Algérie : Ammar Belani met en garde contre un projet marocain de corridor commercial vers l'Afrique de l'Ouest

L'ancien ambassadeur algérien Ammar Belani a mis en garde contre les actions du Maroc concernant un projet de corridor commercial vers l'Afrique de l'Ouest. Selon Ammar Belani, ce projet implique l'établissement d'un corridor depuis Dakhla et Guergarat, via le territoire mauritanien, jusqu'à Nouakchott et l'Afrique de l'Ouest. Un accord-cadre signé le 21 septembre à Rabat concernant la réhabilitation et l'extension de la route nationale "n°4" prend une importance particulière, a-t-il affirmé, étant donné que le ministre marocain de l'Équipement, Nizar Baraka, a évoqué la liaison de Nouakchott et de Dakhla par cette route. Le projet marocain vise à perturber le projet algérien et à attirer une partie du mouvement commercial vers l'Afrique de l'Ouest.

Détails du projet routier marocain

Le Maroc procède à la réhabilitation et à l'extension de la route reliant Nouakchott et Nouadhibou, selon les informations disponibles. Un accord-cadre a été signé à cet effet le 21 septembre à Rabat. Le ministre marocain de l'Équipement, Nizar Baraka, a évoqué la liaison de Nouakchott et de Dakhla, ville occupée, par cette route. Il est également question d'étendre cet axe routier jusqu'au « Point kilométrique 55 » en face de Guergarat. Ce projet vise à connecter les initiatives commerciales et logistiques marocaines aux marchés africains. Ammar Belani relie ce projet routier au projet marocain du port de Dakhla, également situé en territoire occupé. Ce port est perçu comme une extension maritime du corridor terrestre que le Maroc établit vers le sud et l'Afrique de l'Ouest. Le coût estimé du projet du port de Dakhla est d'environ 1 milliard de dollars.

Contexte de compétition régionale

Ammar Belani considère ces initiatives comme relevant d'une démarche plus large visant à établir un corridor commercial vers l'Afrique de l'Ouest. Ce projet entend concurrencer d'autres itinéraires, notamment un projet algérien orienté vers la Mauritanie et l'Afrique de l'Ouest. L'Algérie développe de son côté un corridor terrestre vers la Mauritanie et l'Afrique de l'Ouest. Cette action marocaine est perçue comme une manœuvre destinée à perturber le projet algérien et à capter une partie du flux commercial destiné à l'Afrique de l'Ouest. Les investissements marocains dans les routes, les ports et les infrastructures de cette région sont liés à la compétition pour les futurs corridors commerciaux.

Ces projets s'inscrivent également dans le cadre de l'« Initiative Atlantique » du Maroc pour les pays du Sahel et sont associés au projet de gazoduc atlantique Nigeria-Maroc. Le projet marocain vise à imposer une route parallèle au corridor algérien. Les efforts maroco-émiratis cherchent à réorganiser les corridors commerciaux et logistiques de la région. Le port de Dakhla, situé en territoire occupé, devrait être mis en service en 2028.

Implications pour la Mauritanie

Ammar Belani s'interroge sur la neutralité de la Mauritanie dans la question du Sahara occidental, compte tenu de la coopération économique croissante et des liens infrastructurels avec les projets marocains. La situation géographique de la Mauritanie la place au cœur de tout corridor terrestre reliant le Maroc à l'Afrique de l'Ouest. Tout axe routier projeté par le Maroc entre Dakhla et Nouakchott traverserait inévitablement le territoire mauritanien. Ces dynamiques soulèvent des questions quant à la position de la Mauritanie et aux limites de sa neutralité affichée dans le dossier du Sahara occidental, a souligné Ammar Belani. Le développement des infrastructures marocaines, comme la réhabilitation et l'extension de la route reliant Nouakchott et Nouadhibou, intègre directement la Mauritanie dans les plans de connectivité régionaux du Maroc.

Rôle des Émirats Arabes Unis

Les actions marocaines et émiraties s'inscrivent dans une compétition plus large visant à façonner les routes commerciales vers l'Afrique de l'Ouest. Abou Dhabi a annoncé en 2020 l'allocation de 2 milliards de dollars pour des projets d'investissement et de développement en Mauritanie. Abou Dhabi a également accordé un prêt à des conditions favorables à la Mauritanie. Le Fonds d'Abou Dhabi pour le Développement contribue ainsi au financement de projets d'infrastructures routières en Mauritanie. Ammar Belani a affirmé que « la convergence du capital et de l'expertise émiratis dans les services portuaires et logistiques avec les projets marocains dans les routes et les ports ajoute une dimension supplémentaire à l'avancée vers l'Afrique de l'Ouest, faisant de la Mauritanie un point de transit principal dans le réseau de corridors en construction ».