Algérie : L'IA, nouvelle arme contre les feux de forêt

عُقول جزائريّة تُحارب النّار… والذكاء الاصطناعي “يُحاصِر” مُجْرمي الحرائق
Photo via Echoroukonline

Les feux de forêt représentent un danger récurrent en Algérie, entraînant des pertes humaines, des destructions de biens et des dommages environnementaux. La gravité de cette menace a été mise en évidence en août 2026, lorsqu'une femme de 25 ans a péri à Jijel. Au cours de la même période, Samir Boutarnikh, âgé de 36 ans, a perdu la vie ainsi que son domicile et 150 têtes de bétail dans la wilaya de M'sila, selon des rapports. Face à ces tragédies récurrentes et aux conséquences dévastatrices sur les vies humaines, les propriétés et l'environnement, les autorités algériennes adoptent une stratégie préventive pour la campagne de lutte contre les feux de forêt de 2026, qui s'étend du 1er mai au 30 novembre.

Le Conservateur National des Forêts et la Direction Générale de la Protection Civile ont mis en œuvre une approche proactive. Cette nouvelle stratégie s'appuie sur l'intégration de l'intelligence artificielle (IA), des réseaux 5G et de l'Internet des objets (IoT) pour améliorer la détection et la gestion des incendies. L'objectif est de minimiser les risques et les conséquences dévastatrices des feux, en mobilisant des technologies avancées pour une surveillance plus efficace du territoire forestier. Cette initiative marque un tournant dans la manière dont le pays aborde la prévention et la lutte contre les incendies, en développant un système national de prévention et de prédiction des catastrophes grâce à l'innovation scientifique.

Innovations technologiques locales

L'Algérie a vu émerger plusieurs innovations technologiques locales dans la lutte contre les feux de forêt. En 2023, des chercheurs du Centre de Développement des Technologies Avancées (CDTA) ont mis au point le premier détecteur algérien de feux de forêt à distance. Cet appareil est capable de couvrir des centaines de kilomètres carrés, offrant une surveillance étendue du territoire. Ce détecteur, développé par le CDTA, a été testé avec succès dans les wilayas de Médéa et Ouargla, et son déploiement est en cours dans d'autres régions du pays. Il utilise des ondes réfléchies et des faisceaux lumineux pour détecter les incendies à une distance allant de 10 à 30 kilomètres, transmettant des alertes pour permettre une intervention rapide et précoce.

Parallèlement, Khaled Bastea, originaire d'Al-Qubba, dans la wilaya d'Alger, a inventé le premier robot algérien de lutte contre les incendies, baptisé « Ecozoom ». Ce robot peut être contrôlé à distance jusqu'à 300 mètres et est équipé d'un canon à eau capable d'atteindre une portée de 80 mètres. L'« Ecozoom » est conçu pour remplacer l'équivalent de trois à quatre agents de la Protection Civile sur le terrain, réduisant ainsi les risques pour le personnel engagé dans des opérations dangereuses. Il est doté de batteries de grande capacité lui permettant de fonctionner pendant six heures et intègre également une caméra thermique pour une meilleure identification des foyers, même dans des conditions de visibilité réduite.

Mohamed Zakaria Hachlaf, un jeune chercheur spécialisé en astronomie, espace et astrophysique, a également proposé son aide lors des incendies d'août dernier. Son objectif était de contribuer à la détection précoce et à la réponse immédiate aux feux en utilisant l'intelligence artificielle. La proposition de M. Hachlaf a été inspirée par une formation qu'il a suivie avec la NASA en 2021 et par sa rencontre avec MAXAR, une entreprise américaine spécialisée dans les systèmes de télédétection spatiale, ce qui a enrichi sa vision des applications technologiques dans ce domaine et souligné l'importance des données satellitaires.

Le rôle des satellites et des réseaux

Les satellites algériens Alsat-A3 et AlsatB3 jouent un rôle important dans la télédétection et la fourniture d'informations précises en temps réel sur le climat, les incendies et leur répartition. Ces données sont cruciales pour comprendre l'évolution des feux et planifier des interventions efficaces. Mohamed Zakaria Hachlaf a proposé la création d'une cellule de sécurité basée sur les données satellitaires pour la surveillance des feux en temps réel, ainsi que le développement de drones de lutte contre les incendies de taille moyenne, capables d'opérer dans des zones difficiles d'accès. Selon le Dr Khaled Hreizi, expert en systèmes d'information géographique (SIG) et télédétection, l'existence de plateformes numériques et géographiques dotées de chemins forestiers connectés à des satellites et une surveillance par drones aurait permis une meilleure réponse aux incendies, en offrant une vision globale et détaillée de la situation.

