L'historien français Benjamin Stora a qualifié d'« inconsistante » l'approche du président Emmanuel Macron envers l'Algérie, selon une interview publiée jeudi par le quotidien français L'Opinion. Benjamin Stora a explicitement décrit la démarche du président Emmanuel Macron à l'égard de l'Algérie comme « inconsistante ». M. Stora estime que la France n'a pas mesuré les conséquences diplomatiques de ses récentes décisions, notamment la position de M. Macron sur le Sahara occidental. L'historien a jugé que le président avait mal évalué les retombées diplomatiques de sa position sur le Sahara occidental, adoptée il y a deux ans. Paris n'aurait pas saisi les implications à long terme de ses choix diplomatiques récents, en particulier la position de M. Macron sur le Sahara occidental. Benjamin Stora a affirmé que Paris avait échoué à comprendre les répercussions à long terme de ses décisions diplomatiques récentes, en particulier concernant le Sahara occidental.
« Macron a suivi les traces de son camp politique d'origine, la gauche, et a démontré un désir sincère d'avancer », a déclaré Benjamin Stora. Il a ajouté : « Mais la position de la France sur le Sahara occidental a brusquement inversé cet élan. » Benjamin Stora a affirmé que « tout cela s'est effondré » lorsque « Macron a reconnu la prétendue souveraineté du régime marocain sur le Sahara occidental en octobre 2024 ».
Une approche diplomatique erratique
Benjamin Stora a également caractérisé la démarche d'Emmanuel Macron envers l'Algérie par des « fortes fluctuations » et de l'« impatience », selon ses déclarations. L'historien a souligné que la question mémorielle non résolue continue d'alimenter des tensions identitaires des deux côtés de la Méditerranée, compliquant les relations franco-algériennes. Ces tensions persistantes, enracinées dans une histoire coloniale complexe, ont rendu le dialogue et la réconciliation particulièrement difficiles.
Le président Macron a néanmoins pris plusieurs initiatives pour apaiser ces tensions. Il a ainsi reconnu la responsabilité de l'État français dans la disparition de l'activiste Maurice Audin, un geste symbolique fort. Dans la même lignée, M. Macron a publiquement condamné l'usage de la torture durant la guerre d'Algérie, marquant une prise de position claire sur une période sombre de l'histoire. Ces reconnaissances officielles ont été perçues par certains comme des tentatives sincères de la part de l'État français de faire face à son passé colonial.
Emmanuel Macron a commémoré les manifestants algériens tués à Paris le 17 octobre 1961, un événement longtemps resté dans l'ombre et souvent minimisé par les autorités françaises précédentes. Enfin, pour marquer le 60e anniversaire des Accords d'Évian, il a prononcé un discours important à l'Élysée le 19 mars 2022, tentant d'ouvrir un nouveau chapitre dans les relations bilatérales. Cette série d'actions visait à jeter les bases d'une relation franco-algérienne renouvelée, fondée sur une reconnaissance mutuelle des souffrances passées.
Les efforts de réconciliation avortés
Les relations franco-algériennes se sont retrouvées prises dans un cycle de crises récurrentes, selon les observations de Benjamin Stora. Ces crises successives ont souvent entravé les progrès réalisés par les initiatives de réconciliation. Les efforts de réconciliation ont été compromis lorsque le président Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté du régime marocain sur le Sahara occidental en octobre 2024, a affirmé l'historien. Cette position de la France sur le Sahara occidental a brusquement inversé l'élan des initiatives précédentes, créant une nouvelle source de discorde majeure entre Paris et Alger.
L'Algérie avait pourtant manifesté sa volonté de s'engager de manière constructive avec Paris, notamment par la création d'une commission mixte d'historiens. Cette initiative, visant à éclaircir les zones d'ombre de l'histoire commune, représentait une avancée significative vers un apaisement des mémoires. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait soutenu fermement cette initiative de rapprochement entre les deux nations, y voyant une opportunité de construire une relation plus sereine et équilibrée.
L'héritage colonial et la mémoire
Benjamin Stora a suggéré que le président Macron avait potentiellement sous-estimé le poids émotionnel et politique de l'héritage colonial partagé qui lie les deux sociétés. Cette histoire complexe inclut des événements majeurs tels que la révolution algérienne, qui a entraîné le déplacement de près de deux millions d'Algériens dans des camps. L'historien a précisé que, durant la guerre, 1,5 million de soldats français et deux millions d'Algériens, sur une population de neuf millions, ont été déplacés vers des camps. Ces déplacements massifs ont laissé des cicatrices profondes dans la mémoire collective des deux peuples.
Ces chiffres soulignent l'ampleur des populations touchées par le conflit, dont les répercussions se font encore sentir aujourd'hui. Actuellement, la France accueille environ 900 000 Algériens et plus de deux millions de binationaux. Ces communautés constituent un lien vivant et complexe entre les deux pays. Au total, près de six millions de personnes ont été directement ou indirectement affectées par l'histoire commune entre la France et l'Algérie, illustrant l'impact profond et durable de ce passé sur les liens entre les deux nations. La persistance de cette mémoire collective non résolue continue d'alimenter des tensions identitaires des deux côtés de la Méditerranée, compliquant ainsi les relations franco-algériennes.
L'Algérie, enjeu politique français
L'interview s'inscrivait dans un dossier de trois pages intitulé « Élection présidentielle : l'Algérie, un champ de bataille pour 2027 », signalant son importance. Cette publication met en lumière la résurgence de la question algérienne dans le débat politique français. L'Algérie est redevenue un thème majeur de la politique intérieure française à l'approche de la course présidentielle de 2027. Historiquement, la question algérienne a dominé le débat politique français durant la période du général Charles de Gaulle, marquant profondément l'échiquier politique de l'époque. Ce sujet a ensuite largement disparu des discussions politiques jusqu'à la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy, qui l'a ramené sur le devant de la scène. La réactivation de ce thème dans le contexte actuel des élections présidentielles de 2027 suggère une fois de plus son rôle potentiellement déterminant dans le paysage politique français.