre a été commis par l'armée d'occupation française le 23 août 1955 à Philippeville, aujourd'hui connue sous le nom de Skikda. Cet événement illustre une nouvelle fois la cruauté de la répression coloniale. Lors de cet épisode sanglant, l'armée française et des colons européens ont rassemblé entre trois et quatre mille Algériens dans le stade de la ville. Les personnes ainsi réunies ont été maintenues dans le stade pendant trois jours, dans des conditions inhumaines. Elles y ont ensuite été abattues à la mitrailleuse, selon les témoignages rapportés, laissant derrière elles un lourd bilan humain et un traumatisme profond dans la mémoire collective algérienne. Ces récits sont essentiels pour comprendre l'appel à la reconnaissance formulé par l'historien.
Jean-Michel Abati ne s'est pas contenté d'évoquer les atrocités passées. Il a également confronté le député Julien Odoul, porte-parole officiel du parti d'extrême droite « Rassemblement National », lors de discussions sur la mémoire coloniale. Cette confrontation a eu lieu sur le plateau de la chaîne de télévision française LCI, le même jour, dimanche 28 juin 2025, témoignant de l'actualité et de la vivacité de ces débats au sein de l'espace public français.
Chiffres et mémoire contestée : le lourd bilan des représailles
Les événements douloureux de la guerre d'Algérie ont également été marqués par des spirales de violence et de représailles. Le Front de Libération Nationale (FLN) a tué une centaine d'Européens lors de certains épisodes du conflit. Ces actes ont provoqué des actions de représailles d'une violence extrême de la part des forces françaises et des colons. Au moins dix mille Algériens sont morts à la suite de ces représailles, un chiffre qui témoigne de l'ampleur disproportionnée de la violence exercée. Au total, 171 Européens ont été tués lors de ces événements, un bilan tragique qui met en lumière la brutalité du conflit.
Ces chiffres, souvent contestés ou minimisés, sont au cœur des revendications de reconnaissance. La difficulté à établir un consensus sur le nombre de victimes et la nature des événements contribue à maintenir les tensions mémorielles entre les deux nations.
Appels à la reconnaissance et enjeux politiques
Les appels à la reconnaissance des atrocités coloniales se multiplient et se manifestent également sur la scène politique française. La semaine dernière, la députée Cyril Trébouillani avait déjà accusé les autorités françaises de négliger le dossier mémoriel, soulignant l'urgence d'une approche plus franche et plus complète du passé. Madame Trébouillani s'était adressée directement à Alix Revo, ministre des Armées et des Anciens Combattants au sein du gouvernement de Sébastien Lecornu. Elle lui avait demandé de « reconnaître la nécessité » des événements survenus à Oran le 5 juillet 1962, une date symbolique qui marque le jour de l'indépendance de l'Algérie, mais aussi des violences post-indépendance.
Ces interpellations politiques démontrent que la question de la mémoire coloniale n'est pas seulement un débat d'historiens, mais un enjeu politique contemporain majeur. Selon plusieurs observateurs, la résolution du dossier mémoriel persistant entre les deux pays doit impérativement passer par la reconnaissance par la France de toutes les atrocités qu'elle a commises en Algérie au cours de 132 années d'occupation. Cette reconnaissance est perçue comme une étape fondamentale pour apaiser les mémoires et construire une relation renouvelée entre la France et l'Algérie. La date du 29 juin 2026 marque un nouveau jalon dans ce débat qui continue d'agiter les consciences et les sphères politiques des deux côtés de la Méditerranée.