La Direction Générale de la Protection Civile a déjà déployé 35 drones équipés de caméras thermiques haute définition et de capteurs, et prévoit d'en acquérir 80 supplémentaires pour renforcer ses capacités de surveillance et d'intervention. Ces drones sont un atout majeur pour la reconnaissance rapide des zones touchées et l'évaluation des risques. Parallèlement, les réseaux 5G facilitent une communication forte et stable entre les équipes au sol, les drones et les centres de commande, surmontant ainsi les problèmes de communication sans fil traditionnels dans les zones accidentées et isolées. Cette connectivité améliorée est essentielle pour la coordination des opérations. La prédiction numérique, alimentée par ces données, permet d'identifier les villages et les zones résidentielles potentiellement menacés par les incendies pour des évacuations préventives et d'optimiser l'allocation des ressources aériennes, garantissant une réponse plus ciblée et plus rapide.

Détection des incendiaires et réponse proactive

L'article met en avant la nécessité que la technologie, et en particulier l'intelligence artificielle (IA), soit le « combattant » principal dans la lutte contre les « guerres hybrides », y compris les feux de forêt. Pour cette mission, l'Algérie déploie des drones équipés de caméras haute définition et thermiques. Ces appareils opèrent en continu, de jour comme de nuit, afin de surveiller les forêts et de détecter les départs de feux, même dans l'obscurité ou à travers la fumée. Les images et données collectées sont transmises en temps réel aux centres de commandement pour une analyse immédiate.

Parallèlement, les citoyens apportent leur contribution en filmant les individus soupçonnés de provoquer des incendies et en diffusant ces vidéos sur les réseaux sociaux. Cette démarche est facilitée par la technologie 5G, qui permet la transmission rapide des informations, aidant ainsi les forces de sécurité à procéder à des arrestations promptes. Cette collaboration entre la technologie de surveillance et la vigilance citoyenne est clé car la plupart des feux sont attribués à des actes délibérés, à l'ignorance ou à la négligence, rendant la détection des auteurs difficile dans les vastes étendues forestières.

Les algorithmes d'IA jouent un rôle déterminant en analysant en quelques secondes les images capturées par les drones. Ils sont capables de distinguer la fumée réelle du brouillard ou de la poussière, et de localiser précisément l'origine des foyers d'incendie, réduisant ainsi les fausses alertes et permettant une intervention plus rapide. L'IA peut analyser les scènes précédant un incendie, identifiant des activités suspectes telles que des véhicules s'arrêtant dans des zones isolées ou des individus pénétrant dans les forêts juste avant qu'un feu ne se déclare, ce qui fournit des éléments précieux aux enquêteurs pour identifier les responsables et prévenir de futurs actes malveillants.

L'écosystème de l'innovation algérienne

L'Algérie développe un système national de prévention et de prédiction des catastrophes en s'appuyant sur l'innovation scientifique et l'engagement de sa jeunesse. Dans ce contexte, des étudiants de l'Université de Blida 1, de l'Université de Biskra (2025) et de l'Université de Ghardaia (2023) ont présenté des projets de fin d'études axés sur l'utilisation de l'intelligence artificielle pour la lutte contre les feux de forêt. Ces initiatives universitaires démontrent le potentiel créatif et la volonté d'apporter des solutions concrètes aux défis nationaux. Abdelrahman Hadef, consultant international en digitalisation et développement économique, estime que les universités constituent des moteurs essentiels de l'innovation et de la création de solutions, en formant les futurs experts et en stimulant la recherche appliquée.

M. Hadef note également la nécessité de renforcer les capacités institutionnelles pour transformer les innovations étudiantes en réalités concrètes, comblant ainsi le fossé entre le monde universitaire et l'environnement économique et institutionnel. Pour cela, il propose un processus de travail pratique en cinq étapes : la découverte de l'innovation, l'évaluation de son potentiel, les tests sur le terrain via des « Living Labs » pour valider leur efficacité dans des conditions réelles, le financement et les marchés publics pour soutenir leur développement et leur production, ainsi que la mise à l'échelle pour une adoption à plus grande échelle. Les autorités publiques pourraient jouer un rôle déterminant en établissant des mécanismes clairs pour identifier les projets prometteurs et les soutenir tout au long de leur expérimentation et de leur développement, garantissant que ces innovations ne restent pas de simples concepts mais deviennent des outils opérationnels au service de la protection du pays.