Institut Montaigne propose trois scénarios pour les relations France-Algérie

L'Institut Montaigne a mené une étude explorant des scénarios pour les relations entre la France et l'Algérie, selon l'organisation. Ce rapport, intitulé « France – Algérie : Scénarios pour sortir de l'émotion » et publié récemment, présente trois options distinctes pour orienter la politique française envers l'Algérie. Le think tank recommande d'adopter la troisième option, qu'il décrit comme un « apaisement des tensions ». Cette approche préconise également d'intégrer des éléments des deux premiers scénarios proposés, notamment en ce qui concerne la remise en question de l'accord de 1968. L'étude de l'Institut Montaigne suggère ainsi d'arrêter l'application de l'accord de 1968, comme l'indiquent ses conclusions.

Les enjeux clés du rapport

Les priorités de l'étude de l'Institut Montaigne se concentrent sur la migration, les relations économiques et les questions de mémoire et d'identité, incluant la dimension linguistique. L'Algérie est le premier pays dont les ressortissants obtiennent plus de titres de séjour que ceux d'autres nations en France. En 2024, les ressortissants algériens ont obtenu 650 000 titres de séjour, un chiffre qui illustre l'ampleur de cette question migratoire. L'accord de 1968, qui est un point clé des discussions et une source de débat, établit un régime spécial pour la circulation, le travail et la résidence des citoyens algériens et de leurs familles en France. Ce cadre juridique spécifique est au cœur des propositions de l'Institut Montaigne pour une révision des relations bilatérales.

Concernant les relations économiques, le volume des échanges commerciaux entre la France et l'Algérie a atteint 11 milliards d'euros en 2024, soulignant l'importance des liens économiques entre les deux pays. Les combustibles fossiles, notamment les hydrocarbures, représentent plus de la moitié de ce volume commercial. Plus précisément, les hydrocarbures constituent environ 90 % des importations françaises en provenance d'Algérie, ce qui met en évidence la dépendance énergétique partielle de la France à l'égard de l'Algérie. Sur le marché algérien, la France doit faire face à une concurrence croissante de la part de plusieurs acteurs internationaux majeurs, tels que l'Italie, la Chine et la Turquie, qui cherchent à renforcer leur présence économique dans le pays.

Un autre aspect abordé par l'étude est la place du français en Algérie, qui a diminué sous l'influence de l'arabisation et de la montée en puissance de l'anglais. Cette évolution linguistique est perçue comme un indicateur des changements culturels et géopolitiques. À partir de la nouvelle année scolaire, le français a été relégué à la quatrième année du cycle primaire algérien, tandis que l'anglais a progressé pour être enseigné dès la troisième année. Ces éléments, qu'ils soient migratoires, économiques ou culturels, contribuent à la nécessité d'un "apaisement des tensions" selon le rapport de l'Institut Montaigne, qui cherche à proposer des solutions pour une relation plus stable et constructive.

Contexte des tensions mémorielles

Le projet du président français Emmanuel Macron sur le dossier mémoriel a échoué, selon l'Institut Montaigne. Ce constat intervient dans un contexte de relations bilatérales complexes, où les questions liées au passé colonial continuent de peser lourdement sur la dynamique entre les deux nations. Le rapport du think tank note l'absence de progrès significatifs dans l'apaisement des mémoires, malgré les initiatives prises par l'Élysée pour tenter de réconcilier les deux nations sur ces sujets délicats et sensibles. L'analyse de l'Institut Montaigne met en évidence les difficultés persistantes à dépasser les clivages historiques, impactant ainsi la dynamique générale des relations franco-algériennes et rendant toute avancée complexe.

La position de la France sur la question du Sahara occidental a également provoqué une crise sans précédent entre Paris et Alger, ajoutant une dimension géopolitique aux tensions existantes. Cette divergence diplomatique majeure a exacerbé les frictions bilatérales, ajoutant un nouveau point de discorde significatif aux relations déjà fragiles. L'Institut Montaigne observe que cette crise diplomatique a eu des répercussions importantes sur la coopération entre les deux pays, complexifiant davantage les efforts visant à établir un dialogue plus serein et constructif et à trouver des terrains d'entente.

Analyse des scénarios proposés

L'étude de l'Institut Montaigne, intitulée « France – Algérie : Scénarios pour sortir de l'émotion », détaille plusieurs voies pour l'avenir des relations bilatérales entre la France et l'Algérie. Le rapport propose trois scénarios principaux pour la politique française : le maintien de la politique actuelle, qui correspond à une absence de changement majeur ; l'adoption d'une rupture, notamment par l'abandon de l'accord de 1968 ; ou un scénario privilégiant « l'apaisement des tensions » via une approche conservatrice mais proactive.

Le premier scénario envisage la poursuite des dynamiques et politiques en vigueur, sans changement majeur, ce qui implique de laisser les relations suivre leur cours actuel. Le second scénario, celui de la rupture, suggère de mettre fin à l'accord de 1968, qui régit le statut des ressortissants algériens en France et est considéré comme un pilier des relations migratoires. Le troisième scénario, recommandé par l'Institut Montaigne, est axé sur un « apaisement des tensions » tout en adoptant une approche prudente, combinant des éléments des deux premiers scénarios pour une stratégie plus nuancée.

L'Algérie, pour sa part, considère l'accord de 1968 comme une « ligne rouge », selon le rapport. Cette position s'explique par le fait que cet accord est perçu comme un prolongement des Accords d'Évian, qui ont marqué la fin de la guerre d'Algérie et l'indépendance du pays. La sensibilité autour de cet accord note la complexité de toute tentative de modification de ce cadre juridique, qui est profondément ancré dans l'histoire et la mémoire algériennes.